Sur la dynamique du mouvement du 17 novembre


Ecologie, Vie quotidienne / jeudi, novembre 8th, 2018

Personne ne peut passer à côté du mouvement de colère contre la hausse du prix du carburant qui se répand actuellement. Cette augmentation est principalement due à la hausse du cours du pétrole et à l’augmentation de la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), notamment avec l’augmentation de la part « contribution climat énergie ».

Le gouvernement justifie cette mesure sur la base de la nécessaire « transition énergétique », pour une « économie décarbonnée ».

Dans la vallée de l’Arve, plusieurs actions sont prévues, dont même un blocage du viaduc des Egratz en direction de Chamonix.

Un mouvement qui illustre l’opposition villes/campagnes.

Le mouvement a démarré avec une pétition lancée le samedi 20 octobre par une jeune femme de Seine-et-Marne demandant la baisse du prix du carburant et recueillant en seulement 24 heures plus de 12 300 signatures. Depuis, le mouvement semble se structurer autour d’événements virtuels, avec une organisation de plus en plus concrète.

Selon un sondage récent, 78 % des français se disent solidaires du  » Mouvement du 17 novembre « . Comment pourrait-il en être autrement lorsque près de 74 % des salariés utilisent leur voiture pour aller au travail ? Comment s’étonner de cette popularité quand la moyenne aller-retour des trajets domicile-travail est de 50 minutes ? Comment s’en étonner alors que de plus en plus de gens vivent dans les zones périurbaines, sans transports en commun ?

Il est en effet scandaleux qu’une bourgeoisie parisienne déconnectée de la vie populaire dise vouloir lutter contre la pollution en taxant le Diesel. En effet, dans les campagnes, la voiture est un moyen de transport central dans la vie quotidienne (supermarché, travail, école…). Il est ainsi peu étonnant que ce soit les habitants de ces zones qui cherchent à exprimer massivement leur colère.

Lorsque le pouvoir défend cette mesure par « écologie », il ne voit celle-ci qu’à travers le marché et des consommateurs individuels. Il n’y aucune volonté de transformer une vie quotidienne basée sur l’écocide (vastes centres commerciaux, développement chaotique des zones pavillonaires, etc.). Cette mesure est contre-productive pour l’émergence d’une écologie populaire car elle oppose la bataille pour la biosphère et les conditions de vie du peuple, lorsque les deux sont par nature liées.

Mais le peuple qui se mobilise contre une mesure négative ne signifie pas forcément une mobilisation juste. La colère n’est pas toujours bonne conseillère et force est de constater que le « mouvement du 17 novembre » va dans le mur. Lorsque l’on est de Gauche, nous n’évaluons pas la justesse d’un mouvement à sa nature populaire mais par rapport à la vision du monde qu’il développe.

Une colère populiste.

Le populisme, c’est une vision non scientifique des choses, basée sur une explication simpliste des difficultés sociales et morales des classes populaires.

C’est le cas du Mouvement du 17 novembre qui réduit la source du malheur populaire aux « immenses dépenses » de la « classe politique », vue comme une « mafia » qui s’enrichirait par des taxes. Quiconque a une culture de Gauche sait que cela sent bon le poujadisme, ce mouvement politique de défense des artisans et commerçants des années 1950 s’insurgeant contre l’ « Etat voleur » (dont un des premiers députés sera Jean-Marie Le Pen en janvier 1956).

Fraternité Française, « la tribune de Pierre Poujade »

C’est une simplification infondée car la « classe politique » n’existe pas comme un groupe uni et  homogène. Il y a des courants idéologiques différents, des élus qui représentent des couches sociales différentes, des visions du monde différentes, etc.

De plus, dire que c’est la « classe politique » qui nous exploite, n’est-ce pas caricatural lorsqu’on sait que la richesse du travail est privatisée par les propriétaires des entreprises ? Les revendications des principaux organisateurs s’étendent bien souvent au « pouvoir d’achat » (avec la faiblesse des salaires) mais où est passée la critique de la bourgeoisie qui usurpe une partie de notre travail pour son profit et nous exploiter encore un peu plus ?

Une fausse protestation.

Nationalisme racoleur : Pourquoi arborer les couleurs de la patrie ? Les taxes viendrait-elles de l’extérieur ?

De ce simplisme et de cette irrationnalité ne peut sortir qu’une vision nationaliste puisque les causes de la pauvreté ne sont pas vues comme le résultat de la lutte des classes mais entre une « élite », réduite à la « classe politique », et le peuple, réduit à son porte-feuille.

A ce tire, la comparaison entre le mouvement du 17 novembre et mai 68 est délirante car Mai 68 a élaboré une critique radicale de l’aliénation sociale.

Si Mai 68 devait se produire dans les campagnes françaises en 2018, c’est la voiture qui serait attaquée comme symbole d’un enfermement individualiste, de l’ennui culturel et d’une logique destructrice de la Planète. Dans le même temps il serait proposé des solutions plus collectives, plus solidaires, comme des transports en commun gratuits par exemple.

Des comptes seraient demandés à la « bourgeoisie » (justement ciblée en Mai 68) : pourquoi nous avoir enfermé dans la civilisation de la voiture alors qu’elle s’est construite sur une ressource épuisable et polluante ? Est-ce aux masses populaires de payer le prix des erreurs historiques de la classe dirigeante ? En bref, un réel mouvement de rébellion signifierait un rupture culturelle avec une réelle combativité et non pas une vague protestation des « taxes ».

Le Mouvement du 17 Novembre n’a rien à voir avec les fondamentaux de la Gauche, ni avec son héritage de luttes (dont mai 68 fait partie !). Et s’il n’a pas à voir avec notre tradition, c’est qu’il est l’héritage d’une autre posture, celle du « coup de gueule » populiste. Cette posture est alors facilement capté par l’extrême droite qui, ne l’oublions pas, a obtennu 11 millions de voix en mai 2017.

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