Guerilla Poubelle au Poulpe ou l’absence d’une culture positive.


Vie quotidienne / dimanche, février 3rd, 2019

Ce samedi 2 février avait lieu au bar Le Poulpe un concert de punk-rock français, avec une tête d’affiche bien connue de tous les amateurs de ce style musical dans les années 2000, Guérilla Poubelle.

Fondé 2003 après la fin du groupe Les Betteraves, Guérilla Poubelle est un des groupes anarcho-punk qui a réussi à aller au-delà de cette scène, en touchant un plus large public notamment avec le titre éponyme « Demain il pleut ».

Dans la tradition anarcho-punk, le concert était gratuit et de nombreuses personnes sont venues apprécier la prestation d’un groupe qui, comme le précisait la description de l’événement, n’oublie « personne tout en gardant leur éthique du début : celle du DIY [Do It Yourself – ndlr] et de l’honnêteté ».

Guérilla Poubelle a maintenant plus de quinze ans d’existence et, malgré une dommageable valorisation du nihilisme, cherche à entretenir des valeurs positives et saines lors des concerts.

Ainsi, il fut rappeler la nécessité de respecter l’espace intime des femmes et de « dégager » les « relous ». Mais cela en reste souvent au discours.

Car le libéralisme suinte de tous les pores de la société. C’est toute une vision du monde, une culture qui place la liberté individuelle en dehors de toute contrainte morale.

Dans ce panorama, le punk français, marqué par l’anarchisme peut tenter ce qu’il veut, il reste prisonnier de ce libéralisme moribond.

Ce fut encore le cas hier soir.

En effet, le discours féministe et anti-sexiste du chanteur Till est concrètement mort lorsqu’une jeune femme, largement alcoolisée, dansait sans conscience d’elle-même sur la scène.

Plus tard, cette même femme, ne maîtrisant malheureusement plus grand-chose de son attitude, s’est dénudée pour « montrer » des parties intimes à l’ensemble du public.

Les rires railleurs dans la salle tout autant que les propos beaufs, voire mêmes des photos, des personnes masculines ont renvoyés aux oubliettes tout féminisme et toute « honnêteté » pourtant mis en avant.

Dans une société où tout est marchandisé, rendant difficile les relations sentimentales sincères, comment peut-on laisser une femme se dénuder devant un public où des hommes sont conditionnés par des représentations hyper-sexualisées de la femme ?

Bien que mal à l’aise face à ces comportements, le groupe n’a pas mis réussi à réellement mettre fin à la situation.

Bien que gêné par la situation, Guérilla Poubelle  s’est suffit d’une remarque comme quoi « si des gens ont été mal à l’aise on peu en parler après ».

Le féminisme populaire doit-il se réduire à un cabinet psychologique ou être une attitude combative contre les attitudes dégradantes ?

Pire, que penser des propos de Till recommandant, sur le ton humoristique, le soit disant dealer qui aurait une fourni une drogue terrible à cette femme ou lorsqu’il a sous-entendu que le groupe l’avait payé pour faire ce qu’elle fait ?

Comme nous n’attendons pas le renversement du capitalisme pour s’occuper dès maintenant des animaux, de la nature, du féminisme, des oppressions quotidiennes, on ne peut attendre qu’une situation ait dérapé pour ensuite se rattraper.

Lorsqu’on a dérapé, il est toujours difficile de se rattraper, comme lorsqu’on se ment à soi-même. Il y a ensuite une spirale dans laquelle on se perd, car comme le dit le dicton populaire « qui vole un œuf, vole un bœuf ».

D’où la nécessité de prévenir tout dérapage en amont par une morale ferme et rigoureuse contre le libéralisme et l’humour franchouillard qui relativise tout.

Dans les années 1980, une partie des  punks de la côte Est américaine ont produit le Punk-Hardcore avec la contre-culture straight edge qui se transformera ensuite, au cours des années 1990, en vegan straight edge.

Le mouvement hardcore Vegan Straight Edge (XVX) a développé une contre-culture du refus de l’exploitation animale (vegan) et du nihilisme moral, avec le symbole du triple « 3 X » qui signifie pas d’alcool, pas de drogues (tabac compris) et pas de sexe sans sentiments (Minor Threat – Out of step).

Cette contre-culture est l’héritière authentique des valeurs de sincérité, d’honnêteté, de la culture alternative initiale du punk.  « Un esprit clair en toute situation », « Reste vrai ! Reste authentique ! »,  voilà des slogans propres à une contre-culture positive !

Guérilla Poubelle, pourtant né en 2003, connaît forcément tout cela mais il a choisi la voie de la facilité, de la simplicité, comme le rappelle malheureusement une phrase de la chanson « Demain Il pleut » :

« On aurait pu arrêter de boire

Ouvrir les cages des animaux

On aurait dû s’ouvrir les veines

Et paris serait beau… »

Guérilla Poubelle tente d’organiser une scène positive, sincère et honnête mais en dehors d’une  auto-critique et d’une récupération du straight edge,  tout cela est concrètement impossible.

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