Les courses au supermarché


Vie quotidienne / mardi, mars 19th, 2019

La caractéristique des zones péri-urbaines c’est de se développer dans le chaos des grandes enseignes se regroupant en « zone d’activités » ou « zones commerciales ». Parmi ces grandes enseignes il y a les supermarchés qui sont le centre de la vie quotidienne, puisque l’on s’y nourrit.

Cet élan pour les grandes surfaces est lié à un cycle d’accumulation du capital très important entraînant la nécessité d’écouler beaucoup de marchandise en proposant un choix exceptionnel de produits regroupés au même endroit. L’industrie agroalimentaire française en est d’ailleurs l’élément avancé.

Il est significatif que le groupe Carrefour soit né en Haute-Savoie avec le premier magasin à Annecy en 1961. A une époque où une multitude de chaînes font leur apparition et où le mode de vie rurbain est en expansion dans les zones avec une activité économique florissante.

Les courses dans les supermarchés sont un moment qui arrive en fin de cycle de production capitaliste, le marché des déchets venant après.

Au départ, avec ce nouveau concept, aller faire ses courses, découvrir des rayons entiers de produits transformés, avait quelque chose d’incroyable qui changeait des habitudes. Avec l’essor de la voiture, on pouvait venir de loin avec sa famille pour se balader au supermarché et remplir les placards.

Il n’y avait alors pas vraiment de question d’épuisement des ressources et de destruction de la planète. Le capitalisme affirmait la tendance à donner toujours plus de choix.

I’m all lost in the supermarket Je suis complètement perdu dans le supermarché I can no longer shop happily Je ne peux plus faire mes courses tranquillement

Chantent les Clash en 1979 dans Lost in The Supermarket , saisissant bien l’atmosphère du supermarché.

Aujourd’hui le supermarché est complètement intégré à la vie quotidienne, on n’y va plus par choix. Il n’y a plus de campagnards quittant l’isolement pour se rendre à la zone commerciale mais des gens pris dans le béton et les cubes en tôles à n’en plus voir la fin.

Extrait de Regardes les lumières mon amour, dans le roman d’Annie Ernaux sous la forme d’un journal imprégné de la vie dans les grandes surfaces.

C’est davantage une corvée, notamment pour les mères de famille puisque cela prend beaucoup de temps, qu’il faut s’arranger pour ne pas avoir les enfants dans les pattes. Il s’agit de trouver un créneau idéal entre le travail et le planning domestique tout en évitant la file aux caisse, ce cauchemar social.

N’est-ce pas infiniment glauque de se retrouver avec autant de monde, partageant la même expérience mais ne s’adressant pas la parole ?

Il y a aussi les néons insupportables, la musique froide, le bruit de fond des frigos, les « bip » des caisses enregistreuses et les gens pressés mêmes quand ils ont le temps. Parce que dorénavant, des supermarchés on veut sortir le plus vite possible. Vivre cela avec des enfants agités après l’école c’est presque un sport extrême, où l’on évalue ses limites.

Tout cela est d’ailleurs détestable aussi pour le personnel des enseignes de grandes surfaces qui effectuent la mise en rayon où le travail d’encaissement. Leur ténacité devrait imposer le respect à quiconque.

À ce propos, Le court-métrage britannique Cashback (visible ci-dessous), souligne avec ironie le rapport au temps pour les employés.

Une corvée pour certains, le supermarché est aussi une manière de se divertir. En l’absence d’activités épanouissantes, les jeunes dépensent leur temps libre entre copains à « délirer » dans les rayons des magasins, sans pouvoir forcément acheter quoique ce soit.

C’est profondément triste quand on sait le contenu culturel des supermarchés, qui sont plutôt une guerre ouverte à la culture authentique. Avec des rayons de livres sans consistance, aux récits standardisés, entre les polars, les romances superficielles, la dernière bouse opportuniste d’une personnalité politique ou les guides de voyages.

En somme, ce qu’on peut voir avec les supermarchés, c’est que ce sont des lieux qui expriment beaucoup de choses  à propos de la société dans laquelle on vit.

Il y a une forme de fascination pour un lieu qui a amené l’abondance en métropole, puis beaucoup trop de marchandises, trop de choix. Un lieu pris dans un ensemble froid, dans un mode de vie morose.

Pourtant, le supermarché est aussi l’illustration d’une abondance de biens (alimentaires et culturels) qui pourraient satisfaire l’ensemble de la population. Mais faut-il encore que ces ensembles soient collectivisés et modelés en fonction d’une vie sociale, riche et collective.

3 réponses à « Les courses au supermarché »

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