2 min readLes publicités du fromage Abondance au service de l’arriération culturelle.


Ecologie / vendredi, mars 1st, 2019

Il y a un lieu commun à propos de la Haute-Savoie qui est celui d’un territoire rural renfermé dans un chauvinisme. 

La Haute-Savoie, ce serait ses villages d’altitudes organisés autour d’une  paysannerie un peu bourrue  produisant des spécialités à base de fromage.

Bien sûr, tout cela est un préjugé. En dehors de quelques villages, la Haute-Savoie c’est surtout des territoires ouvriers orientés vers l’industrie, l’hôtellerie-restauration et le BTP. 

En Haute-Savoie, seulement 1 % des emplois sont occupés par des agriculteurs alors que 22 % le sont par des ouvriers. Dans la vallée de l’Arve, c’est 31 % des emplois qui sont occupés par un ouvrier contre 0,5 % par un agriculteur (Insee, 2015).

Mais la marchandise se soucie bien peu de la réalité car elle exige surtout des conditions culturelles propices à son écoulement. Dans la société marchande, consommer un produit signifie aussi consommer une vision du monde, une idéologie.

Quoi de mieux pour le puissant syndicat interprofessionnel du fromage d’Abondance que de faire passer qu’en mangeant ce fromage, « on vote » pour les valeurs de la vieille paysannerie, du terroir ?

La mentalité attachée à la propriété privée est forte en France, et cela l’est encore plus ici de part une industrialisation basée  sur le maintien de la propriété agricole (paysan-ouvrier).

Dans la culture politique française, l’image du village avec son petit clocher et sa paysannerie authentique a toujours rassuré les français et  l’imaginaire autour du « savoyard » a toujours fait partie de ce dispositif culturel.

A travers ses publicités, le syndicat interprofessionnel d’Abondance maintient volontairement des préjugés pour satisfaire une clientèle huppée à la recherche d’une tradition, d’un « vécu » populaire. Ce sont là les valeurs d’exotismeS typiques des classes dominantes qui sont ici mises en avant, valorisées, diffusées à coup de spots publicitaires.

C’est d’ailleurs bien aux touristes, issues des couches aisées de la population française, que s’adressent ses publicités.

En février 2019, la presse locale (le Dauphiné Libéré et Le Messager) se fait même l’écho de la dernière campagne publicitaire en relayant les propos de la présidence du syndicat fromager :

L’A.O.P chablaisienne s’affichera sur 537 panneaux de Haute-Savoie entre le 18 février et le 3 mars. Principale cible : les vacanciers.

« L’accent est donc porté sur les accès aux stations, les gares et lieux d’hébergements, ainsi que les grandes villes », détaille le syndicat interprofessionnel du fromage abondance. (Le Dauphiné Libéré, 12/02)

Pourtant, derrière le folklore et la promotion du paysan « à l’ancienne », qu’est-ce qu’il y a ?

Il y a plus de 350 000 hectares de propriété privée, avec près de 20  sites pour la production annuelle de plus de 2 500 tonnes de lait cru.

Il y a le maintien d’une tradition alimentaire qui relève du drame sanitaire sans aucun rapport avec l’intérêt passé visant à affronter des hivers très froids.

Le label A.O.P (Appellation Origine Contrôlée) du fromage rappelle d’ailleurs que tout production s’insère actuellement dans une concurrence acharnée. Ainsi, la nostalgie du passé promue dans les publicités n’est qu’une stratégie de défense des intérêts capitalistes locaux.

Culturellement, économiquement, historiquement, ces publicités relèvent d’un passé révolu. La Gauche se doit de dépasser tout cela afin d’émanciper la population que le capitalisme maintient dans  l’arriération culturelle.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *