Le coup de gueule de Jean-Marc Peillex à propos du Mont-Blanc


Ecologie / lundi, août 20th, 2018
  • Dimanche 19 août, la page Facebook « La Place du Village » publiait une vidéo en provenance du compte Twitter du maire de Saint-Gervais-Les-Bains, Jean-Marc Peillex, poussant un « coup de gueule » contre le non-respect du site du Mont-Blanc. Impossible de ne pas souligner la grande part de justesse exprimée par ce maire.

Cependant du fait de sa fonction dans les institutions (notable) tout autant que son orientation politique (droite), le principal aspect de la critique est oublié. Voici le « coup de gueule » de Jean-Marc Peillex et notre point de vue qui suit :

 Ce Mont-Blanc dont on devrait toujours parler positivement, dont on devrait toujours penser que c’est un véritable symbole, que c’est une montagne immaculée, que c’est un sommet dont chacun rêve d’escalader peut-être, un dépassement de soi.

Et bien ce Mont-Blanc, ce n’est pas du tout, aujourd’hui, ce qu’il est, ce que les hommes en ont fait. Aujourd’hui il est sali, il est grimpé par des gens qui n’ont rien à y faire. Il est utilisé à toutes les sauces pour faire de la publicité, pour gagner de l’argent, pour faire briller. Et ça, c’est quelque chose qui est devenu intolérable.

On ne peut plus continuer à accepter qu’il y ait des gens qui perdent la vie sur cette montagne parce qu’ils ont été trompé. Parce qu’ils ont cru les agences de voyage, parce qu’ils ont lu sur les sites des agences de voyage que le Mont-Blanc c’était une course qui  était à la portée de tout le monde.

On n’a plus le droit de ça, on n’a plus le droit de faire en sorte que des gens y laissent leur peau et soient des dangers pour les autres alpinistes. On a plus le droit non plus d’avoir des gens qui le salissent, qui laissent leurs ordures. Quand on se rend compte qu’il n’y a pas de réseau d’assainissement, pas de ramassage d’ordures au sommet du Mont-Blanc, et bien quand on sait qu’une bonne partie des alpinistes, parce qu’ils sont fatigués ne veulent pas ramasser leurs ordures et bien, les laissent sur place et les enterrent dans la neige. Quand on sait que les gens font leurs besoins un peu partout sur cet itinéraires, on peut se dire qu’on peut parler de protection de l’environnement, on peut parler de pollution mais il faudrait peut-être qu’on commence les uns et les autres par avoir de bons gestes.

Alors aujourd’hui mon combat il a 15 ans, dans le désert car bien-sur il y a l’omerta de l’État, de l’administration qui veut surtout pas faire appliquer les règles que cette administration, ces parlementaires, ces gouvernements ont écrit et ont fait voter. l’omerta est aussi celle du monde de la montagne qui a toujours voulu montrer une image magnifique, Frison Roche [etc.]

Aujourd’hui trop c’est trop, quand on a des guides qui se font frapper, quand on a des gens qui en bousculent d’autres, quand on a des gens qui se battent presque, quand on a des gens  qui volent du matériel, quand on a des gens qui veulent mettre en jeu la vie de leurs enfants pour faire le premier numéro d’une télé réalité américaine, quand on a un père de famille qui veut faire faire le Mont-Blanc a ses enfants en bas âge, quand on a quelqu’un qui veut faire le Mont-Blanc avec son chien… Et bien on se dit stop.

Stop. C’est plus possible, et si c’est plus possible et bien on va prendre des règles puisque les gens on pas voulu écouter pendant des années les recommandations et bien maintenant on va passer à des règles, qui vont bien-sur pas du tout concerner les gens respectueux mais concerner et faire mal aux gens irrespectueux. »

Dans ce discours, Mr. Peillex met en avant, avec sincérité, la responsabilité envers le respect de la vie. On ne peut pas accepter que des vies soient gâchées, perdues du fait de sous-estimer le sérieux d’une ascension du Mont-Blanc. Par ailleurs, le manque de respect des règles collectives dans un espace naturel si précieux a de quoi mettre en colère n’importe quelle personne.

