Montagne et pollution sonore4 min read


Ecologie, Vie quotidienne / vendredi, août 24th, 2018

Avec l’intensification des échanges commerciaux, l’augmentation du tourisme alpin de masse et des pratiques criminelles comme le quad sur les chemins de randonnée, les espaces de silence se réduisent même en montagne. Ce bruit ambiant a davantage d’effet sur la population animale que la population humaine et ça ne devrait pas moins nous alarmer.

La pollution sonore, c’est l’ensemble des bruits qui ont une répercussion nocive sur la vie, sur les écosystèmes. C’est un type de pollution qui est relégué au second plan puisqu’il ne touche pas directement la santé humaine. Mais des études récentes montrent que l’impact sur les autres êtres vivants qui nous entourent peut être important.

La vallée de l’Arve supporte un trafic routier intense qui génère un bruit de fond quasi perpétuel. Ici, comme dans la plupart des cas, c’est la source majeure de pollution sonore.

Les montagnes qui entourent les vallées entraînent un phénomène d’écho et de réverbération qui intensifient le bruit, c’est l’ « effet d’amphithéâtre ». On a beau monter, le bruit s’entend même loin de la source. Les espaces épargnés par le béton peuvent donc rester inhospitalier sur de grandes distances pour les animaux, et en particulier les oiseaux.

Chez les humains, l’exposition au bruit génère une augmentation du stress et contribue parfois à la dépression. Chez les animaux c’est bien plus complexe, jusqu’à entraîner une diminution des populations.

Ce trafic routier produit des sons très graves qui recouvrent la communication d’une majorité d’animaux (oiseaux, amphibiens et mammifères européens). La communication est très importante au niveau de la reproduction et du lien entre les bébés et les parents pour leur permettre l’apprentissage notamment.

Des chercheurs ont d’ailleurs observés que certains oiseaux se sont adaptés à ces conditions bruyantes en changeant la fréquence de leurs chants. Comme les nuisances sonores sont plutôt des sons graves, ils chanteraient alors plus aigu. C’est le cas, entre autres, de la mésange charbonnière et du merle noir et de certains amphibiens comme la grenouille brune.

Si cette capacité d’adaptation étonne et peut rassurer, il ne faut pas pour autant relativiser car il semblerait qu’une intonation grave, chez les amphibiens par exemple, soit un gage de fiabilité reproductive pour les femelles. En produisant des chants plus aigus, ils sont moins attractifs, cela ayant pour effet de freiner la reproduction.

Aussi, d’autres oiseaux, ne changent pas leurs fréquences mais chantent plus fort, jusqu’à +14dB.

Les recherches ont aussi mis en évidence chez les prédateurs une gêne pour repérer des proies et les chasser avec succès.

Du côté des proies, ces animaux qui doivent leur survie à leur capacité à anticiper une attaque, il y a une augmentation du stress, un besoin d’être davantage sur le qui-vive. Le temps d’alerte empiète sur le temps de repas, ce qui affaibli les individus.

Depuis quelques années, des mesures sont prises pour réduire la propagation du bruit. Ce genre de mesure est faite exclusivement à destination des humains, c’est bien pour cela que les murs anti-bruit des autoroutes n’existent qu’auprès des zones pavillonnaires et des villes.

Ces mesures ne riment à rien. Avec l’augmentation de l’activité économique, du trafic, avec le règne de la voiture individuelle, doit-on entasser de plus en plus de murs anti-bruit en s’adaptant sans cesse à une société destructrice de  la biosphère ?

Avec la diminution alarmante des populations d’oiseaux, à l’heure de la sixième extinction de masse, chaque élément nocif pour la vie doit être pris en compte. Nos connaissances doivent s’enrichir des dynamiques naturelles pour vivre en harmonie avec elles.

Nous devons nous battre pour reconnaître que ce qui affecte les autres organismes (animaux, plantes), nous affecte aussi en tant qu’espèce appartenant à une biosphère où toute la vie est connectée.

5 réponses à « Montagne et pollution sonore4 min read »

  1. Samedi 8 septembre j’ai eu la mauvaise idée de me rendre sur la montagne du Criou (Au dessus de Samoens) le même jour qu’une course de côtes sur le plateau des Saix, de l’autre côté du Giffre .
    A 2442 mètres d’altitude j’avais l’impression d’être dans les gradins du circuit de Magny-Cours. Un bourdonnement agressif m’a accompagné du début à la fin de la randonnée.
    Il en faut pour tous les goûts mais il faut admettre que la montagne était moins apaisante que d’habitude.

    1. Merci pour ce témoignage ! Effectivement, il y a un festival de quad à Samoëns, c’est honteux et très contesté localement. Si nous-mêmes sommes gênés, on ne peut qu’imaginer le calvaire pour les animaux qui fuient toujours plus loin dans des espaces plus restreint, ou bien se mettent à vivre la nuit… Les goûts doivent changer c’est une question vitale pour la nature !

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