Qu’est-ce que la civilisation de la voiture ?


Ecologie, Vie quotidienne / vendredi, octobre 19th, 2018

Dans une vallée polluée comme la vallée de l’Arve, la question des émissions des transports nous amène à interroger la place de la voiture individuelle dans la société et ce qu’elle représente au-delà de sa fonction.

Il est de plus en plus clair qu’il y a trop de voitures et que cela pourrait être plus rationnel et planifié, via de réels transports en commun.

Mais cela ne suffit pas, car pour avoir envie de prendre les transports en commun, il faut une critique générale de la voiture et de l’individualisme. Il faut être en mesure de voir vraiment comment la voiture a créée une culture négative dans la société.

Les trente glorieuses et l’écoulement de la marchandise

Dans l’après Seconde Guerre mondiale, l’industrie automobile a été un excellent moyen pour le capitalisme français d’écouler des matières premières en réalisant des bénéfices. En effet, la construction des voitures sollicite une chaîne de montage longue et technique, qui à chaque étape, permet de produire énormément de valeur grâce au travail des ouvriers.

Il y avait aussi l’essor du pétrole comme matière première stratégique, qu’il fallait exploiter pour être « dans le coup » et puis l’écouler. Les moteurs des voitures (avec le plastique) étaient le marché idéal.

Autour des années 1960, le marché de la voiture fait un véritable bon en avant. Les principales usines ont vécu ce qui a été appelé la « décentralisation productive » : avec des centres urbains plus peuplés, moins accessibles, mais aussi en réponse aux conflits sociaux minant les grosses entreprises, la classe dirigeante a déplacé de nombreuses industries en dehors des grandes villes.

La logique de péri-urbanisation se dessine dans les décennies suivantes, et la campagne s’urbanise. C’est là l’essor, dans les années 1980, des entrepôts logistiques mais aussi de vastes centres commerciaux, accélérés par le développement des autoroutes et l’utilisation massive des camions dans le transport de marchandises.

Par conséquent, l’aménagement du territoire a été conçu autour de ce nouveau développement : routes principales, ronds-points, zones industrielles et commerciales en périphérie de villes-dortoirs.

Alors que le train, la marche et le vélo étaient les principaux moyens de locomotion du peuple, les années 1970-1980 opèrent un basculement avec l’équipement massif en voiture.

Cela se produit en réponse au changement dans la vie quotidienne avec la fin des petits commerces de proximité dans les villages et l’éloignement du lieu de travail par rapport au lieu de résidence.

La voiture devient un élément populaire incontournable, mais qui fut imposé par le nouveau cycle d’accumulation du capital des années 1960.

La voiture dans la nature et les mentalités

Ce qu’on désigne souvent par le « tout voiture » c’est cela : un urbanisme qui veut densifier le réseau automobile en asséchant toujours plus la nature et bouleversant l’habitat des animaux.

Plus de routes, plus de ponts, plus de tunnels, pour qu’un individu dans sa voiture puisse aller partout sans quitter son siège.

C’est dans cette logique qu’une multitude de services se sont déclinés dans leur version « drive », restaurant, courses et même cinéma avec la mode des « drive-in » dans les années 70.

D’un moyen de transport, la voiture est devenu un prolongement de l’individu, entre l’espace public et l’espace domestique, devenant même parfois un moyen d’échapper à l’emprise parentale pour les jeunes qui ne peuvent devenir indépendant socialement car encore financièrement dépendant des parents.

Un tel engin, à la fois rapide et hermétique, pris dans le flot de l’esprit de compétition et de défiance généralisée est devenu un vecteur de violence sociale ou chacun s’insulte et s’énerve contre les autres en permanence.

On voit cela dans la vallée aux heures de fort trafic avec de nombreuses personnes qui veulent aller toujours plus vite que possible, s’imaginant seul et plus fort que tout le monde, particulièrement dans la jeunesse masculine.

La voiture étant l’accessoire par excellence qui reflète la réussite symbolique de l’individu, la frime au volant est aussi monnaie courante, avec les crissements de pneus dans les ronds point ou les courses-poursuites à vive allure par exemple.

Cela est souvent pour les hommes une manière de se faire remarquer ou de s’imaginer être une personnalité rebelle et de se conforter dans une image de fiction.

Avec la civilisation de la voiture, on est dans le tumulte perpétuel, le stress et la malveillance. Or, ces attitudes négatives se dissolvent dans la vie collective, et c’est pourquoi c’est notre mot d’ordre !

Pour plus de bienveillance, plus d’harmonie et moins de tensions au quotidien, il faut pouvoir planifier des transports en commun efficaces et pouvoir sortir collectivement de la civilisation de la voiture.

8 réponses à « Qu’est-ce que la civilisation de la voiture ? »

  1. […] Dans la vallée de l’Arve le problème principal de la population n’est pas le prix de l’essence mais la pollution de l’air qui tue prématurément 85 personnes par an et dégrade la santé des enfants dès leur naissance. Cela vient bien évidemment s’ajouter aux difficultés sociales, que la hausse des tarifs du carburant n’arrange pas tant la voiture est devenue centrale dans la vie périurbaine. […]

  2. […] Le projet « The Snow » est ainsi en opposition totale avec ce qui, rationnellement, devrait être fait. Avec déjà le centre commercial « Le Warens » ou des magasins alimentaires comme Grand Frais a Domancy, c’est la logique de périurbanisation qui se renforce puisque les lieux de consommation sont toujours plus éloignés du centre-ville. Le simple fait qu’il y a un raccordement direct avec la sortie de l’autoroute révèle que le projet continue la fuite en avant dans la civilisation de la voiture. […]

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