Le problème des transports en commun


Vie quotidienne / lundi, octobre 8th, 2018

Nous disons souvent que la vie est réduite à l’individualisme et au libéralisme, c’est-à-dire le culte de la liberté individuelle sans encadrement collectif. L’un et l’autre allant de paire, seul un projet de planification démocratique et populaire peut dépasser ces traits négatifs.

Voyons cela concrètement à travers l’utilisation systématique de la voiture individuelle et de la défaillance des transports en commun.

Les trajets domicile-travail, auparavant de la responsabilité des employeurs, ont été complètement relégués à la débrouille individuelle, avec une dépendance extrême à la voiture.

Les autos du cœur, la charité appliquée à la voiture, Bonneville.

À Bonneville, par exemple, au lieu de développer radicalement les transports en commun, on encourage les gens les plus démunis à profiter d’une opération de charité pour acquérir une voiture, ou bien on fait la promotion des deux roues (voir la « plaquette mobilité »).

Ce manque de vision se reflète dans le trafic anarchique sur les axes névralgiques, et le temps croissant passé enfermé dans nos voitures.

>> Voir aussi : le chaos des fins des journées sur les routes

Il y a pourtant dans les trajets quotidiens des habitants de la vallée de l’Arve, une cohérence générale qui permettrait la mise en place de transports en commun à la charge de la collectivité et des entreprises afin de limiter au maximum l’utilisation de la voiture.

Des moyens importants ont déjà été mis dans certaines communes pour proposer des transports collectifs, mais nous voyons qu’ils manquent encore de cohérence et surtout d’une politique uniforme entre les communautés de communes puisque beaucoup de personnes ont une vie quotidienne qui dépasse leur seule ville de résidence.

Ainsi le nouveau réseau (Arv’i) de la communauté de communes Cluses Arve et Montagne (2CCAM), qui est l’exemple d’une opération qui a mis (trop peu) des moyens mais n’est pas issue d’une planification démocratique et populaire.

Le réseau Arv’i

On voit à travers les horaires et le tracé des lignes que tout cela est conçu avant tout pour les trajets scolaires.

Cela ne remet pas réellement en cause l’utilisation de la voiture pour la masse des travailleurs. Être adulte et travailler va t-il de paire avec la fatalité de devoir s’enfermer dans le transport individuel ?

Les habitants de la 2CCAM concernés par ces lignes de bus sont ceux qui vivent en fond de vallée, c’est à dire Thyez, Marnaz, Scionzier, Cluses (Magland étant la grande laissée pour compte du Arv’i).

Dans cette partie de la vallée, 31,5 % des salariés sont des ouvriers, avec donc un quotidien irrégulier et des contraintes horaires importantes. Généralement, les usines fonctionnent avec des horaires de travail en 2×8 ou en 3×8, des tranches horaires qui ne correspondent pas au rythme scolaire.

Les horaires des Arv’i ne sont donc pas du tout pensés en phase avec le rythme ouvrier. Si c’était le cas, il y aurait les premiers départs (et retours) autour de 4h30, une augmentation des cadences entre 12h et 14h et une fin de service vers 22h.

A part la région de Cluses qui a fait tout de même une avancée dans les transports, c’est le désert !

Sallanches et Passy sont logés à la même enseigne que Bonneville avec simplement un système de petite navette à réserver à l’avance.

Le transport est délégué au réseau départemental (LIHSA) avec la ligne T74 qui fait toute la vallée de l’Arve dont les points d’arrêts sont assez hasardeux et les fréquences horaires largement insuffisantes…

Cela rappelle la ligne SNCF Le Fayet – Annemasse qui, outre un prix exorbitant pour un trajet de quelques minutes (6 € en moyenne pour trois arrêts), a un cadencement bien trop faible et des arrêts trop espacés pour correspondre aux besoins du quotidien.

Sans parler de la partie Bonneville-Annemasse qui nécessite la plupart du temps un voyage d’une heure, avec une correspondance parfois par autocar à la Roche-sur-Foron, quand en voiture le trajet se fait en 20 minutes !

Une planification démocratique des transports devrait relier les gares à la ligne de bus desservant les centres des villes. Le train transformé en une sorte de tramway, avec des fréquences par quart d’heures et des arrêts dans certains « lieux-dit » serait une solution immédiate.

Mais cela demande certainement un dédoublement de la voie ferrée, une réorganisation en fonction des besoins populaires, un bousculement des mentalités, impliquant un investissement économique et politique que la classe dirigeante évite forcément.

Lorsqu’on sait, par ailleurs, que le rapport Spinetta (février 2018) prévoyait la fermeture de la ligne dans le cadre de la réorganisation générale de la SNCF et que l’État souhaite déléguer la gestion des petites lignes à des entreprises privées, il est certain que cela ne vas pas du tout dans le bon sens.

La seule commune à avoir adopté les transports gratuits est Chamonix, avec des rythmes et tracés en route vers la cohérence.

Il y a là encore une question de richesse et une inégalité entre classes sociales. Cela va dans le sens de la modernisation de la station, en accord avec les élans « écologiques » que partagent la bourgeoisie locale avec ses clients huppés détachés de tout ancrage quotidien dans la vallée.

La circulation encombrée aux abords de la frontière

Avec le développement de Genève, et le projet CEVA, Annemasse va bientôt faire partie de la logique du maillage urbain du grand Genève.

Le reste de la vallée de l’Arve devenant de plus en plus le dortoir de l’El-Dorado suisse, où le calvaire de faire jusqu’à 2h de route par jour pour travailler, est compensé par le fait de pouvoir avoir une belle voiture.

La vallée de l’Arve, qui s’apparente à une grande unité urbaine d’environ 220 000 habitants (équivalent de Montpellier ou Bordeaux) a besoin d’un réseau de transport similaire à ces grandes villes.

>> Voir aussi : pollution de l’air et lutte des classes

Il n’est pas tolérable que la vallée n’est pas de transports en commun à la hauteur de la terrible pollution de l’air qu’elle subit. Cela est le révélateur d’une opposition entre un besoin populaire immédiat et un État qui n’y répond pas, car façonné par le libéralisme.

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