François Boulo au rassemblement des Glières : la confusion pilonne la Gauche.


Politique / vendredi, mai 17th, 2019

En 2007, la venue de Nicolas Sarkozy avait provoqué une indignation parmi certains anciens résistants liés à la Gauche.

Son attitude désinvolte et irrespectueuse du lieu mais également la mise en avant d’une politique de casse des conquêtes sociales liées au Conseil National de la Résistance (CNR) avaient poussé à la création du C.R.H.A (Citoyens et Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui).

Depuis, le rassemblement des Glières est une réunion annuelle de la Gauche régionale. Ce vendredi 17 mai 2019 débute le [m.a.j] 13e rassemblement des « citoyens et résistants d’hier et d’aujourd’hui ».

On peut remarquer d’emblée que, bien qu’une initiative respectable contre la droite, ce rassemblement se tient dans un lieu cependant affilié à la Résistance de la droite souverainiste.

Nicolas Sarkozy aux Glières en 2008

Que la Gauche ait voulu se réapproprier ce lieu de manière unilatérale était déjà quelque chose de confus. Mais après tout, on pouvait se dire que c’était là une démarche  pour assurer une continuité de la bataille démocratique et sociale.

Mais, c’est justement cette origine historique confuse du rassemblement des Glières qui maintient une faille idéologique ouverte.

En effet, les anciens résistants de Gauche qui participent aux commémorations de la répression du plateau des Glières l’ont toujours fait en bonne entente avec les éléments de droite de la Résistance.

C’est là l’héritage d’une situation historique particulière : celle de l’année 1944 où forces de gauche (F.T.P) et forces de droite (A.S) se sont alliées, parfois difficilement, pour libérer le territoire national. Avec une bourgeoisie décrédibilisée et une partie du peuple en armes sous la direction du Parti Communiste, le Général De Gaulle a du reculer sur les revendications sociales et démocratiques.

Le C.N.R est donc tout à la fois une victoire démocratique partielle du peuple de Gauche et à la fois le maintien d’une partie de la bourgeoisie dans la direction du pays.

Cette configuration historique a par là suite produit un courant, le « gaullisme social ». Ce courant est une forme de souverainisme qui subordonne la justice sociale à la souveraineté nationale.

Une des dernières grandes figures de ce courant fut évidemment Jean-Pierre Chevènement avec le « pôle républicain » en 2002. Cette stratégie a inspiré de nombreux cadres souverainistes actuels, comme par exemple Florian Philippot.

L’alliance – qui ne signifie pas la fusion – entre la droite souverainiste et la Gauche antifasciste fut une juste tactique lorsque la France était sous une domination étrangère. En dehors de telles conditions, c’est une vision qui mène au nationalisme et évacue la lutte des classes.

Alors, pourquoi ce détour historique ? Pour dire que tout cela amène à une configuration terriblement dangereuse en cette année 2019.

Avec le mouvement des Gilets jaunes, c’est tout le courant du « gaullisme social » qui s’est profondément renforcé. Or, du fait de son origine historique, le C.R.H.A se fait inéluctablement absorber dans ce courant. L’invitation de François Boulo en est un des achèvements logiques.

En effet, la conférence « Gilets Jaunes, et toi ? Construction d’un récit participatif autour du mouvement des Gilets Jaunes »  à la salle Tom Morel (du nom du résistant et militaire nationaliste du 27e BCA, dirigeant du maquis des Glières) est animée, entre autres, par François Boulo.

Avocat de Rouen, et importante figure des « Gilets jaunes », François Boulo est un souverainiste de type « gaullisme social » qui prône le dépassement du clivage gauche-droite. Il a par ailleurs fondé le site  « www.lalignejaune.fr » dans lequel on ne trouve aucune remise en cause du capitalisme, aucune perspective socialiste, aucune mention de l’écocide en cours…

Voici un montage vidéo des propos de Mr François Boulo, avec notamment un passage sur le plateau du média d’extrême droite « TV Libertés » :

Comme si la gauche et la droite n’étaient que des étiquettes données par les médias ! Quelle méconnaissance profonde de l’histoire politique ! Nous ne répéterons jamais assez que dépasser ce clivage abouti toujours, mais alors toujours, à un positionnement à l’extrême droite. Le cas récent d’Andréa Kotarac, passé de la France Insoumise au Rassemblement National, est révélateur de cela.

Mais, au-delà de cette ignorance déplorable, la France a t-elle perdu sa souveraineté nationale ?

La France est-elle colonisée par une puissance impérialiste, comme ce fut le cas entre juin 1940 et août 1944 ?

Est-ce qu’il y a une déportation de travailleurs français vers une autre puissances européenne, comme ce le fut le cas avec le S.T.O ?

Soyons sérieux ! Comme si Areva et Total ne pillaient pas paisiblement l’Afrique, que Thalès et Dassault ne vendaient pas tranquillement leurs armes à l’Arabie-Saoudite… La bourgeoisie française gère bien en toute indépendance l’accumulation de son capital !

Cette confusion politique est littéralement insupportable pour toute personne à gauche.

