Funiflaine : un projet anti-démocratique.


Ecologie, Politique / mardi, février 26th, 2019

Depuis le 27 juin 2016, le Syndicat mixte dénommé « Funiflaine » vise la création d’un transport public par télécabines téléportées reliant la petite ville de Magland (3 300 habitants) à la station de Flaine du Grand Massif.

Inscrit dans un contrat (2015-2020) entre l’État et la Région, le projet est actuellement soumis à une consultation publique entre le 24 janvier et le 8 mars 2019. Le projet de « Funiflaine » est par conséquent en bonne voie d’avancement.

Mais alors que ressort-il de ce projet ?

Prévu d’être installé du côté du lieu-dit « Bellegarde », à la sortie de Magland, le Funiflaine prévoit une gare de départ, une étape intermédiaire au Col Pierre Carré et une arrivée à Flaine, à 1 500 mètres d’altitude.

Constatons d’emblée que le projet s’affiche sous l’image gracieuse de l’amélioration de la qualité de l’air. Ce mode de transport permettrait ainsi d’éviter le flot de voitures entre la station de Flaine et la vallée. A première vue, cela semble logique et cohérent.

Mais, une telle infrastructure ne peut-elle pas voir l’objectif écologique se retourner en son contraire ? En effet, le flux de voitures ne va t-il pas s’intensifier grâce à la facilité d’accès à l’un des plus grands domaines skiables (ce sont jusqu’à 5 000 personnes / heure qui sont attendues)  ?

Mais alors que dit le projet à propos de l’écologie ? Voici une partie de la liste présentée par le site du projet concernant le respect de l’environnement :

  • Adaptation de la localisation de la gare de Pierre Carrée, comprenant une zone humide, en minimisant les impacts sur le site.
  • Maintien dans la mesure du possible des structures existantes (gîtes, zones de chasse).
  • Un calendrier des travaux adapté afin, par exemple, de limiter voire éviter l’impact des rotations en hélicoptère lors des périodes de nidification de l’avifaune. 
  • Des coupes d’arbres préférentiellement réalisées entre septembre et novembre, en logique avec le cycle de vie de la flore et de la faune.
  • Un dispositif de visualisation des câbles pour l’avifaune pourra être mis en place.

L’aspect écologique est donc contestable à bien des égards. Les promoteurs du Funiflaine assument que des zones humides vont être impactées, que des forêts vont être saccagées, que des couloirs aériens vont être déstabilisés.

On a là un condensé de la mentalité rétrograde de la bourgeoisie française à propos de la nature car finalement on peut détruire l’environnement mais il s’agit surtout de le faire « avec raison », avec « conscience », avec « compensation ».

Et pour couronner le tout, on ose présenter la protection des zones de chasse comme le vecteur de valeurs écologiques.

Les aménageurs ne savent-ils pas que la disparation alarmante des espèces d’oiseaux et d’insectes ces 30 dernières années est en grande partie due à la perte ou la détérioration de leurs habitats naturels ?

En quoi, la sauvegarde de « zones de chasse » est-elle une mesure écologique alors que les oiseaux vont déjà voir leurs repères aériens déstabilisés ?

De plus, le projet se vante d’être inscrit dans le Plan de Protection de l’Atmosphère, présenté comme « un outil de planification important pour la lutte contre la pollution atmosphérique et le cadre de vie des habitants ».

Si cela était le cas, cela fait longtemps qu’il y aurait un vaste et dense réseau de transport en commun adapté aux trajets de la vie quotidienne.

Est-il alors abusif de dire que les travailleurs de la vallée de l’Arve comptent moins que la clientèle faisant la richesse des monopoles du tourisme ?

Car, finalement, derrière le Funilaine il y a bien les intérêts économiques du Grand Massif, ce vaste domaine skiable réunissant Flaine, Samoëns, Les Carroz.

C’est d’autant plus vrai que le projet vante le fait d’ « accompagner le développement de Flaine et du Grand Massif » et d’être un moyen d’accès privilégié pour la clientèle Genevoise via le raccordement du tram de Genève à la signe SNCF Annemasse-Magland (CEVA).

Ce projet se résume à une infrastructure qui ne va qu’engendrer des destructions environnementales dans l’optique principale de satisfaire les bénéfices d’une industrie touristique, pourtant vouée au déclin.

Seulement, au premier abord, la population locale peut être séduite par ce moyen accessible pour aller skier ou randonner.

A l’horizon 2050, une baisse drastique de la masse de neige dès 1650m d’altitude.

Mais, n’est-ce pas justement à la population d’être lucide sur un avenir  miné par le réchauffement climatique et la destruction de l’environnement ?

Les besoins démocratiques ne sont-ils pas plutôt tournés vers des transports en commun gratuits adaptés au quotidien, des espaces de convivialité sociale et culturelle ?

La population doit être claire sur la défense de ses intérêts à moyen terme. En ce sens, un refus massif et populaire doit voit le jour face à ce projet anti-démocratique !

3 réponses à « Funiflaine : un projet anti-démocratique. »

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