Les chants des ouvriers grévistes de Cluses en 19047 min read


Histoire populaire / jeudi, mai 1st, 2014

Dans le conflit ouvrier entre le 10 mai et le 18 juillet 1904, la population laborieuse de Cluses organisée autour des ouvriers grévistes a partagé les symboles du mouvement ouvrier.

Voici les trois principaux chants chantés par les ouvriers lors de ce conflit :

  • La Carmagnole – 1792

Chanson révolutionnaire composée en 1792 lors de la Première République, elle fut l’hymne du mouvement populaire des Sans-Culottes. La carmagnole était d’ailleurs une vaste de cérémonie portée par les paysans.

Cette chanson fut également souvent chanté par le mouvement ouvrier tout au long du XIXe siècle, et remaniée à chaque nouvel épisode révolutionaire (1871, 1917).

Madam’ Veto avait promis (bis)
De faire égorger tout Paris (bis)
Mais son coup a manqué
Grâce à nos canonniers. Refrain
Dansons la Carmagnole
Vive le son (bis)
Dansons la Carmagnole
Vive le son du canon !
Dansons la Carmagnole
Vive le son (bis)
Dansons la Carmagnole
Vive le son du canon !

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s à la lanterne
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s on les pendra

Monsieur Veto avait promis (bis)
D’être fidèle à son pays (bis)
Mais il y a manqué,
Ne faisons pas de quartier.

Antoinette avait résolu (bis)
De nous faire tomber sur le cul (bis)
mais son coup a manqué,
Ne faisons pas de quartier.

Amis, restons unis (bis)
Ne craignons pas nos ennemis (bis)
S’ils viennent nous attaquer,
Nous les ferons sauter.

Oui, nous nous souviendrons toujours (bis)
Des sans-culottes des faubourgs (bis)
A leur santé buvons,
Vivent ces francs lurons.

(1869)
Que faut-il au républicain ? (bis)
Du fer, du plomb et puis du pain (bis)
Du fer pour travailler,
Du plomb pour se venger.

Refrain
Et du pain pour nos frères
Vive le son (bis)
Et du pain pour nos frères
Vive le son du canon !
Et du pain pour nos frères
Vive le son (bis)
Et du pain pour nos frères
Vive le son du canon !

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s à la lanterne
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s on les pendra

Que faut-il au républicain ? (bis)
Vivre et mourir sans calotins (bis)
Le christ à l’écurie,
La vierge à la voirie.

Refrain
Et le saint père au diable !
Vive le son (bis)
Et le saint père au diable !
Vive le son du canon !
Et le saint père au diable !
Vive le son (bis)
Et le saint père au diable !
Vive le son du canon !

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s à la lanterne
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s on les pendra

(1871)
Vive la Commune de Paris (bis)
Ses barricades et ses fusils (bis)
La Commune battue
Ne s’avoue pas vaincue.

Refrain
Elle aura sa revanche
Vive le son (bis)
Elle aura sa revanche
Vive le son du canon !
Elle aura sa revanche
Vive le son (bis)
Elle aura sa revanche
Vive le son du canon !

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s à la lanterne
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s on les pendra

(fin du XIXème siècle)
Que faut-il donc au plébéien (bis)
Le bonheur de tous et le sien (bis)
Prendre terre et machine,
Désinfecter l’usine.

Refrain
Et sauver l’ouvrière
Vive le son (bis)
Et sauver l’ouvrière
Vive le son du canon !
Et sauver l’ouvrière
Vive le son (bis)
Et sauver l’ouvrière
Vive le son du canon !

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s à la lanterne
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s on les pendra

(1917)
Vive la Commune de Russie (bis)
Ses mitrailleuses et ses fusils (bis)
Après s’être battue
La Commune a vaincu.

Refrain
Elle a eu sa revanche
Vive le son (bis)
Elle a eu sa revanche
Vive le son du canon !
Elle a eu sa revanche
Vive le son (bis)
Elle a eu sa revanche
Vive le son du canon !

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s à la lanterne
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira
Les aristocrat’s on les pendra

  • Le Drapeau Rouge – 1877

La chanson Le Drapeau Rouge, tout autant que le symbole, est constitutif d’un des plus grands marqueurs du mouvement ouvrier. Le Rouge est le symbole de la classe ouvrière en lutte, en souvenir du sang versé dans sa quête de l’émancipation sociale et culturelle. A partir du 20 mai 1904, c’est bien un drapeau rouge qui est hissé sur le haut du Chevran, la montagne qui surplombe Cluses.

Cette chanson a été composée en majorité par le militant socialiste Paul Brousse en 1877 à la suite de la répression de la Commune de Paris (1871).

Les révoltés du Moyen-Âge
L’ont arboré sur maints beffrois.
Emblème éclatant du courage,
Toujours il fit pâlir les rois.

Refrain

Le voilà !, Le voilà ! Regardez !
Il flotte et fièrement il bouge,
Ses longs plis au combat préparés,
Osez, osez le défier !
Notre superbe drapeau rouge !
Rouge du sang de l’ouvrier ! (bis)

Il apparut dans le désordre
Parmi les cadavres épars,
Contre nous, le parti de l’Ordre

Le brandissait au Champ de Mars

Puis planté sur les barricades,
Par le peuple de février
Il devint pour les camarades,
Le drapeau du peuple ouvrier.

Quand la deuxième République
Condamna ses fils à la faim,
Il fut de la lutte tragique,
Le drapeau rouge de juin !

Sous la Commune il flotte encore
À la tête des bataillons
Et chaque barricade arbore
Ses longs plis taillés en haillons !

Variante :

Sous la Commune il flotte encore
À la tête des bataillons
L’infâme drapeau tricolore
En fit de glorieux haillons !

Noble étendard du prolétaire,
Des opprimés sois l’éclaireur.
À tous les peuples de la terre
Porte la paix et le bonheur !

Les braves marins de Russie,
Contre le tsarisme en fureur,
Ont fait flotter jusqu’en Asie
Notre drapeau libérateur !

Un jour sa flamme triomphale
Luira sur un monde meilleur,
Déjà l’Internationale

Acclame sa rouge couleur !

  • L’Internationale – 1871

L’Internationale est surement l’un des chants révolutionnaires les plus connus dans le monde entier. Poème écrit en juin 1871 par Eugène Pottier à la suite de la répression sanglante de la Commune de Paris (mars-mai 1871), c’est en 1888 que l’ouvrier lillois Pierre Degeyter le met en musique.

En 1904, le congrès d’Amsterdam de la IIe Internationale, fait de ce chant l’hymne du mouvement ouvrier mondial et de l’internationalisme une de ses bases politiques absolues.

Debout ! les damnés de la terre
Debout ! les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin
Du passé faisons table rase
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.

Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni dieu, ni césar, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

L’Etat opprime et la loi triche ;
L’Impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
« Egaux, pas de devoirs sans droits ! »

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.

Les Rois nous saoulaient de fumées.
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
Le riche ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

2 réponses à « Les chants des ouvriers grévistes de Cluses en 19047 min read »

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