Le contrôle de l’accès au Mont-Blanc : une mesure de sécurité plutôt qu’écologique.


Ecologie / vendredi, avril 19th, 2019

En préparation depuis quelques mois, la préfecture dévoile les mesures d’encadrements de l’ascension du Mont-Blanc en application à partir du 24 mai.

Ces mesures partent de deux aspects : Les «incivilités» qui ont monnaie courante  sur cette ascension, et le fait que la montagne souffre du réchauffement climatique. 

On parle de fonctionner sur un système de réservation des refuges, d’un suivi grâce aux identités, et des condamnations en cas de non respect des règles.

On est dans un durcissement des règles, un bond en avant dans la sécurisation du massif. Mais on peine à voir ce qui contribuerait à un changement, pourtant nécessaire,de notre rapport à la montagne.

Le refuge du goûter (3 835m) : une infrastructure conçue comme un hôtel de haute montagne. Une porte ouverte aux problèmes actuels.

Le Mont-Blanc est donc fortement emprunté ces dernières années, et cet important flux de personnes est une catastrophe pour les montagnes et les écosystèmes qu’elles abritent. C’est aussi une des raisons de la hausse des accidents mortels.

On se dit que s’il faut encadrer l’ascension du Mont-Blanc pour des raisons écologiques, il faudrait réduire drastiquement son accès.

Il faudrait par exemple le limiter à des alpinistes confirmés avec, surtout, des scientifiques qui peuvent effectuer un suivi géologique des parois, ou observer l’évolution du permafrost et la présence d’animaux.

L’écologie devrait être l’aspect premier dans ces mesures. Mais en réalité, c’est celui des incivilités et des problèmes de sécurité qui priment.

C’est regrettable mais révélateur du niveau de cynisme de notre société à propos de la nature et de la vie en société.

Ainsi on a un mode de vie qui promeut l’égocentrisme consommateur, notamment visible dans les tentatives d’accession du Mont-Blanc sans en mesurer les difficultés – et le danger que cela implique pour les guides et les autres alpinistes.

En 2012, 2 tonnes de déchets retrouvés dans la Mer de Glace.

Il y a aussi les alpinistes chevronnés qui ne conçoivent que le sport et la conquête et non pas le rapport réciproque à la nature.

Ceux-là laissent derrière eux des tas de déchets pour ne pas se charger inutilement une fois que les aliments dans les emballages sont consommés. C’est ainsi que des années plus tard on collecte 2 tonnes de déchets dans la Mer de glace.

Il y a aussi des guides de haute-montagne qui se retrouvent confrontés à des personnes très agressives, allant jusqu’à donner des coups.

C’est la preuve de l’étiolement des mentalités, l’enfermement de chacun dans l’individualisme et un esprit de compétition. 

Ces valeurs abjectes en font oublier la montagne, la nature et le fait qu’encore une fois la fréquentation en quantité n’est pas réellement remise en question.

On oublie que la montagne s’effondre et que 29% des accidents sont due à cela, et non pas seulement à de « mauvais alpinistes ».

Les autorités cherchent donc à optimiser l’accès humain, pour avoir un alpinisme de qualité et éviter in fine d’avoir à assumer une politique de réduction touristique.

Ce qu’il faudrait pourtant logiquement c’est la sanctuarisation du « site » du Mont-Blanc. Mettre en avant la connaissance scientifique, pour les diffuser dans des musées et des visites pédagogiques afin de développer un rapport démocratique et harmonieux à la nature. C’est là un enjeu local prioritaire dans les prochaines décennies. 

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