Amédée Guy, une figure de la Gauche locale à honnorer !


Histoire populaire / jeudi, août 9th, 2018

»En 1940, la France est un pays vaincu par l’armée nazie. La situation sociale est catastrophique avec des institutions politiques pourrissantes. A l’Assemblée Nationale, le Maréchal Pétain, figure de proue de l’extrême droite française d’avant-guerre, apparaît comme le sauveur ultime.

Le 10 juillet 1940, il est voté ses pleins pouvoirs : sur 649 votants, seuls 80 députés (de centre-gauche et de gauche) s’opposent au basculement dans un régime fasciste à la botte des nazis. Parmi les députés et sénateurs de Savoie, un seul s’oppose. Son nom : Amédée Guy.

Amédée Guy est né le 20 mars 1882 à Bonneville, au cœur de la vallée de l’Arve.

Fils d’un professeur de dessin, il entame des études de médecines et de biologie à Paris au début des années 1900. Élevé dans une famille de la gauche républicaine, Amédée Guy place son métier directement au service du peuple.

Un médecin socialiste au service du peuple.

En effet, il se spécialise directement sur les maladies qui frappent à cette époque en grande majorité les classes populaires, comme la tuberculose mais aussi l’hygiène des nourrissons et des enfants abandonnés.

En lien avec sa famille d’obédience de gauche républicaine, ce travail au plus près de la misère sociale l’amène à s’intéresser au marxisme et à adhérer dès 1905 à la S.F.I.O (Section Française de l’Internationale Ouvrière – ancêtre du Parti Socialiste).

La boucherie de la Première Guerre mondiale à laquelle il participe en tant que médecin-major d’infanterie le conforte dans la nécessité du socialisme comme projet de paix et d’harmonie humaine.

Affiche de la S.F.I.O pour les élections de 1936

Lors du congrès de Tours en 1920 qui fait se positionner les socialistes par rapport à l’appel de la révolution d’Octobre 1917 en Russie, Amédée Guy reste dans la « vieille maison socialiste ».

Cependant, il sera  un acteur majeur  du courant de gauche de la S.F.I.O, allant même jusqu’à participer en 1937 à une mission de renseignement sur le sort de militants communistes réprimés par le IIIe Reich nazi.

Un opposant antifasciste.

Dès les années 1930, Amédée Guy participe avec Pierre Brossolette (principal dirigeant de la résistance, « suicidé » par les nazis en 1944)  et Léo Lagrange (sous-secrétaire d’Etat au sport sous le Front Populaire) au groupe « Agir » .

Unité de la gauche face à l’extrême droite en 1934-1937

Ce groupe se caractérise dès le début par une lutte intransigeante face à la montée du fascisme en Europe (1920, régime nationaliste d’Horthy en Hongrie ; 1922, fascisme en Italie ; 1933, national-socialisme en Allemagne).

Face aux courants de droite de la S.F.I.O qui prône un pacifisme absolu, le groupe « Agir » maintient une lutte inconditionnelle contre le fascisme, notamment par une ferme condamnation de l’accord de Munich de 1938 (qui donne la Tchécoslovaquie à Hitler).

En 1932, Amédée Guy se présente aux élections législatives pour le canton de Bonneville. Il obtient un très bon score, avec 4 874 voix, alors que le candidat socialiste de 1928 n’avait obtenu que 684 voix !

La montée du fascisme se fait sentir jusque dans la vallée de l’Arve et explique, par opposition, la remontée de la gauche.

Aux élections législatives de mai 1936, Amédée Guy devient justement l’élu du Front Populaire à Bonneville. Des rassemblements antifascistes et populaires ont lieu dans la petite commune. Par son unité, la Gauche a momentanément bloqué le fascisme en France qui s’était montré offensif lors d’émeutes anti-parlementaires le 6 février 1934.

Square en mémoire d’Amédée Guy au Fayet (2012).

Avec son vote contre les pleins pouvoir de Pétain, Amédée Guy se retrouve dans les viseurs des fascistes comme incarnation publique de la gauche locale.

Le régime pétainiste l’assigne à résidence à Thônes puis à Cruseilles. Avec l’invasion allemande de la zone libre en novembre 1942, Amédée Guy tente de fuir vers Genève avec la complicité de policiers résistants mais les forces fascistes italiennes l’arrête avant…

Il est alors emprisonné loin de la vallée de l’Arve, au camp d’Embrun dans les Hautes-Alpes. La chute du régime Mussolinien en juillet 1943 lui permet de s’enfuir et de rejoindre Genève grâce aux réseaux de la résistance italienne.

Amédée Guy continuera une partie de son militantisme en tant que président de la commission de la santé publique. Résolument attachée à la gauche socialiste, il arrête la politique en 1949, entre autres choses, par rejet du centrisme de la S.F.I.O visant à isoler les communistes.

Il maintiendra une activité culturelle avec son investissement à l’Association des déportés et internés résistants et patriotes de Haute-Savoie. Amédée Guy est mort le 16 novembre 1957, après avoir terminé sa carrière médicale dans son cabinet biologique à Thonon-les-bains.

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