Le 17 Novembre et l’enjeu local en vallée de l’Arve.


Ecologie, Vie quotidienne / mardi, novembre 13th, 2018

Dans la vallée de l’Arve, le « mouvement de blocage du 17 novembre » organise plusieurs événements, dont un rassemblement au viaduc des Egratz. Pour tout habitant de la vallée réellement préoccupé par la question de la pollution de l’air, il apparaît que cette mobilisation, bien que partant d’une colère juste, est en décalage avec les enjeux locaux.

Le 17 Novembre : un risque réactionnaire.

En Haute-Savoie, la mobilisation a débuté dès le lundi 29 octobre avec une « opération escargot » de lancée par l’entreprise « Transport du Léman », spécialisée dans le transport pour le BTP. Avec près de 50 camions qui se sont rendus à la préfecture d’Annecy, cette opération lance en quelque sorte la protestation contre la hausse du prix des carburants.

Le BTP est un des plus riches secteurs de Haute-Savoie, tiré par la course folle du tourisme de masse. Ce secteur a déjà été exonéré de nombreuses taxes, notamment l’écotaxe ou bien encore contre les vignettes Crit’Air. Antony Andolina, président de la société « Transport Léman », déclare ainsi :

« Les alternatives proposées aujourd’hui, ce sont les camions au gaz, des camions qui coûtent très cher à l’achat pour des structures comme nous parce qu’aujourd’hui les personnes qui étaient présentes sur le groupe ne font pas partie de syndicat de transporteurs. Ce sont des petites sociétés, des artisans, des personnes à leur compte. Donc on ne peut pas avoir des taxes à 60 % sur le prix du carburant et derrière avoir des camions à gaz qui coûtent 20 à 30 000 euros plus cher qu’un camion traditionnel ».

Or, justement, au-delà de ses faiblesses structurelles, le Plan de Protection de l’Atmosphère 2 prévoit une aide financière pour les petites sociétés locales afin d’aller vers des camions au Gaz Naturel, comme par exemple le remplacement de 40 poids lourd diesel par 40 poids lourd au Gaz Naturel faisant 20 000 km par an dans la vallée de l’Arve.

On peut bien évidemment critiquer la faiblesse de l’aide et même dire qu’au fond, le BTP a des bénéfices importants pour réaliser une partie de cette reconversion. Cependant, n’est-il pas démagogique de laisser sous-entendre que le remplacement des camions diesel reviendrait à la charge seule de « petits entrepreneurs » ?

Il est clair que la première mobilisation des entreprises de transport en Haute-Savoie montre l’égoïsme de ce patronat, porté vers le seul profit de court terme ; ce qui ne contribue pas au changement concret en faveur d’une meilleure qualité de l’air.

Car, plutôt que de militer contre la hausse du carburant, pourquoi ne pas militer pour une aide massive à la reconversion vers des véhicules au Gaz Naturel ?

Avec cette pré-mobilisation, on voit bien qu’une partie du 17 novembre est orienté par une partie du patronat local, qui veut mobiliser la population de manière démagogique. Cet aspect explique pourtant des partis politiques proches du patronat, comme la droite ou l’extrême droite, aient appelé directement au soutien du mouvement.

Oublier la critique de la voiture dans une des vallées les plus polluées de France ?

De manière principale, cette mobilisation va à l’encontre de l’objectif vital de protection de la Nature. Or, le mouvement du 17 novembre a une approche confuse et chaotique des problématiques, avec une absence de perspectives stratégiques claires.

Dans l’époque actuelle, il est impossible de dissocier la lutte pour la justice sociale de la protection de la Nature. En 2018, il ne nous est absolument interdit de dissocier ces deux enjeux car ce serait accompagner l’accumulation capitaliste destructrice de la Nature.

En effet, il faut être lucide : qui veut des milliers de voiture dégazant au ralenti, dans des bouchons infernaux, alors qu’on peine déjà a respirer ? Qui veut encore du transport de marchandises par camions ? Les secteurs industriels qui en tirent des bénéfices colossaux, comme le secteur prolifique des bus « low coast » (mesure d’Emmanuel Macron), la logistique GEODIS de la SNCF, ou encore la start-up « Blablacar » (qui vient de racheter Ouibus).

Dans la vallée de l’Arve le problème principal de la population n’est pas le prix de l’essence mais la pollution de l’air qui tue prématurément 85 personnes par an et dégrade la santé des enfants dès leur naissance. Cela vient bien évidemment s’ajouter aux difficultés sociales, que la hausse des tarifs du carburant n’arrange pas tant la voiture est devenue centrale dans la vie périurbaine.

Là où les gens de droite poussent à manifester avec des revendications ultra-individualistes (comme pour les 80 km/h), les progressistes de la vallée de l’Arve doivent rappeler que nous avons besoin d’un changement profond de la vie quotidienne, passant par des transports en commun, une reconnexion de l’habitat avec le travail…

Dans la vallée, du fait de la situation particulière et même exemplaire du phénomène de pollution en dehors des grandes villes, il y a un rôle également exemplaire à jouer. Celui là est positif, c’est celui d’une lutte acharnée des habitants.

Il y a un enjeu de civilisation, une question de défense de la vie, une responsabilité pour l’avenir !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.