Cependant, c’est seulement là dessus que se centre le propos de monsieur Peillex, sans jamais aller vers une critique plus élevée, une critique générale. En effet, le maire de Saint-Gervais a beaucoup de mal à parler d’écologie alors que la question de la montagne transformée en déchetterie sauvage est absolument catastrophique. Et c’est le cas de tous les sommets de la planète, dont l’Everest. Le Mont-Blanc, c’est 3 tonnes de déchets, allant de simples emballages de nourriture à des boites de conserve en passant par des câbles métalliques.

Ramassage de déchets au Mont-Blanc

À l’heure de l’écocide généralisé, il est absolument nécessaire de critiquer ces conséquences dramatiques, avec de plus gros déchets qui se découvrent des décennies plus tard dans les glaciers (comme les fascinants débris du Malabar Princess). Il ne faut pas oublier que l’ensemble de ces déchets vont ensuite se retrouver dans les rivières puis les fleuves et enfin dans les océans (augmentant au long terme les continents de plastique et la destruction d’espèces de poissons).

Mais le sujet est contourné pour renvoyer cette question générale à un problème seulement de comportement individuel. Certes, le fait est que la plupart du temps nous ne mesurons pas l’impact de certains gestes mais cela n’est pas seulement une question d’individus.

En arrière-plan, il y a l’individualisme pris dans une vision anthropocentrée de la nature. C’est-à-dire que nous agissons en général en fonction de notre seul intérêt individuel humain et non pas en fonction de l’ensemble de la biosphère (biocentrisme).

Considérer le problème de manière globale amènerait logiquement monsieur Peillex à refuser le « tourisme de masse », qui s’est d’ailleurs fortement développé dans les montagnes lors de la période estivale. Nous disons tourisme de masse entre guillemets car les touristes qui viennent à la montagne l’été (mais aussi l’hiver) sont en majorité une riche clientèle internationale et non pas les « masses populaires ». 

Mais tout cela, Jean-Marc Peillex ne peut pas le critiquer puisqu’il est lui-même le maire d’une commune qui construit sa richesse sur cette industrie.

La part grandissante du tourisme alpin pendant la période estivale

Le tourisme tel qu’on le connaît est le produit de la généralisation des congés payés au XXe siècle, un des nombreux exemple de progrès sociaux qui, ensuite, a ouvert des nouveaux marchés.

Le tourisme est, comme le reste, pris dans la logique capitaliste de la marchandisation et les personnes qui y sont soumises en portent les traits négatifs (individualisme, simple rapport de consommation de soi et de l’espace…). C’est d’ailleurs ce même rejet d’harmonie avec la nature qu’on retrouve dans l’UTMB…

Le cadre offert par le massif du Mont-Blanc étant dès le début, un support à l’expansion de ce marché.

Le capitalisme ne peut considérer la nature autrement que comme une marchandise, quelque chose à valoriser. Voilà pourquoi le Mont-Blanc « est utilisé à toutes les sauces pour faire de la publicité, pour gagner de l’argent, pour faire briller ».

Ce coup de gueule, tout en étant un produit de notre époque, n’est pourtant pas à la hauteur de l’enjeu puisqu’il ne dépasse pas la simple défense du terroir.

D’ailleurs cela se confirme par le fait que ce « coup de gueule » ait été relayé par une émission (« La place du village ») qui glorifie en permanence les vieilles traditions de « nos » montagnes, et valorise des « petites gens » se complaisant dans l’arriération culturelle.

Avec l’annonce de la mise en place future de nouvelles règles en « tapant du poing sur la table », la population va attendre Jean-Marc Peillex au tournant. D’autant plus que beaucoup se souviennent de son manque d’honnêteté à propos de la pollution de l’air.

Mais sans parler de la dégradation générale de la nature par des comportements engendrés par tout un style de vie collectif qu’il faut renverser, tout semble bien vain.

En élargissant la critique, nous disons donc que le tourisme « de masse » doit s’arrêter afin que le Mont-Blanc, ce riche espace naturel, devienne un sanctuaire, exempt de toute emprise humaine.

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