Gilles Perret, l’héritage ouvrier et les gilets jaunes.


Politique / Tuesday, April 2nd, 2019

Pour que la classe ouvrière réalise de grandes choses, elle doit connaître son histoire et c’est une partie de cela que fournit Gilles Perret, à son échelle et avec ses outils.

À l’heure actuelle, on voit bien que le mouvement ouvrier est faible, que son histoire est écrite par la bourgeoisie. L’introduction du documentaire  De mémoire d’ouvriers  (2012) sur la fusillade d’ouvriers engagés à Gauche par des patrons à Cluses en 1904 est un douloureux rappel de la faible mémoire ouvrière.

Né le 16 juin 1968, en pleine répression des occupations ouvrières d’usines, Gilles Perret est originaire de la Haute-Savoie et précisément de Mieussy dans le Giffre, vallée parallèle à celle de l’Arve.

Né d’un père ouvrier militant à la CGT, Gilles Perret incarne ces figures qui jalonnent l’histoire ouvrière. Il est de ces « intellectuels » qui placent leur travail non pas au service d’une subjectivité carriériste mais bien au service du peuple.

Ses films sont des décalques de l’histoire des combats ouvriers favorisant la transmission de leurs valeurs. Par exemple, en revenant sur les conquêtes sociales et démocratiques du Conseil National de la Résistance  Les jours heureux rappelle la place centrale de la Gauche dans la lutte antifasciste des années 1940.

Les documentaires De Mémoires d’ouvriers et La Chauffe sont très précieux dans la connaissance historique de la classe ouvrière savoyarde. Ils permettent de saisir les facettes de la formation de cette classe sociale, de son rapport à la paysannerie et à l’émigration  jusqu’à l’encadrement paternaliste de la bourgeoisie en passant par les restructurations modernes.

Avec Ma Mondialisation, on suit le parcours d’Yves Bontaz, une figure de la bourgeoisie locale issue d’une famille de paysans du Faucigny. Sorti en 2003, ce documentaire permet de saisir l’accumulation du capital au niveau international.

Par conséquent, Gilles Perret a produit un travail historique très riche. Mais lorsque l’on s’attelle à la tâche de retranscrire le mouvement ouvrier contemporain, cela est plus difficile.

Avec l’affaiblissement de la conscience de classe de part le renforcement du corporatisme et de l’individualisme, la matière est difficile à trouver pour un cinéaste de Gauche. Cela les gens de gauche en général le ressentent aussi car quand le mouvement ouvrier est faible, la gauche est faible.

Un ouvrier témoigne (De Mémoires d’Ouvriers)

Mais, dans ces moments, le grand danger est de perdre ces   « intellectuels critiques » car leur moteur social (la classe ouvrière organisée) est au point mort. Comme rien ne peut rester figer, ces « intellectuels critiques » recherchent toujours un « mouvement » populaire.

Or, à ce stade, le « mouvement » prend les habits de la contestation populaire sans assumer l’héritage des luttes des classes. Pour dire simple : on a la forme sans assumer le fond.

Le « peuple » dans la rue est ainsi dominé par une vision élaborée par les démagogues de droite.

C’est ce qu’on appelle le populisme ou actuellement les Gilets jaunes et dont on a déjà l’exemple du boulangisme à la fin du XIXe siècle (avec ces nombreux ouvriers et chefs révolutionnaires basculant dans le national-populisme).

Or, ce mercredi 3 avril 2019 sort officiellement dans les salles le documentaire J’veux du Soleil sur les gilets jaunes réalisé par Gilles Perret et François Ruffin.

Après avoir vu ce documentaire au mois de février en avant-première, on peut aisément dire qu’il reflète ce phénomène d’absorption des anciens éléments du mouvement ouvrier dans le populisme.

Au lieu de « servir le peuple », ce documentaire n’est qu’un suivi passif du mouvement des ronds-points, avec des témoignages sur la misère populaire, avec beaucoup de tristesse mais bien peu de rage et de perspectives réelles.

Pour le dire durement, il n’y aucune réflexion sur une nouvelle société débarrassée de l’exploitation, de l’ennui, de l’oppression, de la destruction…

Trouver coûte que coûte le « mouvement » populaire au prix d’une politique de rabais idéologique, c’est malheureusement le cas de « J’veux du Soleil ».

La tradition ouvrière, l’héritage de Gauche c’est de générer des cadres intellectuels qui élèvent le niveau en proposant un projet de société opposé au « misérabilisme »  et à la passivité idéologique.

Gilles Perret, revenons aux choses sérieuses : nous ne voulons pas du soleil, nous voulons l’organisation ouvrière !

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