Le bas de la vallée de l’arve et la pollution de l’air.


Ecologie / vendredi, septembre 28th, 2018

L’impact sanitaire de la pollution de l’air est maintenant connue scientifiquement. Dans la vallée de l’Arve, une étude sur la mortalité liée à cette pollution a révélé qu’elle représente environ 85 décès prématurés (pour les seules PM 2,5). C’est pire que prévu puisque les professionnels de la santé estimaient le bilan sanitaire à 60 décès prématurés pour tous polluants confondus ! (PM 2,5, PM 10, NO2, B(a)P…).

Le bas de vallée de l’Arve et ses usines

Le bas de vallée plus impactée par la pollution aux PM 2,5

Publiée en septembre 2017, l’étude de « Santé Publique France » sur la vallée de l’Arve montre que le bas de vallée est le plus touché par la pollution aux particules PM 2,5. Les PM 2,5 désignent les particules fines en suspension dans l’air dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres. Flottant dans l’air et pouvant s’aggréger à d’autres substances toxiques comme le plomb ou le dixoyde de souffre, elles sont très nocives car elles s’infiltrent facilement dans le système respiratoire.

L’étude se base sur des relevés entre 2012 et 2013 basés sur cinq niveaux de mesures en microgrammes (ug) entre 4  à 14ug/m³ d’air (l’OMS établissant la valeur maximum tolérée à 10ug/m³ d’air). Alors que le secteur Chamonix enregistre un taux moyen de 6 à 8 et Passy entre 8 à 10ug/m³ d’air, la zone entre Cluses et Cornier a un taux de PM2,5 de 12 à 14ug /m³ d’air !

Cela doit-il mener à sous-estimer la pollution dans le haut de la vallée ? Non puisque les autres particules polluantes telles que le terrible Benzo(a)pyrène, le Dioxyde d’Azote (NO2) ou les particules de tailles plus grandes (PM 10) ne sont pas prises en compte dans l’étude. De même, l’étude établit une cartographie moyenne de la pollution aux PM 2,5 et ne vise pas à analyser en détail la concentration de ce polluant zone par zone, quartier par quartier, etc.

Toujours est-il que ces relevés révèlent un fait social connu par toute personne de Gauche ici : le clivage entre un haut de vallée peuplé plus volontiers par des classes moyennes et vivant du tourisme et un bas de vallée où réside une classe ouvrière concentrée dans l’industrie du décolletage.

En effet, comment comprendre autrement la plus forte médiatisation de la pollution de l’air sur l’axe Chamonix-Passy autrement que par l’angle des classes sociales ? Les principales associations de lutte contre la pollution de l’air sont établies dans le haut de la vallée, issues de la lutte « anti-camion » autour du Tunnel du Mont-Blanc à Chamonix. Leurs responsables proviennent des fonctions dirigeantes et/ou intellectuelles maîtrisant la communication et le savoir, ce qui facilite l’engagement militant et la parole médiatique.

Le bas de la vallée, coeur ouvrier et industriel

Mais voilà, c’est le cœur ouvrier et industriel de la vallée qui est particulièrement touchée, et est-ce bien étonnant ? Pour le coup, il ne faut pas avoir fait de longues études pour saisir que la concentration d’usines  combinée au trafic autoroutier ne peut que participer à une intense pollution de l’air.

Usine de décolletage

Le bas de vallée de l’Arve, « district industriel » spécialisé dans le décolletage, réunit en effet plus de 600 entreprises avec près de 10 000 salariés dans un espace de 30km. Le trafic de marchandises est intense avec son lot de solvants et d’huiles importés dans des ateliers aux conditions de travail difficiles pour les ouvrières et les ouvriers.

Cette industrie passe de plus en plus sous direction de grands groupes économiques, élargissant toujours plus la production. Lorsqu’on voit par exemple l’expansion industrielle sur le bord de l’autoroute blanche à Marnaz, comme l’implantation de Fanuc (groupe japonais de machines outils), on comprend que le capital s’accumule bien ici.

Pour une intervention de la classe ouvrière

Voilà un des paradoxes terribles dans la lutte contre la pollution de l’air. Alors que la classe ouvrière est doublement victime (en tant que travailleur et en tant qu’habitant), elle est absente de la lutte pour un air de qualité. Alors qu’elle ne peut choisir aussi facilement de quitter la région, il est impératif qu’une initiative populaire organisée dans le bas de la vallée émerge !

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