Le 75e anniversaire des combats des Glières, un héritage de droite.6 min read


Histoire populaire / mardi, mars 26th, 2019

Il y a 75 ans, le 26 mars 1944, le maquis des Glières est réprimé par les forces miliciennes françaises et la 157e division de réserve de la Wehrmacht. Avec environ 500 résistants contre environ 5 000 policiers, miliciens et soldats allemands aidés par l’aviation militaire, l’issue du combat était écrit d’avance. Dans la soirée du 26 mars, la grande majorité des maquisards s’enfuit du plateau des Glières.

Jean Vallette d’Osia

Cet épisode marque un moment hautement symbolique pour la Résistance française, et cela est valorisé par les autorités du fait du patrimoine politique auquel il se rattache.

En effet, en Haute-Savoie, une majorité de la résistance s’organise autour de l’Armée Secrète directement organisée autour de Jean Vallette d’Osia, Général du 27e Bataillon des Chasseurs Alpins (BCA) jusqu’à son arrestation par les allemands en septembre 1943.

Maurice Anjot, commandant successeur à Tom Morel

Formé dans le parti historique d’extrême droite « Action française » puis soutien en novembre 1940 du Maréchal Pétain, Jean Vallette d’Osia bascule dans la Résistance lorsque les allemands investissent la zone libre fin 1942.

Il était un cadre militaire profondément anticommuniste, opposé à toute militarisation du peuple, dans la plus grande tradition national-catholique de l’armée française.

Ainsi, ce sont essentiellement les partisans de l’Armée Secrète qui vont, les premiers, trouver refuge sur le plateau des Glières. Là-haut, ils seront sous la direction militaire du Lieutenant du 27e BCA Tom Morel puis, à la suite de sa mort lors d’une opération, du capitaine Maurice Anjot.

Or, Maurice Anjot et Tom Morel, tous deux militaires de carrière, furent formés dans le même moule nationaliste et anticommuniste que Jean Vallette d’Osia, si bien que des pourparlers de compromis eurent lieu en février 1944 avec Georges Lelong, le chef de la gendarmerie, et avec la milice de Vichy.

Tom Morel, commandant du bataillon des Glières de janvier à la mi-mars 1944.

A son procès, Joseph Darnand, chef de la milice, affirme ainsi :

« Lelong avait rencontré quelques jours auparavant un officier de l’AS ; il m’offrit de le convoquer à la condition que je m’engage sur l’honneur à le laisser repartir librement après l’entretien.  […]

Nous avons eu une conversation d’une heure, pendant laquelle j’ai pu me rendre compte combien qu’il y avait des points communs entre l’AS et la Milice sur les questions intérieures françaises. Avec une bonne foi réciproque nous avons essayé de trouver un terrain d’entente pour éviter toute effusion de sang. La question de la collaboration avec les Allemands fut pratiquement le seul point de divergence sérieuse qui ne put être aplani »

Et ces « points communs entre l’AS et la Milice sur les questions intérieures française » sont évidemment la même volonté d’isoler et de réprimer des forces communistes de plus en plus implantées. De plus, l’unification nécessaire des organisations résistantes dans le Conseil National de la Résistance (C.N.R) au printemps 1943 appelait à faire combiner des forces politiques que tout opposait.

Boutonnière de la Légion Française des Combattants.

Mais, comment cette vision anticommuniste ne pouvait-elle pas être partagée par les chefs locaux de l’A.S qui furent membres, jusqu’à l’automne 1942, de la Légion française des Combattants, l’organisation politique au service de Vichy (ancêtre de la Milice) ?

Ce point d’accord était d’autant plus renforcé que les communistes se développaient depuis l’hiver 1942-1943 grâce à l’élargissement du « Front National de lutte pour la libération et l’indépendance de la France ». Alors que l’Armée Secrète prônait l’attente du débarquement allié, le F.N générait des petits groupes armés de partisans pratiquant la guérilla immédiate (sabotage économique, attaque armée de financement, « suppression » de fascistes…).

Ferveur religieuse au maquis des Glières.

En effet, les dirigeants FTP étaient quant à eux des éléments issus du peuple et qui évoluèrent dans l’orbite du PCF.

Acquis aux valeurs de Gauche et formés dans les luttes de classe des années 1930, particulièrement marqués par le Front Populaire en 1936, les chefs FTP permirent à la guérilla de trouver, dès la fin 1942, un écho dans la jeunesse réfractaires au Service du travail Obligatoire en Allemagne.

A la libération de la France en août 1944, ce rapport de forces offrait de précieuses avancées sociales et démocratiques. Ce fut, entre autres, la naissance de la Sécurité Sociale par Ambroise Croizat, ouvrier communiste de la Tarentaise devenu Ministre du travail et de la Sécurité Sociale. On peut également citer le système de retraite par répartition, les conventions collectives, les comités d’entreprise, les nationalisations de grandes entreprises…

« Entre AS et F.T.P, comment répartir ces armes ? » Une question éminemment politique.

Cependant, il serait relativement erroné de rattacher la Bataille des Glières à cet héritage de Gauche. Les quelques 80 FTP (à peine 15 % de l’effectif global sur le plateau) ne sont montés que très tardivement au maquis.

Cette montée ne fut par ailleurs qu’une conséquence de l’intense harcèlement des forces répressives dans les vallées tout autant qu’un espoir de récupérer quelques armes. En conformité aux directives nationales, Louis Augagneur, commissaire FTP pour la Haute-Savoie, écrit au chef de l’AS fin mars 1944 :

« La motivation des FTP n’était point de désorganiser votre camp, mais faire dégager nos gars pendant qu’il était encore temps d’un guêpier où votre imprévoyance (pour ne pas dire plus) les avait mis et empêcher que Glières ne devînt leur tombeau »

Le drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine, symbole de la Résistance de droite.

Sous la direction chaotique de militaires nationalistes et voyant le combat joué d’avance, certains chefs FTP prirent la décision autonome de quitter le plateau. Ce fut le cas de Léopold Martin qui fondera dès juin 1944 la Brigade Rouge Internationale (B.R.I) sur une ligne de continuité de la guérilla, visant à terme l’insurrection sociale.

Finalement, il est légitime que la Gauche se souvienne et honore, dans la mesure de ses limites politiques, l’offensive démocratique du CNR. Mais il est aussi de sa responsabilité envers ses anciens camarades FTP de rappeler l’erreur militaire de la « bataille des Glières » comme relevant de la droite nationaliste.

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