Sur l’identité de la B.R.I (2)5 min read


Histoire populaire / samedi, juin 21st, 2014

Constituée fin juin 1944 à Saint-Jean-de-Tholome, la B.R.I rejoint Abondance dans la vallée verte qui est alors une zone stratégique.

La Suisse y est proche tout comme l’état-major FTP, les allemands et miliciens peu nombreux. Enfin, la direction communiste souhaite libérer seule le Chablais, terre d’effusion pour les FTP, afin d’affaiblir l’influence de l’Armée Secrète dans le département.

>> Voir aussi : La B.R.I, un groupe autonome de la Résistance communiste

À ce moment, de nouveaux venus rejoignent la BRI. C’est le cas du soviétique Nicolas et de partisans yougoslaves et polonais ou de Guy Sicilia, ouvrier lyonnais, échappé avec des camarades du camp de Krinau à Genève avec la complicité des réseaux du socialiste genevois Léon Nicole.

Tout au long du mois de juillet, composée d’une soixantaine de partisans, la B.R.I agit dans la vallée verte, souvent en alliance avec la compagnie 93-21 de Cyril Lazare, comme lors de la libération échouée de Saint-Gingolph le 17 juillet 1944.

Le soviétique Nicolas

À cette période, la B.R.I est toujours plus mise à l’écart du reste des FTP du fait de sa ligne dure et sans compromis. La présence du russe Nicolas et des yougoslaves impressionnent beaucoup et donne à la brigade une capacité militaire déterminante, appuyée par des jeunes réfractaires enclins à l’action directe.

A Thonon, à la fin août 1944, certains de la BRI dévalisent par exemple des magasins de luxe et redistribuent les objets à la population : « Pour nous, c’était une revanche sur les bourgeois profiteurs du peuple, un acte de justice » (Guy Sicilia).

Ainsi, son isolement politique du reste des FTP l’oblige à se financer et à s’armer par elle-même, comme lors du braquage de la banque de Thonon ou la récupération d’armes lourdes sur un bombardier US crashé non loin d’Abondance.

Il faut aussi se battre contre l’Armée Secrète qui fait de la rétention pour les FTP en général. Léopold Martin doit ainsi envoyer des hommes armés aux Glières le 1er août 1944 pour s’assurer de la bonne répartition du matériel parachuté par Londres.

Mieux armée et unie idéologiquement, la B.R.I va être une brigade de choc antinazie et participer activement à libérer le pays du Vuache, notamment Valleiry, puis les poches d’allemands retranchés en Maurienne et en Tarentaise.

Cela n’empêchera malheureusement pas des comportements morbides, comme ce viol collectif en Maurienne sur des jeunes prostituées suspectées d’avoir collaborés. Cela fut sévèrement critiqué par le chef Martin.

Le commandant Martin autorisait l’exécution de SS et de collaborateurs, comme à l’automne 1944 où un commando enlève Vernay, l’ancien chef des gendarmes de Vichy pour obtenir les noms des délateurs et collaborateurs de l’Arve.

Mais il refusait tout acte de barbarie, trop marqué par les horreurs de la Première guerre mondiale. Il faut dire qu’à l’instar de Léon Gay, il était façonné dans une morale de fer.

En 1945, en pleine dépression, certains de ses anciens camarades l’amène à Paris pour rencontrer Maurice Thorez et faire la fête avec le dernier butin du braquage de Thonon.

Léopold Martin s’opposa violemment à un responsable communiste l’invitant dans la maison close « One-Two-Two », cela étant pour lui une morale de bourgeois décadents.

La B.R.I comptait d’ailleurs trois femmes combattantes, très bien acceptées et intégrées dans le groupe. Une d’entre elle, Eliane Trolliet,  verra même ses deux bras avant sectionnés dans un combat en Maurienne.

Eliane Trolliet en 1998

Malgré son courage et ses preuves au combat, la B.R.I fut malmenée et isolée par l’état-major du fait de son attachement irrémédiable à l’autonomie politique et aux principes de la guérilla.

C’est ainsi que certains quittèrent progressivement la B.R.I à l’automne 1944 avec l’arrivée des armées alliées affirmant le retour en grande des anciens officiers bourgeois.

Citons là ne serait-ce qu’Yves Godard, chef FFI de Haute-Savoie, qui deviendra un militant clandestin de l’OAS pendant la guerre d’Algérie. William Martin, le fils de Léopold, mourra d’ailleurs en Indochine après avoir été manipulé et engagé par les militaires nationalistes reconvertis.

Les anciens de la B.R.I fut alors de vifs critiques du PCF qu’ils rejetèrent par la suite, tout comme de nombreux anciens FTP à la suite des procès des chefs FTP André Marty et Charles Tillon en 1952.

Dans les premières années de la libération, Léopold Martin

« critiqua l’arrivée de nouveaux adhérents qu’ils stigmatisa comme une manifestation du populisme petit bourgeois. Il déplora que l’élite révolutionnaire se trouvât noyée dans cette masse informe, fait d’un ramassis de tous les mécontentements ».

Guy Sicilia meurt en février 2005 sur ces paroles lourdes de sens :

« On ne pourra jamais compter sur les réformistes du Parti socialiste, ni sur l’extrême gauche qui n’a pas une pensée solide. Quant au PC, l’Histoire l’a usé, il n’est plus assez révolutionnaire. Nos dirigeants actuels ont moins de hardiesse que les bourgeois radicaux de 1900… Il faudrait un nouveau souffle »

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