Sur les grèves et les manifestations pour le climat.


Ecologie, Politique / dimanche, mars 17th, 2019

Vendredi 15 et samedi 16 mars, la jeunesse mondiale était appelée à faire grève et à manifester à l’appel de Greta Thunberg, jeune fille suédoise de 15 ans qui a lancé « We don’t have time ».

Vendredi, au lycée du Mont-Blanc, plusieurs centaines de lycéennes et lycéens ont discuté de l’urgence climatique. Une partie s’est regroupée autour d’ateliers tournés vers la permaculture, la réparation de vélos ou la confection d’affiches alors que 200 autres sont partis en cortège jusqu’à l’usine d’Incinération de Passy.

Ailleurs, quelques noyaux d’élèves ont tenté de s’organiser mais sans volonté de rupture réelle, ils n’ont pas su outre-passer le conformisme des adultes qui aspirent à quelque chose d’encadré.

On peut s’imaginer que tout de même, « ça bouge » et que par nature cela serait « positif ». Cependant, remuer n’a jamais été un critère déterminant à Gauche pour qualifier un mouvement. Ce qui est déterminant, c’est quelle couche sociale se mobilise ?, avec quels moyens d’action ?, et avec quelles perspectives ?

Or, qu’en est-il des lycées professionnels, nombreux dans la vallée ? Aucune manifestation lycéenne n’a vu le jour entre Magland et Bonneville, cœur du bassin industriel et ouvrier.

Comment voulons-nous que les choses changent si les ouvrières et les ouvriers ne se mobilisent pas ? C’est la classe ouvrière qui, au coeur de la création de marchandises,  peut transformer le mode de production en un sens écologique.

La jeunesse mobilisée relève essentiellement des couches intermédiaires locales, et c’est pourquoi c’est surtout à Chamonix que la mobilisation a prise, avec son lot d’enfants d’alpinistes, de moniteurs de ski, de petits commerçants, etc. C’est un entre-soi qui s’est auto-saisi, sans perspectives générales dans la population.

De « grève », il n’en ressort qu’une  « attitude ». Il n’y a nullement d’ancrage historique, de rapport avec le mouvement ouvrier qui utilise l’arrêt de travail pour pouvoir s’organiser dans le temps.

A Sallanches, la « marche du siècle » initiée par « Coll’Air Pur » a mobilisé quelques centaines de personnes. Parler de « marche du siècle » est tout à fait juste car il est évident que c’est l’enjeu prioritaire et vital de notre époque.

Mais justement, peut-on être à la hauteur de nos responsabilités avec un défilé monotone sans grand sérieux ? Devons-nous nous en remettre à une mise en scène grotesque, comme à Annecy avec la formation d’ « une scène de crime climatique » ? Est-ce là affirmer un combat sérieux en lutte contre la fatalité ? Pourquoi aussi tout réduire au « climat » alors que l’écocide se mesure aussi à la sixième extinction de masse d’espèces ?

Car, toute cette énergie va t-elle se diriger en direction de la protection des grenouilles écrasées sur les routes ? Vers la protection des hérissons ? Vers l’engagement dans la protection animale ? Bref, toutes ces « petites » causes si précieuses, mais bien moins valorisantes…

Comment cela peut-il être le cas lorsque l’on a des associations qui raisonnent en termes des « salariés » et de « bénévoles » ? Où est l’activisme et le militantisme ? Et que dire de la conférence sur la « collapsologie », dernier atelier du vendredi au lycée du Mont-Blanc ?

Parler d’ « effondrement » de la « civilisation industrielle » ne débouche sur rien que sur une idéalisation romantique du passé. Mais tout cela est aussi le résultat de l’effondrement de la Gauche qui a perdu tous repères à propos de la crise du capitalisme, de la lutte des classes et tout ancrage dans la classe ouvrière.

Finalement, on a beaucoup d’interrogations quant aux perspectives sérieuses issues de ces mobilisations. La solution réside peut-être dans un militantisme prolongé et ancré au niveau local, dans des luttes sur des écocides précis, comme la défense de la zone humide de Sallanches, les Coquelicots ou la pollution de l’air.

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