La Plaine de Passy, un écosystème en résistance !


Ecologie, Politique / lundi, janvier 7th, 2019

Lorsqu’on habite à Passy ou que l’on s’y rend, la vaste plaine après le lac est toujours aussi grandiose à contempler. Il est rare de pouvoir admirer de vastes espaces naturels dans une vallée qui est engloutie par l’étalement urbain. Et pour cause : la plaine de Passy, également appelée « Granges de Passy », fait partie de la deuxième et dernière plaine de montagne de ce type (l’autre étant celle d’Oisans dans la vallée de Romanche).

La Plaine de Passy avec l’Arve au milieu, avant la construction de l’autoroute.

Par conséquent, la plaine de Passy est classée comme ZNIEFF de catégorie 1 (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique). Les ZNIEFF ont été établies en 1982 à des fins de conservation des patrimoines naturelles présents sur le territoire nationale. Pour entrer dans cette classification, la zone en question doit abriter une ou plusieurs espèces à « fort intérêt patrimonial » et l’unique présence d’une espèce déterminante (statut de protection) permet le classement en ZNIEFF.

Faucon de Kobez à la Plaine de Passy. © Julien Heuret

Aux Granges de Passy, on trouve des oiseaux tels que le crécerelle, le traquet ou l’alouette, des fleurs protégées comme l’Orchius punaise. Mais, elle offre surtout une halte migratoire pour des oiseaux sous protection totale comme la cigogne blanche ou le faucon de Kobez, qui remontent (avril-mai) la vallée de l’Arve pour rejoindre le cours supérieur du fleuve en Suisse et trouve ici un espace propice d’habitation et de nourriture du fait des céréales présentes.

La cigogne Blanche est par exemple inscrite à l’annexe I de la directive des Oiseaux de l’Union Européenne. Cette directive interdit « de la détruire, la mutiler, la capturer ou l’enlever, de la perturber intentionnellement ou de la naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids et de détruire, altérer ou dégrader leur milieu ».

Cette halte migratoire en ce lieu est peu étonnante puisque cette zone n’est pas une simple grande « pelouse ». Le sol est une prairie sèche avec des plantes denses aux tiges dressées (nommées Brome Erigé), résultat de l’activité agricole qui a transformé au fil des siècles la plaine humide en une plaine sèche. Cette activité agropastorale est d’ailleurs visible avec les anciennes fermes qui parsèment la prairie, formant ainsi un lieu de mémoire quant aux modes de vie qui ont existé sur ce territoire.

Les granges de Passy

Du point de vue de l’urgence écologique, cela nous rappelle que la mentalité d’une Nature soumise « de droit » aux intérêts de l’Homme est antérieure au capitalisme. Bien sûr, c’est actuellement ce mode de production, dévastateur, qui doit être dépassé mais il faut se souvenir que c’est justement de ces organisations sociales passées que provient le capitalisme.

Au premier plan la zone commerciale qui s’étend, au second plan, la Plaine.

Ce qui est frappant lorsqu’on contemple la plaine de Passy avec un point de vue en altitude, c’est qu’elle est toujours plus encerclée par l’étalement résidentiel, les zones commerciales, et le trafic routier. On saisit alors combien cette plaine est un espace de résistance en tant que tel à l’étalement urbain.

Sorte de tampon, la plaine de Passy est une barrière « naturelle » entre la zone sud de Sallanches qui s’étend toujours plus (comme le Gamm Vert, le récent grand frais, les lotissements résidentiels à ses abords…), la zone humide de La Pallud à Domancy (avec sa nouvelle zone commerciale à côté d’Intermarché)

Si l’aménagement anarchique du territoire continue, nous sommes en droit de nous demander si Domancy ne deviendra pas une simple périphérie dortoire de Sallanches. De plus, cela est accentué par le poids toujours plus fort de nouveaux résidents expulsés des hauteurs à cause de la pression foncière exercée par les résidences secondaires des stations d’altitudes (tournées essentiellement vers la bourgeoisie).

Dans sa lettre de novembre 2013 titrée « Pays du Mont-Blanc : des enjeux liés au logement et au développement durable », des analystes de l’INSEE affirmaient ainsi :

Cette situation est amplifiée par le départ de ménages qui n’ont pas les moyens de se loger sur le territoire dans des conditions satisfaisantes. Ainsi, deux des communes où l’immobilier est le plus cher ont vu leur population baisser dans les années 2000 : en 2010, Chamonix-Mont-Blanc compte 900 habitants de moins qu’en 1999 (- 9 %), Megève 800 habitants en moins (- 18 %). Entre 2003 et 2008, les personnes qui ont quitté Chamonix-Mont-Blanc ont choisi préférentiellement Les Houches, puis Passy et Sallanches.

Article du Dauphiné Libéré sur les oiseaux protégés alors que le projet de piscine olympique planait au-dessus de la Plaine.

Dans ces conditions démographiques et d’inégalités entre classes sociales, n’est-il pas légitime d’alerter sur la crainte de voir les Granges de Passy être englouties ? Il y a de quoi être aux aguets lorsqu’on sait que le classement en ZNIEFF n’a, au final, qu’une visée informative sans aucune garantie réglementaire, ni d’interdit pour des autorisations d’aménagement.

Rappelons nous qu’en 2008, le projet de piscine olympique pour la candidature des Jeux Olympiques d’hiver en 2018 avait été abandonné sous le poids de la mobilisation populaire !

Toute personne attachée à la Nature se doit d’être vigilante dans la défense de cette zone qui ne peut être que source de convoitise pour les promoteurs immobiliers.

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