6 réponses à « François Boulo au rassemblement des Glières : la confusion pilonne la Gauche. »

  1. 1ére réponse (une plus argumentée suivra) : quand on ne sait pas de quoi on parle, on se tait, ça évite d’écrire des conneries…

    1. Bonjour Mireille,

      Nous attendons impatiemment la réponse argumentée et espérons qu’elle sera plus sereine que celle présente.
      Vous pouvez nous écrire à « arve.stats@gmail.com »

      Cordialement

  2. Bonjour,
    J’ai pris connaissance de votre article concernant le Rassemblement des Glières que nous (CRHA) organisons depuis plusieurs années.
    CRHA est un collectif de différentes personnes et je peux dire que chaque personne est porteuse de sa propre identité politique et que les valeurs qui nous unissent sont scellées par le travail en commun.
    Ma courte réponse, incomplète, à votre article est donc personnelle et n’engage pas le collectif.
    Tout d’abord,
    Il s’agissait du treizième rassemblement et non pas du douzième. Cela peut paraître anecdotique sauf si cela traduit une difficulté à compter les intervalles et de bornes. En effet, il s’agit de ne pas s’arrêter à la simple soustraction (2019-2007) mais d’intégrer les bornes, les années. J’espère qu’il s’agit d’un détail et non pas d’un rapport erroné entre les valeurs (les intervalles) et les lignes politiques (les bornes).
    Puis concernant votre conclusion finale, extrêmement dure « Cette confusion politique est littéralement insupportable pour toute personne à gauche ». Cela ce veut violent, je me répète. Insupportable, ben voyons ! Reste que vous parlez de confusion et que vous en entretenez une belle. « La gauche » dont vous vous réclamez , c’est celle de Valls, des lois travail, de l’attaque sur les retraites, la mise en place de la CSG, de Mitterrand (le ministre de la 4ème république, celui de la guerre du golfe, de la francafrique…), la gauche de Tsipras, parlons en aux grecs, la gauche de Ebert et Noske qui ont creusé le lit du nazisme, de Turatti, celui du fascisme… Sans parler de l’utilisation importante à « gauche », sur le plan économique, des théories keyneisiennes en économie, Keynes le grand bourgeois défenseur affirmé de sa classe. Chez qui est la confusion ? La gauche, de quoi parlez vous ? On retrouve là l’absence de bornes précises.
    Concernant le CNR, votre analyse est un peu rapide, écrite pourrait-on dire pour amener la conclusion sur Boulo. Elle aurait pu rappeler les apports évidents du CNR relatifs aux questions sociales, à la liberté de la presse… Elle aurait pu aussi appuyer un peu sur ses limites par exemple la question des femmes (notamment le vote) et la question coloniale. La dernière question étant à mettre en parallèle avec massacres de Sétif, Guelma et Kherrata le 8 mai 1945, date symbolique.
    En conclusion, la venue de François Boulo semble avoir déclenché des réactions disproportionnées, à coups d’avis sentencieux et d’excommunication papale.
    Gardons raison.
    Inviter Boulo n’est pas reprendre son point de vue, ni le condamner. Comme pour tous les invités, quels qu’ils soient.
    Quant aux idées, souverainiste, nationaliste, altermondialiste, internationaliste, ce sont des thèmes qui traversent le mouvement contestataire. En discuter dans un cadre adéquat et pas seulement par des twit et des raccourcis et des anathèmes est important. Que chacun, dans le camp de la contestation s’exprime.
    En résumé, j’espère que notre rassemblement, à notre modeste échelle,
    par la richesse des thèmes abordés, par les débats, les films ou le public a largement sa place, par la qualité des témoignages,
    apporte et apportera encore, à tout un chacun, nous l’espérons, de l’énergie et des ressources pour les combats de demain.

    1. Bonjour,

      Tout d’abord merci pour votre réponse qui, pour une fois, est construite sur une base argumentaire. Dans l’époque actuelle de décomposition de la Gauche, il nous semble fondamental de créer un espace de confrontation des points de vue et des idées se réclamant de la Gauche.

      Ainsi, pour mieux vous répondre, nous aimerions pouvoir porter le débat publiquement afin de nourrir réellement une discussion démocratique, qui est notre objectif principal. Cela éviterait que cet échange soit réduit à quelques commentaires sur notre site. L’enjeu du débat vaut mieux que cela !

      Que pensez-vous de publier une réponse collective et publique sur votre propre site du CRHA à laquelle nous pourrions répondre ? Nous nous engageons à y répondre en partageant en totalité votre argumentaire sur notre site.

      Cordialement,

      Arve à gauche.

  3. Quand le discours critique de gauche se retrouve récupéré par l’extrême droite, les repères politiques se brouillent. Résultat, l’émergence d’un «confusionnisme» où des revendications démocratiques légitimes alimentent un répertoire complotiste au bénéfice de l’extrême droite.
    En pleine crise des gilets jaunes, des occurrences de la droite extrême chez des personnalités influentes de la gauche « radicale » interrogent. Comment deux théories fondamentalement incompatibles se mettent elles soudainement à coopérer ? Il semble compliqué en cette période d’apporter un espace critique sur ce sujet sans se faire souvent jugé, insulté et taxé des pires intentions, avec parfois une dialectique digne des pires régimes.
    C’est vraiment dommage car la formation de cet improbable arc idéologique peut expliquer le brouillage des lignes politiques ces dernières années, sur fond de montée en puissance du nationalisme identitaire.

    Ce confusionnisme ambiant n’est ni une doctrine ni une théorie. C’est un «projet d’extrême droite» dont la performance est de laisser présager la formation d’un arc idéologique rouge-brun, davantage national identitaire que révolutionnaire et social. Dans les Origines du totalitarisme, Hannah Arendt a qualifié ce rôle trouble de «compagnonnage intellectuel» : «Les organisations de compagnons de route entourent les mouvements totalitaires d’un brouillard de normalité et de respectabilité qui trompe les adhérents sur le vrai caractère du monde extérieur, et le monde extérieur sur le vrai caractère du mouvement.»

    Je voulais vous remercier pour votre travail, qu’on y adhère ou pas, car lire que vous ne savez rien (ce que je comprends à titre personnel comme « vous êtes bêtes ») m’interroge grandement sur l’espace critique encore possible à gauche.

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