4 min readPourquoi si peu de médecins dans la vallée ?


Politique, Vie quotidienne / mardi, mars 5th, 2019

Avec l’épidémie de la grippe, la période hivernale est propice à un afflux massif de malades dans les cabinets médicaux. Or, c’est là que l’on constate que la vallée de l’Arve manque cruellement de médecins généralistes et spécialisés.

Trouver un médecin traitant est devenu quasiment mission impossible et le temps pour avoir une consultation auprès d’un médecin spécialiste varie de quelques mois à une année d’attente. Ainsi, l’installation d’un nouveau médecin est un véritable événement, avec même un article dans les journaux !

Les villes proportionnellement mieux dotées en médecins que les campagnes.

Le manque de médecins traitants et le temps d’attente mènent bien souvent les gens à ne pas se soigner ou à encombrer les services d’urgence.

Ce sont là des situations dangereuses pour la population et indigne du point de vue de la santé publique.

Concrètement, au-delà d’une vie soumise au capitalisme avec son lot de mal-bouffe, de stress  psychologique et d’accidents de travail,  les habitants de la vallée de l’Arve sont exposés une forte pollution de l’air avec ses conséquences sanitaires désastreuses.

Pourtant, il ne reste bien souvent que quelques vieux médecins, qui ne parviennent pas à aller à la retraite tant cela leur paraîtrait comme un abandon de leurs patients, un reniement des valeurs déontologiques de la profession.

Alors, pourquoi ce manque de médecins ici ?

Certes, il y a la rude sélection des cursus de médecine, les études y sont longues et difficiles. Il y a ici un problème de gestion avéré, avec une paranoïa du « trop-plein » de médecins, ayant pour conséquence des places d’études limitées.

Pourtant le problème ne vient pas en priorité de là puisque les diplômés sont très mal répartis, avec des zones que l’on appelle « désert médical ».

Les médecins et la liberté de choisir sa vie.

Il est vrai que la vallée de l’Arve connaît un taux de densité démographique élevé, ce qui n’aide pas la population à avoir rapidement un médecin du fait d’une forte demande. Mais l’aspect central réside surtout dans le fait que de plus en plus, derrière la vocation de médecin, il y a l’individu et ses seuls désirs qui s’expriment.

En effet, les médecins diplômés sont libres de pratiquer là où ils le veulent, et après de longues études « en ville » il y a un mode de vie difficile à abandonner.

La vie sur le campus de la faculté (Grenoble)

Lorsqu’on fait de longues études, on prend ses marques sociales, on prend goût à la vie culturelle foisonnante. Le cercle d’amis se stabilise, parfois un couple naît, le quotidien s’ancre dans des activités riches et variées…

Il est difficile d’avoir dans ses connaissances un jeune diplômé « du coin » cherchant à ouvrir son cabinet dans une zone ouvrière comme la Vallée de l’Arve.

Sans goûts pour la montagne et les loisirs qui y sont rattachés, la région est finalement peu attractive pour qui aspire à avoir une vie riche et collective. Car finalement la vallée de l’Arve est attractive pour l’emploi (manuel principalement) et les passionnés de montagne mais sinon, avouons-le, c’est l’ennui et la pauvreté culturelle qui règne…

Les déserts médicaux deviennent alors un marché pour des docteurs venus de l’étranger. On voit se développer des cabinets traitant les patients « à la chaine » avec des diagnostics très médiocres de plus en plus courants.

Pour des médecins au service du peuple.

Pourtant, les  enseignants et les forces de l’ordre sont réparties par l’État sur le territoire selon les besoins de la population. Ce n’est qu’après quelques années que les individus peuvent postuler pour un nouveau lieu d’affectation. Il y a là un contrôle collectif, une répartition rationnelle qui relève de l’intérêt général !

Pourquoi cela n’en va pas de même pour les médecins ? Ne relèvent-ils pas eux aussi de l’intérêt collectif ? Ne devrait-ils pas être également soumis aux besoins collectifs et non pas individuels ?

Amédée Guy, un médecin socialiste de Bonneville au service du peuple.

Tant que ceux-ci ne sont pas soumis à une forme de planification pour servir la population, ils sont voués à s’éloigner des classes populaires.

Contrairement à un professeur ou à un policier qui reste relativement lié au peuple, le médecin évolue dans le libéralisme et accède à un mode de vie aisé. En un mot, il s’embourgeoise. Par conséquent, il perd de vue le quotidien des gens, et donc les valeurs initiales du métier.

Ainsi le code de déontologie de la médecine s’effrite toujours plus sous les coups du libéralisme et de l’individualisme qui accentuent le développement inégal entre la ville et la « campagne ».

Aller dans le sens d’une répartition rationnelle des médecins en opposition franche au libéralisme, voilà un objectif pour une gauche populaire dans le domaine de la santé !


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *