Un nouveau cycle d’accumulation du capital


Histoire populaire / vendredi, septembre 27th, 2013

Cependant, dans le même temps, le cycle d’accumulation issu de 1945 se grippe, en partie à cause des conflits ouvriers à l’intérieur mêmes des entreprises. La division de la production va s’opérer et la « forteresse ouvrière », qui avait formé une génération militante, va être démantelée, en commençant par les ateliers les plus récalcitrants.

A ce titre, voici ce que pouvait dire Guy Ancey, fils de résistant et ouvrier entré à l’usine de Chedde en 1964 :

« En 1968, le capitalisme a très bien compris que des grands groupes comme Billancourt Renault… à l’époque on disait « quand Renault toussait, la France s’enrhumait ». Dans le département, tu l’as peut-être lu dans mon livre : « Quand Chedde toussait tout le département s’enrhumait ». C’est vrai. Ils ont compris… le capitalisme, diviser pour mieux régner… Ce qu’on a perdu, ce qu’on a appris nous les anciens, c’est la bataille des idées »

L’usine de Chedde aujourd’hui

L’usine à Chedde passe d’un peu plus 1 000 ouvriers dans les années 1960 à environ 250 salariés dans les années 1990. L’usine du Giffre à Marignier ferme en 1992 et les complexes métallurgiques de Tarentaise et de Maurienne voient fondre leurs effectifs. Ugitech à Ugine

C’est l’apparition de l’actuelle configuration d’accumulation fondée sur la flexibilité et la fin du « capital dormant » (zéro stock) afin d’augmenter la productivité des travailleurs et d’accélérer la rotation du capital. C’est l’introduction de machines automatisées et de robots qui intensifie le travail et participe d’une élasticité de la force de travail.

En général, cela passe concrètement par l’essor des infrastructures routières. Commencée en 1973, l’autoroute blanche est terminée en totalité en 1990, dont le viaduc des Egratz menant au tunnel du Mont-Blanc inauguré en 1981 est un point névralgique.


A partir de la décennie 1990, une nouvelle étape s’ouvre. C’est celle d’une classe ouvrière flexible éclatée en de petites entreprises. C’est l’ère du prolétaire enfermé dans l’individualisme de la voiture et, parfois, du pavillon, prisonnier des crédits, mais aussi plus ouvert sur la société avec les nouvelles technologies et l’allongement de la scolarité.

Mais d’une autre côté, c’est également l’époque d’une prise de conscience de l’écocide, entamée dès les années 1970 avec notamment la lutte contre la pollution au fluor en Maurienne ou l’artificialisation de la Montagne. La lutte contre pollution de l’air dans la vallée de l’Arve, avec les premières manifestations sur la viaduc des Egratz en 1995, va fixer tout un nouveau cycle de lutte de classe.

Construction du pont d’autoroute des Egratz, au-dessus de l’usine de Chedde

Le confort du pavillon et de la voiture rendu possible par l’enchaînement aux crédits, la hausse du niveau de conscience grâce aux technologies modernes qui détruisent des écosystèmes entiers forment une contradiction explosive. Seul le socialisme est à même de fournir une réponse adéquate, historiquement fiable.

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