Chasse et écologie, un vaste plan de communication


Ecologie / lundi, septembre 10th, 2018

La vie des générations futures, le progrès de l’humanité vers une société meilleure, est profondément liée à l’urgence écologique. La population est de plus en plus exigeante sur ces questions, demandant, des études, des mesures, un changement profond.

Face à cela, le régime en place soutien massivement les chasseurs, s’appuyant sur la culture « beauf », les « traditions » pour court-circuiter toute contestation dans les zones populaires en dehors des grandes villes. Il est alors d’une grande importance de comprendre ce que cela signifie ici localement.

Les chasseurs comme gardiens de la nature

Au niveau de la chasse, la Haute-Savoie a la particularité d’être un département appartenant à la région Rhône-Alpes, laquelle s’est illustrée par une grande dévotion de son président Laurent Wauquiez pour la cause des chasseurs, à travers la distribution en 2016 de 3 millions d’euros de subventions au détriment des associations et organisations environnementales, qui elles, se sont vue réduire drastiquement leur budget.

André Mugnier, le président des chasseurs de Haute-Savoie

Le message était clair : Les chasseurs sont les garants de l’écologie. L’argument des chasseurs connaissant le mieux la nature revient souvent. Mais, comme chacun le sait, être dans la nature, ne signifie pas forcément lui être bienveillante ou en comprendre tous les phénomènes.

Avec l’écocide généralisé, il semble important que les personnes chargées de la préservation de la nature soient celles qui l’étudient en profondeur et qui lui soit dévouée à temps complet, à travers la science et non un soit-disant « loisir » qui n’est que mise à mort gratuite.

Les institutions semblent valider l’idée que l’écologie serait un passe-temps qu’on peut greffer à une autre activité (qui plus est, la chasse). Une telle inconscience dans la période actuelle est dramatique.

Pas de conflit d’intérêt dans l’écologie

La lecture de la revue interne à la fédération des chasseurs de Haute-Savoie, Le Chasseur Haut-Savoyard, nous permet d’avoir un aperçu de la mentalité diffusée dans les fédérations, étant elle-même le produit de la culture rétrograde de ses bases.

La question de l’ « environnement » y est bien sur abordé avec la défense des « territoires naturels » car :

« Pas de territoires, pas de faune et sans faune, pas de chasse.« 

C’est sur ce genre de réflexion basique et intéressée que s’appuie toute la conception de la nature d’un chasseur.

La biosphère est empoisonnée par l’humanité dirigée par les capitalistes, la période exige un haut niveau de confrontation au problème. Avec ce genre de mode de pensée, on en est loin…

Plus de la moitié des chasseurs ont plus de 45 ans.

Se préoccuper de l’écologie est une question générationnelle ou de sensibilité. Par exemple, les femmes, du fait de leur rapport à la vie, ont plus tendance à anticiper la vie des génération futures.

De même, la génération 15-30 ans qui va devoir vivre le bouleversement, aura plus tendance à s’intéresser à l’écologie, si elle n’est pas prise dans le nihilisme et le pessimisme.

Or, nous voyons que les chasseurs représentent tout l’inverse. Ils sont pour une grosse majorité des hommes de plus de 45 ans, même si la fédération lutte pour faire évoluer cela artificiellement.

Ils ont d’ailleurs de plus importantes priorités que l’écologie, puisqu’un de leur principal problème est de savoir comment gérer les déchets de venaison.

Il s’agit des restes de cadavres, dont la profession ne sais pas quoi faire. Et c’est un problème de taille puisque cela représente quelques 80 tonnes de « déchets » par an.

Une des pistes pour se débarrasser de ces restes d’êtres vivants est leur revente à la filière bouchère…

Les animaux morts sont déjà des marchandises pour les chasseurs, qui les revendent à travers des filières de venaison.

Comment peut-on espérer une « gestion » désintéressée de la biodiversité, si la mort d’animaux peut représenter du profit ?

Là où il y a du bénéfice, il y a un conflit d’intérêts.

L’application CHASSECO et le « Partage de l’espace »

Pour les chasseurs, la notion d’écologie semble d’avantage un enjeu de réconciliation entre la population et leur activité. Une grande énergie de la fédération est donc dépensée dans la communication pour le « partage » de l’espace.

Ou plutôt à comment sensibiliser les gens à se balader ailleurs que sur les zones de chasse. Pour eux, la menace numéro un est le grand nombre d’accidents de chasse, qui rendent les chasseurs impopulaires à un premier niveau.

A un deuxième niveau, il y a la vraie écologie, celle du changement profond des mentalités. Celle qui prend désormais en compte les animaux comme des êtres vivants qui méritent une vie digne en tant qu’éléments de la biosphère.

La fédération de Haute-Savoie s’illustre donc par la création d’une application renseignant les gens sur les zones et périodes de chasses.

Cette application somme toute très basique, renseigne l’ « usager de la forêt » des zones « chassables », « non chassées » ou « réserve non chassées » par des remplissages de couleur sur une carte IGN.

Les promeneurs doivent donc s’adapter.

Dans le même esprit, l’opération « un dimanche à la chasse » aura a nouveau lieu le 21 octobre 2018. Il s’agit là d’une grande opération de communication, visant à inviter le public à passer une journée avec un chasseur.

Des chasseurs écolos, un gage de stabilité pour les institutions

Si parfois écologistes et chasseurs se trouvent alliés provisoires dans la lutte contre des projets destructeurs (comme par exemple le projet d’autoroute Machilly-Thonon dans le Chablais), ils restent les collaborateurs les plus abordables pour les institutions, d’autant plus qu’ils représentent une réserve d’électeurs intéressante.

En faisant des chasseurs les protecteurs de l’environnement, les acteurs politiques ne prouvent pas seulement qu’ils n’ont pas bien saisi ce que doit être l’écologie mais révélent leur volonté de garder une stabilité, de continuer à peu près tout comme avant.

Les chasseurs, campés sur les traditions mais souvent dans la nature, sont la façade idéale pour laisser penser que la protection de la nature est réellement prise en compte, tout en rassurant ceux qui ne veulent pas que la défense de la biosphère devienne une lutte largement portée par la population.

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