Retour sur le 17 Novembre et le risque pour l’écologie.4 min read


Ecologie / dimanche, novembre 18th, 2018

Le mouvement de blocage du pays contre la hausse du prix des carburants a donc bien eu lieu ce samedi 17 novembre 2018. Plus de 2 000 rassemblements ont été réalisés, et on compte plus de 300 000 manifestants. Si l’on peut douter de la vérité des chiffres fournis par l’État (souvent revus à la baisse), il est clair que le mouvement comporte une réelle dynamique populaire.

On peut voir le bilan numérique de ce mouvement sous deux angles. De manière absolue, entre 300 et 400 000 personnes ce n’est pas grand monde, avec une attente de plus d’un millions de manifestants. Mais d’un point de vue relatif, on constate que ce sont les cœurs périurbains et ruraux qui ont concentrés les plus grosses manifestations, avec parfois des villages d’à peine 6 000 personnes pour 200 personnes mobilisées.

Pour une organisation spontanée et en dehors des structures politiques et syndicales, dans les territoires où règnent l’ennui et l’apathie culturelle, on peut dire que c’est une réussite.

Un mouvement autonome ?

Revenir sur la nature organisationnelle de ce mouvement est très important car les comparaisons avec Mai 68 sont nombreuses. Rappelons que Mai 68 a marqué l’avènement d’un mouvement populaire autonome, affranchi des cadres politiques et syndicaux traditionnels, contestant l’ordre social établi.

Pancarte au blocage de Scionzier

Mais, au fond, qu’est-ce qu’un mouvement populaire autonome ? C’est un mouvement qui est d’initiative populaire et se construit en opposition aux institutions économiques, politiques et idéologiques. Or, lorsqu’on se mobilise dans sa voiture pour bloquer des axes routiers avec comme ciment culturel l’hymne national, le drapeau tricolore et des symboles grossiers, il n’y a aucune rupture avec les institutions.

Le mot opposé à autonomie est hétéronomie. Ce qui signifie : une volonté dépendante d’un intérêt qui ne vient pas d’elle-même. C’est clairement le 17 novembre, penser se révolter contre l’enfer péri-urbain, avec cette centralité de la voiture, mais le faire avec les règles idéologiques du capitalisme et de l’individualisme. Avec pour finalité de produire une fuite en avant dans ce qui est critiqué.

De plus, quiconque a pu jeter un œil aux personnes les plus engagées peut constater que ce sont soit les couches rétrogrades (comme des chasseurs par exemple), soit des petits artisans et indépendants. Dans sa nature, le 17 Novembre est bien un mouvement dirigé, socialement et idéologiquement, par un néo-poujadisme. Cela renforce un terreau politique et idéologique propice à une extrême droite qui était déjà, culturellement, bien établie.

Dans le vallée de l’Arve, un point stratégique.

Mais l‘enjeu de taille est que le 17 novembre n’est pas resté limité aux couches sociales poreuses aux poujadisme. Il a su s’étendre à d’autres couches sociales plus larges tout en établissant un rapport de force.

Gaz lacrymogènes au viaduc des Egratz

Parvenir à bloquer l’accès du Tunnel du Mont-Blanc, pendant plus de 10 heures, au transport de marchandises est une certaine réussite stratégique. Il y a là une neutralisation d’un flux essentiel à la logistique du capitalisme. De plus, l’utilisation d’une trentaine de grenades de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, avec présence du sous-préfet en dit long sur la nature vitale de ce viaduc pour l’économie française.

Mais bloquer un point stratégique et établir un rapport de force ne fait pas l’essentiel d’un mouvement pour la Gauche. Si tel était le cas, notre camp n’aurait pas vu le grand danger des émeutes du 6 février 1934, avec ses affrontements avec la police derrière le mot d’ordre « A bas les voleurs ! »

Dans une vallée largement polluée, notamment par le trafic des poids lourds, quelle tristesse de voir cet axe névralgique être bloqué par un mouvement très peu soucieux de cette problématique. Comment ne pas être surpris par l’attitude de « gilets jaunes » qui font vrombir leurs moteurs de motos ou de 4×4 ? Où est la conscience d’un des plus terribles problèmes locaux ?

Renforcer la Gauche ! Lutter contre la pollution de l’air !

De manière générale, le mouvement du 17 novembre est d’une confusion terrible, sans aucune élaboration stratégique. Les éléments qui, culturellement, orientent le mouvement placent la question écologique et la pollution de l’air bien en-dessous des priorités à résoudre.

Peuple en colère, Macron démission (Scionzier)

La nature « apolitique » et confuse du mouvement ne peut pas tenir s’il veut s’établir dans le temps. Il va bien falloir se structurer, s’organiser, dresser des grandes lignes. A n’en pas douter, la ligne centrale sera le « ni droite, ni gauche » avec un renforcement du nationalisme. Or, si la dimension populaire reste intacte, cela ne pourra qu’affaiblir la lutte écologiste, tant celle-ci a comme dimension fondamentale la communauté mondiale et l’ancrage dans des valeurs progressistes.

Il y a un vaste danger pour les personnes progressistes de la vallée de l’Arve qui doivent se rassembler à la hauteur de notre époque, au risque sinon de voir la lutte contre la pollution de l’air être reléguée au second plan des impératifs à régler.

2 réponses à « Retour sur le 17 Novembre et le risque pour l’écologie.4 min read »

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