Sur des féminicides dans la vallée de l’Arve.


Vie quotidienne / mardi, février 5th, 2019

Dimanche 27 janvier à Annemasse, un homme poignarde son ex femme alors qu’elle venait chercher leurs enfants, dont ils se partageaient la garde depuis peu. C’est le quinzième meurtre de femme par un mari, compagnon ou ex pour cette année 2019, qui vient de démarrer.

C’est un acte barbare qui en rappelle un autre qui avait ému il y a deux ans à Cordon. Aurélie, jeune femme de 35 ans, employée au service administratif de la commune était tuée devant la Mairie d’un coup de fusil de chasse par son ex mari, André, employé au service technique.

C’était la 126ème de l’année 2017, comme en témoigne le décompte effectué par cette page Facebook.

Le phénomène est tellement récurrent (environ 200 par an) qu’on dit qu’une femme environ est tuée tous les trois jours par un homme dont elle est, ou a été le partenaire intime.

Certains essayent de trouver des raisons farfelues à ces meurtres, au cas par cas, dans un esprit tragico-romantique. Il faudrait comprendre ces « formes d’amour » extrêmes, il faudrait les déceler avec la psychologie.

D’autant plus que le libéralisme, qui se base sur l’opposition sphère privée / sphère publique, encourage la vision médiatique comme quoi tout cela ne serait que des « drames », des « crimes passionnels » classés dans la catégorie « faits divers ».

Ce qui se passe dans l’espace intime serait de l’ordre du privé qui regarderait simplement les psychologies individuelles sans rapport avec la morale collective.

Mais, au contraire, ces femmes n’ont pas été tuées pour une autre raison qu’elles étaient des femmes, et que leurs bourreaux étaient des hommes.

Il y a là l’expression d’un rapport d’oppression qui nouent les sexes opposés.

En effet, ces meurtres, en tant que phénomènes de société, sont une illustration concrète du sentiment de propriété que les hommes ont encore sur les femmes. Il faut les voir comme la partie émergée de l’iceberg des violences faites aux femmes au sein du couple et de la famille.

En effet, il est encore largement répandu que des hommes perdent le contrôle quand ils estiment que leur compagne « ne reste pas à sa place ». C’est à ces moments qu’interviennent les déchaînements de violence, pouvant aller jusqu’au meurtre.

Dans les mentalités conservatrices, la place des femmes c’est d’être au service de leur mari, de se taire et de rester avec eux, même si le sentiment amoureux s’est éteint. Les hommes craignent de se retrouver seuls alors qu’ils ne sont pas ou peu impliqués dans des tâches domestiques et familiales.

L’exemple de Cordon illustre ces mentalités rétrogrades, avec par exemple un homme possédant une arme de chasse chez lui et vivant dans un village connu pour son repli chauvin.

Que cela soit Gulcin à Annemasse ou Aurélie à Cordon, ces femmes ont été assassinées car elles avaient rompu ou voulaient rompre la relation. Selon une étude de 2016, le mobile principal lors du passage à l’acte tourne autour de la séparation ou la volonté de séparation par la compagne.

Dans la société actuelle, l’espace domestique est un refuge affectif face à l’extérieur, et cela peut ensuite se retourner comme un enfermement, une prison. Cette prison peut être plus ou moins violente pour les femmes, allant de la « simple » exploitation dans les tâches domestiques aux violences physiques régulières en passant par la dévalorisation morale…

Des femmes passives, des hommes conquérants, c’est le patriarcat.

C’est tout cet arrière-plan qui rend explosives des séparations qui sonnent, bien souvent, comme des manières pour les femmes de se libérer d’un carcan.

Face à cela, les maris ou compagnons ne supportent pas d’être « abandonnés » et de voir partir « leur propriété »…

Ces meurtres ne sont donc pas des « drames amoureux ». Ils sont bien plutôt l’expression du patriarcat, ce système d’oppression qui rend les femmes passives et dominées par des hommes conquérants et actifs. Le résultat brutal de ce système peut donc être le féminicide.

Face à cette oppression, seules les femmes détiennent la clef de leur émancipation. Il y a une nécessité urgente de briser l’isolement et de faire sortir cette violence quotidienne de la seule sphère privée. Les femmes doivent parler, s’unir et se serrer les coudes, c’est la seule perspective de long terme pour se libérer des hommes violents !

2 réponses à « Sur des féminicides dans la vallée de l’Arve. »

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