« L’alcool…comme la religion, c’est l’opium du peuple »


Histoire populaire, Vie quotidienne / vendredi, avril 26th, 2019

Tel est le titre d’une brève parue dans le quotidien communiste « Le travailleur  des Savoie et de l’Isère » le 19 janvier 1924 à propos d’une distribution d’alcool dans le petit village de Thônes.

A travers cette brève, on saisit en quoi la Gauche historique porte l’espoir de nouvelles valeurs dans la vie quotidienne.

Refuser l’ivrognerie et la culture de l’Alambic, si prégnante dans les campagnes savoyardes, montre la volonté des communistes de développer une vision du monde opposée aux vieilles traditions, à l’isolement social et à la déchéance spirituelle.

Voici cette brève :

Depuis plus d’un mois, l’alambic circule dans notre région, d’une commune à l’autre. Avec la complaisance officielle, il distille, à flots, la « goutte » chère à nos paysans.

C’est une vraie ripaille, parmi eux, car cette année, la liberté de distiller a encore été étendue : c’est l’année des élections. Il faut bien soigner les électeurs… pour ménager son assiette au beurre ! Et ces bonnes poires d’électeurs n’y voient goutte.

Autour de la distilleuse, stationnent constamment, des groupes de 15 à 20 hommes qui attendent « leur tour » ou qui, l’ayant passé, espèrent de Paul ou de Pierre une « nouvelle tournée ». Il faut bien savoir quelle est la goutte la mieux réussie, la plus culottée. Pour la cinquième ou sixième fois, dans la matinée, on puise à même à la sortie du tuyau. Et on crâne ! Le verre s’emplit à moitié, voir aux trois quart. Des gamins de 15 et 16 ans ne reculent pas, pour montrer qu’ils sont « des hommes » eux aussi . « Boire, mon vieux ! Ça fortifie ! Ça réchauffe ! ». A la sortie de l’école, on appelle même les gosses. Jeunes et vieux s’abrutissent, s’empoisonnent, avec une inconscience pitoyable. Je passe sur les scènes qui résultent de telles pratiques : toujours grotesques, quand elles ne sont pas tragiques.

Paysan, mon ami, la distilleuse n’est qu’un piège. De plus, pour avoir raison de toi. Les malins qui gouvernent le savent bien : tant que l’ouvrier s’abrutira « sur le zinc », tant que la paysan boira « la goutte » à plein verre, les bourgeois peuvent dormir tranquilles : la Révolution n’est pas proche.

L’émancipation du prolétariat ne se fera pas à l’aide de coups de poings sur les tables, de hurlement d’ivrogne. Pour qu’elle soit possible, il faut que les travailleurs voient clairs ; il leur faut vouloir, il faut des êtres conscients sur qui on puisse compter, et non pas des gens qui laissent leur raison au fond du verre. Tant que cela sera, les bons bergers de la classe ouvrière dépenseront en vain leurs efforts.

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