Sur l’extension de la base de loisir aux Carroz


Ecologie / jeudi, juillet 26th, 2018

Depuis le lundi 16 juillet le dossier de l’extension de la zone de loisir à Araches-La-Frasse est disponible. Ce projet, en fait en sommeil depuis avant les années 2000, concerne principalement la création d’un green de golf et d’un hôtel quatre étoiles, pour un total d’environ 50 hectares d’étendue dont 13.5 hectares de déforestation.

L’enjeu principal du projet est de séduire une population bourgeoise, pratiquant le golf, cherchant du bien-être et des formules « simple » (type all inclusive) mais clinquantes.

ZNIEFF de la zone du projet

L’aménagement du golf doit se faire en partie sur une ZNIEFF (Zone Naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique) de type I.Il s’agit d’une zone de superficie réduite (contrairement à celle de type II), au milieu homogène, présentant un grand intérêt fonctionnel pour le fonctionnement écologique local. Ici un document sur la ZNIEFF concernée.

Une ZNIEFF n’est pas une zone protégée, ce qui paraît particulièrement cynique pour toute personne ayant conscience de l’urgence écologique, notamment par rapport à l’extinction des espèces.

On voit d’ailleurs dans le dossier détaillé, qu’il y a un semblant d’attention portée aux espèces vivantes et aux « habitats » qui peuvent être particulièrement touchés par les travaux et l’activité de la zone.

Des hêtres et des chauves-souris

Une partie de la zone concernée par le déboisement est une forêt de hêtres. Il faut savoir que dans les étages d’altitudes, le hêtre, pilier de biodiversité, tend à se faire remplacer par divers épineux. La perte des hêtres pour l’écosystème local est synonyme de la perte des chauves-souris, puisque deux espèces nichent dans des troncs creux des vieux hêtres pour hiberner.

Ces deux espèces sont qualifiées de « presque menacées » par la liste rouge de l’UICN. Et l’impact permanent du projet sur l’hibernation des chiroptères est jugé « modéré à fort ».

Une noctule de Leisler

Des mesures pour adoucir l’impact sont proposées dans le projet, à savoir, replanter des hêtres ailleurs, ce qui est ridicule puisqu’il faut attendre près d’une centaine d’année pour avoir un arbre suffisamment vieux pour servir de nid.

Pour palier à ce manque de nids et  aux inquiétudes écologiques de la population, il est proposé de créer des cavités artificielles pour compenser celles des vieux arbres et lancer une colonisation sur 3 ans avec un suivi… Et pour empêcher les chauve-souris de faire leur nid avant les travaux: boucher les cavités naturelles.

Ces mesures déjà proches de l’ironie, ressemblent davantage à une couverture juridique dont on se demande si elles vont être appliquées, plus qu’à une réelle préoccupation.

Les pelouses sèches

Les pelouses sèches sont des espaces naturels inclus dans le réseau Natura 2000 et inscrits dans la directive européenne « Habitat Faune Flore ». Il s’agit d’un milieu rare en France, et encore plus en Haute-Savoie, puisqu’elle reproduit une végétation plutôt méridionale. Par exemple, elles renferment 26% des espèces végétales protégées sur le territoire.

C’est notamment dans ce type de biotope que poussent certaines espèces d’orchidées qui par leurs couleurs et odeurs attirent une grande diversité d’insectes, qui eux-même attirent les oiseaux. On peut apprécier la liste des 25 espèces d’oiseaux répertoriés sur la zone du projet à la page 269 du dossier.

C’est un golf à pelouse synthétique qui va être aménagé en partie sur cet écosystème précieux, avec tous les problèmes que cela pose au niveau du cycle de l’eau.

La base de loisir actuelle

La population locale à su voir le mépris véhiculé par ce projet, puisqu’une pétition est en ligne pour s’y opposer, elle a récolté à ce jour 1740 signatures. Tout un pan du dossier, concernant l’étude de marché, révèle bien la soumission à une demande déconnectée de l’écologie mais aussi de la vie de montagne.

L’ensemble de l’industrie du tourisme se dirige vers des exigences élitistes, ayant pour but de travestir la nature pour la rendre accessible, lisse et sans danger à une clientèle fortunée.

Nul besoin de ces artifices pour la population locale dans sa découverte sans cesse renouvelée de la montagne, et qui n’a surtout pas besoin de pratiquer le golf pour ça.

Pour nous, la randonnée se suffit à elle-même quand il s’agit d’aller à la rencontre de la montagne et de la vie qu’elle renferme.

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