« Vers la IIIe Internationale », Jean


Histoire populaire / samedi, février 14th, 1920

Vers la 3e Internationale


Je vote l’adhésion pure et sim-ple à la 3e internationale et je ne crois cependant pas être un illu-miné, je ne crois cependant pas faiire avec les Russes un « mariage sur pinotographie ». Je crois aller à la 3′ internationale avec ma raison.


Il n’est plus question de rester dans la 2e internationale ; nous aurions peut-être, au moins, un haut-le-coeur en nous trouvant à Genève dans un gênant tête-à-tête avec Noske et Ebert, assassins des prolétaires allemands, si nous n’avons encore pas assez de délicatesse pour condamner certains socialistes de notre Fédération nationale qui n’ont plus de socialiste que l’étiquette.

Restent donc deux alternatives : quitter la 2e Internationale sans adhérer à la 3e ; rester dans l’expectative , poser des conditions à notre adhésion au programme de la République russe, notamment celle-ci : liberté d’action vis-à-vis de Moscou. Autre solution : adhésion pure et simple à la 3′ internationale.

La première solution peut paraître prudente et semble dictée par le bon sens. Pour moi, elle me semble pleine de dangers et c’est pourquoi je me permets ici cette libre discussion avec le camarade Mergier, discussion toute courtoise entre camarades également épris de vérité. S’il s’agit de garder la liberté de choisir l’heure et la forme de notre action, d’accord.

Mais pour-quoi, alors poser ces conditions ? Lenine lui-même vous a répondu par avance. Ne donnait-il pas à Bela Kun (socialistes hongrois) comme aux Spartakistes allemands des conseils de prudence ; ne leur disait-il pas que deux mouvements ne peuvent se copier exactement l’un sur l’autre et que l’on doit adapter les moyens d’action aux lieux et
aux temps, à condition toutefois que l’on ne transige pas avec les principes.

Mais garder sa liberté d’action, ce n’est pas, en changeant de numéro d’ordre, conserver un programme désuet, ce n’est pas adhérer à un groupement dont on n’apprête à renier sur l’heure les principes.

Or, je reste sceptique devant le mouvement à gauche, sans enthousiasme, de certains leaders de la 2e internationale qui remplissent encore la première page de leurs journaux de commentaires élogieux sur le voyage à Washington ou le Conseil économique, qui n’ont aucun mot de blême contre les camarades les plus enlisés dans la collaboration et qui réservent aux études sur les soviets la deuxième ou la troisième page de leur journal, ou qui oublient de mentionner à temps les meetings en faveur de la Russie.

Si, indépendants d’Allemagne et socialistes français ne veulent, par ces restrictions, que sauver leur amour-propre de tard-venus dans la 3e internationale, je veux bien encore leur faire cette concession, quoique la gravité de l’heure commande, à mon avis, plus d’oubli de soi.

Mais ces restrictions cachent, je le crains, le désir de continuer, sous un nouveau nom, les errements d’hier. Nous devons aller à Moscou en adoptant le programme russe : lutte .des classes et non collaboration de classes; régime des conseils d’ouvriers et paysans dont les Bourses du Travail sont chez nous l’embryon, opposée au régime parlementaire bourgeois.

Camarades, quittons l’Internationale des bavards, allons, conscients de notre rôle, vers l’Internationale de l’action qui s’est sauvée sans nous et nous sauvera peul-être.

Jean, 14 février 1920, « Le Travailleur Savoyard »

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