Adhésion pure et simple à la 3e Internationale, Luc


Histoire populaire / samedi, février 14th, 1920

Le camarade Maurin nous disait au dernier Congrès fédéral : « Nous voulons bien adhérer à la 3e internationale, mais nous ne voulons pas y aller en chemise et la corde au cou ». Cette formule imagée me paraît traduire parfaitement la pensée du « Comité pour la reconstruction de l’Internationale ». On veut bien aller à Moscou, mais sous conditions, avec des réserves, après discussion.

Examinons froidement, comme le conseille le camarade Mergier, les dangers — ou si le mot est trop gros, les inconvénients — qu’il y aurait à adhérer purement et simplement à la 3e internationale.

La chose la plus à craindre serait, parait-il, que les Bolcheviks nous imposent leurs méthodes révolutionnaires et leurs façon de gouverner. Vous voulez rire camarades ! Lénine n’a t-il pas déclaré à plusieurs reprises que les méthodes changeaient aves les pays où elles s’appliquaient ? Ne l’a-t-il pas déclaré à propos de Bela Kun et des élections italiennes en particulier ?

On a assez répété, dans le Populaire, que Lénine avait recommandé de voter ! Et, d’autre part, l’accord fait sur les idées directrices, chaque section de l’Internationale ne garde-t-elle pas son autonomie ? C’est bien ainsi que cela se passait dans la 2e ?

Or, l’accord sur les principes est fait, semble-t-il. « Le Parti socialiste français, dit la motion, considère qu’aucune des déclarations fondamentales de l’Internationale de Moscou n’est en contradiction avec les principes essentiels du socialisme » C’est net, n’est-ce pas ?

Et pourtant, on semble rechigner sur la « dictature du prolétariat » qui parait – transitoire – inévitable, et sur la forme des Soviets qui ne seraient pas compatibles avec notre tempérament et notre état économique.

Or, un critique bourgeois, Serppel, du Journal de Genève, affirme que Lénine a été fortement influencé par le grand théoricien français du marxisme, G. Sorel, et, d’autre part, Griffuelhes, ancien secrétaire de la C. G. T., écrivait en 1918 dans le Pays :

 » Tout me permet d’affirmer que les maximalistes [bochéviks – ndlr] ne sont pas demeurés insensibles au syndicalisme qui a surgi en France… Au socialisme, ils ont emprunté cette « dictature » que Vaillant n’a jamais cessé d’entrevoir et de proclamer indispensable ; ils ont pris à la Commune de Paris la suprématie du gouvernement sur l’individu dans la direction révolutionnaire. Au syndicalisme, ils ont pris la forme, l’essence de leur pouvoir, le Soviet… »


La Révolution a mis en pratique les idées profondes de Pelloutier et des syndicalistes révolutionnaires français. Aux formes de gouvernement de la bourgeoisie : Parlement, elle substitue les formes de gouvernement prolétariennes : Soviet, Bourses du Travail. C’est là son originalité propre. Aux droits du citoyen, elle a opposé les droits du producteur.

Et voici que ces mythes nouveaux, cette idéologie nouvelle prennent corps partout : en Allemagne, en Italie, en Angleterre, partout les Conseils d’Ouvriers se créent et entrent en conflit avec les gouvernements bourgeois, démocratiques ou socialisants collaborant avec le capitalisme.

Avez-vous espoir, camarades, d’entrainer avec vous ces socialistes qui, d’une façon ou d’une autre, ont collaboré et collaborent avec les gouvernements capitalistes ? Croyez-vous que de telles recrues soient désirables ? Si non, pourquoi tergiverser ? Pourquoi toutes ces circonlocutions, ces équivoques, ces disputes sur les mots, qui obscurcissent et déforment la pensée ? Vous êtes d’accord sur les principes – vous dites – eh bien venez carrément la 3e, sans phrases, et les masses suivront.

Mais il y a une autre question. Il y a l’amour-propre – l’amour-propre qui nie l’amour dit Vaillent-Couturier – l’amour-propre de beaucoup de nos dirigeants socialistes qui devraient être nos guides dans la tourmente et se sont laissés entraîner à la hue ! et à dia ! et ne veulent pas reconnaître s’être trompés.

L’intérêt du Parti, de la Révolution, doit primer sur l’amour-propre des individus et dit A Ransome « Lénine est le premier leader qui néglige complètement la valeur de sa personnalité ». C’est peut-être le secret de sa force. Faisons donc abstraction de notre personnalité, allons carrément vers cette Force en qui sont les espoirs prolétariens prochaines : la 3e Internationale.

Luc

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.