Extrait de livre sur la voiture (1)


Ecologie, Vie quotidienne / lundi, novembre 26th, 2018

Dans la vallée de l’Arve, la voiture est devenue un mode de transport faisant pleinement partie de la vie quotidienne. La voiture c’est un enfermement néfaste (individualisme, stress, embouteillage, violences) mais aussi le moteur de toute une économie fossile désastreuse pour la nature.

Dans le livre « Face à l’anthropocène, le capitalisme fossile et la crise du système terrestre » (2018), le chercheur socialiste canadien Ian Angus analyse comment nous sommes entrés dans une époque « dont les strates géologiques contiennent surtout des traces d’origine humaine récente » (anthropocène). Cela correspond au bousculement sans précédent du système planètaire, dont l’automobile est un rivet principal en tant qu’expression du capitalisme avancé.

Extrait :

L’automobilisation

 » Dans Le capitalisme monopoliste, un essai visionnaire paru en 1966, Paul Baran et Paul Sweezy se penchent sur les « innovations qui font époque […], qui bouleversent la structure tout entière de l’économie et qui créent ainsi de vastes débouchés d’investissement en plus du capital qu’elles absorbent directement. [Seules] trois innovations furent véritablement révolutionnaires : la machine à vapeur, le chemin de fer et l’automobile ».

Ces inventions reposant toutes sur les combustibles fossiles, il serait plus juste de les nommer avec leur source d’énergie : charbon et machine à vapeur, charbon et chemin de fer, essence et automobile. Ce sont ces combinaisons d’un combustible et d’une technologie qui auront permis au mode de production capitaliste d’atteindre sa pleine maturité d’économie fossile.

Les premières automobiles sont construites de façon artisanale et vendues comme jouets à des gens très riches, si bien que le marché initial de l’essence est très limité. La donne change rapidement quand l’industrie de l’automobile, dominée par la Ford Motor Company, se lance dans la production de masse. De la même façon que dans le textile britannique au XIXe siècle, le passage à un mode de production spécifiquement capitaliste s’avère révolutionnaire.

Les coûts de production et les prix sont en chute libre et les ventes explosent. La première phase du processus que Baran et Sweezy qualifient d’« automobilisation » se déroule aux États-Unis de 1910 à 1929 environ. Les ventes de voitures, de camions et d’autobus décollent, passant de 4 000 en 1900 à 1,9 million en 1919, puis à 5,34 millions en 1929; l’automobile constitue désormais la plus grande industrie du pays.

En plus de vendre des millions de véhicules, les fabricants eux-mêmes représentent un marché colossal pour les industries de l’acier, du verre et du caoutchouc. Aspect plus important pour notre exposé, « les automobiles et les camions ont transformé le secteur pétrolier en faisant passer celui-ci de producteur de sources lumineuses et de lubrifiants à fournisseur d’essence ».

Les sociétés pétrolières mettront en place un imposant réseau de vente et de service. En 1920, l’essence est encore un produit générique dont la vente constitue une activité secondaire pour les quincailleries et les épiceries ; en 1929, les États-Unis comptent plus de 120 000 stations-service arborant une marque de commerce, un nombre qui aura doublé en 1939. Les deux tiers du pétrole extrait dans le monde proviennent de puits états-uniens, et les sociétés pétrolières états-uniennes sont les entreprises les plus colossales et les plus rentables de la planète. »

Ian Angus, Face à l’Anthropocène. Le capitalisme fossile et la crise du système terrestre, 2018, p. 160

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