L’UTMB, la course des excès


Ecologie / vendredi, août 17th, 2018

Le 27 août débutera la 16ème édition de l’Ultra Trail du Mont-Blanc qui a été crée en 2003 dans l’élan pour le trail en Europe qui a débuté dans les années 1990. Se déroulant principalement dans la vallée de Chamonix, cette course est l’expression du remplacement d’un « sport » par la pure et simple ambition économique.

Le trail running désigne le fait de courir en milieu naturel alors qu’avant les années 1970, on ne courrait pratiquement que sur des pistes d’athlétisme.

Aujourd’hui cela désigne les courses en montagne, avec du dénivelé, ce qui demande une technique plus importante comme le veut l’exigence moderne du « dépassement de soi » avec la recherche toujours plus grande des situations extrêmes. C’est donc cette version de la pratique de la course qui, après le jogging, devient une pratique de masse.

Parcours 2018

L’UTMB, c’est un tour du Mont-Blanc en environ 24 heures (les records étant de 22h pour les femmes et de 20h pour les hommes) pour 170 kilomètres et plus de 9000 mètres de dénivelé positif. Elle fait partie des courses qui ont structuré la pratique du trail, jusqu’à le professionnaliser et devenir une marque en 2014 (UTMB®).

Comme les phénomènes des villes-marques, lorsqu’un événement sportif ou culturel dépose son nom, c’est dans le but de commercialiser afin d’en tirer du profit, d’entrer en concurrence, faire des investissements et ainsi, de croître.

L’expansion de ce genre d’entreprise est inéluctable, et ce, au mépris de la nature.

Depuis 2003 et ses 700 participants, la course a connu une forte expansion, avec aujourd’hui 9 courses. Pour cette édition 2018 elle accueillera pas moins de 7 600 coureuses et coureurs !

Le nombre délirant d’athlètes, accompagné de son hélicoptère bruyant.

Autant de personnes lâchées en altitude, n’est pas anodin sur des écosystèmes précieux, de même que le bouillonnement dans ce fond de vallée encaissée n’arrange en rien le problème de la pollution atmosphérique.

Sous la pression de certains habitants et promeneurs ainsi que la nécessité de sauver les apparences pour paraître respectueux de la nature, l’organisation prend en compte « l’environnement » à travers une commission.

Le pire c’est que leur engagement leur semble sincère, mais pour nous cela illustre juste l’impossibilité pour le marché de reconnaître réellement la Nature.

Comme bien souvent dans la vision du monde des entreprises, « l’environnement » (et non pas la Nature) se limite à une question visuelle, celles des déchets sur le parcours (emballages de barres énergisantes, de gels nutritifs, de bouteilles..), l’état des chemins etc. Les mesures engagées sont donc le plus souvent des opérations cosmétiques de communication, comme l’ingénieux « dossard éthique », une inscription à 2 000€ pour financer l’image écologique de la marque !

Le geste réellement écologique serait pourtant de limiter le nombre de d’athlètes, non pas en fonction d’un budget mais en fonction de prise en compte de l’intérêt de la Nature, notamment l’impact sur la vie des animaux et des végétaux. Si ces événements étaient le produit de concertations démocratiques, l’impact de ces courses et événements d’altitude seraient sans doute étudiés plus sérieusement.

Mais comme on l’a dit plus haut, la tendance est de toujours chercher à grossir afin de faire du profit.

La marque UTMB étend son marché à l’international avec son édition chinoise.

L’événement devient donc en 2018 le « Sommet du trail ». On sort ici clairement de l’aspect encore en apparence centré autour du sport, au profit de l’événementiel marketing. Cela devient en quelques sortes un salon où pourront avoir lieu les promotions d’innombrables marques.

Ce n’est pas un hasard si le prix des inscriptions, déjà élevées (207 € en 2014) ont triplé (env. 800 € en 2018). L’événement se fait sélectif, avec l’objectif d’attirer des sportifs riches et/ou sponsorisés de l’autre coté de la planète plutôt que le salarié « du coin » !

Comme la vallée de Chamonix devient trop petite pour les ambitions de la marque, les courses UTMB commencent à s’exporter afin d’atteindre une plus grande clientèle. C’était le cas récemment du GaoLiGong en Chine et du OMAN (dans le sultanat du même nom) qui aura lieu à partir du 29 novembre 2018.

Le coureur « star » à l’arrivée.

Les coureurs se démarquant des autres par leurs performances deviennent des « élites », un idéal à atteindre exacerbant la concurrence donc les attitudes de triche et les excès. L’aspect positif de la randonnée énergique, en relation harmonieuse avec la nature s’efface au profit de l’individualisme et le mépris des conséquences écologiques…

On le voit, avec la recherche de lieux « extraordinaires » pour valoriser l’image de la marque, la nature n’est jamais vue comme une unité de vie, une biosphère, mais bien comme un élément extérieur, un « paysage » à exploiter.

Le seul but est de valoriser la performance égocentrée de l’athlète…

L’UTMB n’est rien d’autre qu’un monopole sportif, comme la FIFA pour le football par exemple, avec des marques européennes qui viennent ensuite tirer profit de la nature et des populations dans des pays pauvres.

Face à l’exigence écologique de notre époque, la découverte de la montagne doit être une activité sportive mais calme, de santé populaire avec sa part d’enrichissement culturel. Il faut être en permanence attentifs à ne pas perturber ces écosystèmes.

7 réponses à « L’UTMB, la course des excès »

  1. Bonjour,
    Tout à fait d’accord avec vous.Ce ne sont plus les performances sportives qui sont en jeu, mais toujours plus haut pour leurs CAPITAUX.
    La pollution est partout.Comme les cyclistes on se débarrasse de tout n’importe ou .Au détriment de la nature et des habitants de tous poils.A ce rythme le MONT BLANC deviendra une MEGA poubelle à tous les niveaux, comme LA MAURIENNE le plus grand domaine cyclable du monde deviendra aussi une poubelle ou LE MONT VENTOUX et tous ces autres beaux sites naturels, L’homme arrive en masse sans respecter, et le coté mercantile suit et cache tout.

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