Pollution de l’air et lutte des classes


Ecologie, Vie quotidienne / samedi, octobre 27th, 2018

Avec la construction du Léman Express à Annemasse, c’est la question de la ligne SNCF La Roche – Le Fayet qui revient sur le devant de la scène. Le Messager du jeudi 18 octobre y consacre même un dossier sous le titre « Le RER dans la vallée : arlésienne ou révolution ? ».

Projet de RER : la lenteur inacceptable de l’Etat

Le projet de la SNCF prévoit ainsi un meilleur cadencement avec deux trains par heure avec l’automatisation de la voie ferrée.

Même si cela était une avancée, c’est encore très faible. Proposer deux trains par heure peut éventuellement satisfaire les travailleurs frontaliers mais n’aide pas à résoudre la mobilité locale quotidienne qui nécessite un service « RER – Tram » toutes les 15 minutes.

De plus, penser ce projet dans son seul rapport à la métropole Genevoise n’est pas conforme à l’impératif social et écologique puisque cela accentue notre dépendance à une méga-ville, renforçant l’extension urbaine (bétonisation).

Mais le pire dans tout cela, c’est le calendrier proposé pour cet aménagement : le projet ne doit pas être validé avant 2025, avec ensuite les études puis les travaux à réaliser ! De plus, l’ensemble du projet demande un budget évalué à 200 millions d’euros, vis-à-vis duquel le préfet a dit : « On ne validera jamais un scénario à 200 millions d’euros ».

Avec de tels discours, il est certain que la gratuité des transports en commun ne sera pas envisagée. Comment critiquer le conservatisme des « automobilistes » lorsqu’il n’y a pas ou peu d’offre de mobilité collective pour la vie quotidienne ?

Enjeu démocratique : la vie avant leurs profits !

De l’argent il y en a pourtant énormément mais il se trouve dans les poches de la bourgeoisie. En effet, comment ne pas dire cela alors qu’une partie des travailleurs de la vallée de l’Arve produisent des chiffres d’affaires colossaux dans le décolletage et le tourisme ?

Le décolletage pèse pour 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le chiffre d’affaire de la compagnie du mont-Blanc est passé de 59 millions d’euros en 2013 et à 70 millions en 2017. En 2016, le chiffre d’affaire pour le seul tourisme de groupe est de 215 millions d’euros.

Or, cet argent ne revient pratiquement pas dans l’investissement pour le développement social et écologique de la collectivité. Il est le plus souvent investi dans l’agrandissement des entreprises et l’aménagement des stations d’altitude pour satisfaire les vacances des possédants.

De même, qu’en est-il de la contribution des propriétaires des résidences secondaires ? Entre 2011 et 2015, le haut de la vallée a gagné plus de 6 500 logements avec près de 45 % de ces logements à Chamonix. Les résidences secondaires représentent 34 % des logements dans la vallée contre 22 % au niveau du département, avec près de 57 % de secondaires à Chamonix !

Cette pression des résidences secondaires participent d’une élévation générale du coût de la vie, et poussent toujours plus les ménages modestes dans le bas de vallée, là où la pollution de l’air est la plus intense.

De plus, les résidences secondaires riment bien souvent avec chalets et feux de cheminée puisque la bourgeoisie apprécie les images traditionnelles de la montagne et l’on sait combien les vacances au ski sont destinées à une clientèle huppée minoritaire. Or, si l’on regarde le bas de la vallée, plus ouvrière, on ne trouve plus que 8 % de secondaires dans le secteur de Bonneville et 22 % dans le secteur de Cluses et la majorité des logements sont des appartements locatifs.

Une lutte des classes.

Est-ce à la population locale, qui vit et travaille ici, de contribuer à un fonds air bois pour aider, en majorité, de riches personnes à changer leur système de chauffage ? Est-ce à la population locale de cotiser pour un fonds air industrie alors que le décolletage engrange des profits colossaux ?

Pourquoi la bourgeoisie qui profite du travail des ouvriers, ne devrait-elle pas contribuer massivement aux investissements demandés pour lutter contre la pollution de l’air ? Alors que les travailleurs produisent toute la richesse mais n’en ont qu’une petite jouissance, n’est-il pas démocratique de demander une contribution massive des possédants dans les moyens de lutte contre la pollution de l’air ?

Voilà tout un angle mort de la lutte contre la pollution de l’air, un angle qui demande de se positionner sur le plan politique.

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