La zone industrielle, symbole périurbain.


Vie quotidienne / vendredi, mai 31st, 2019

Voitures, supermarchés, fast-foods, tel est le panorama de la vie dans le capitalisme. Dans la zone périurbaine, il y a un dernier élément central : la zone industrielle.

C’est la troisième ou quatrième possibilité offerte par le rond-point à la sortie de la ville-dortoir, celle où le panneau directionnel indique un trivial acronyme : la « Z. I », la « Z.A.E », le « P.A.E », « Z.A »

L’abréviation du lieu sonne comme un symbole de la vitesse qui rythme la zone. Il faut être efficace, aller au plus vite.

Voitures, poids-lourds, camionnettes, le flux est permanent. L’impasse qui sanctionne la zone est une piqûre de rappel pour tout automobiliste égaré : ici on ne se ballade pas, on ne flâne pas, on accumule. La zone industrielle est une partie de la boucle du cycle capitaliste, rien d’autre.

Symbole d’une accumulation du capital basée sur des rapports sociaux élastiques, elle est à la marge d’un espace déjà lui-même à la marge de villes devenues engorgées et difficiles d’accès.

Les marchandises doivent se vendre vite et bien ; le capital doit s’accumuler rapidement pour mieux s’accroitre. Miroir morose de la zone commerciale, la zone industrielle est une tâche d’huile qui n’en finit de s’élargir.

Les  boites sont disposées le long de vastes avenues rectilignes, grillagées et bornées par de tristes lampadaires.  Leurs têtes inclinées rappelle la surveillance omniprésente. Ici on s’exécute sans répit.

Hôtes, cheminées, ventilateurs, les odeurs nauséabondes composées de rouille et d’huile transpercent les narines. C’est alors l’œil qui prend les commandes pour accéder, avec une grande curiosité, à l’intérieur des ateliers.

Dans l’entremise d’un quai de déchargement, l’univers austère de l’usine se dévoile : les vestes bleues s’envolent derrière des machines bardées de couleurs d’un écran numérique.

Le procès de travail à peine entre-vue qu’il se referme dans le chahut d’un camion venu se rassasier en marchandises fraîchement sorties d’un atelier bruyant.

De ci, de là on aperçoit deux ouvriers fumant une fin de cigarette ou consultant une dernière fois leur smartphone, avant de repartir dans la lumière blanchâtre de l’atelier.

Plus loin, quelques jeunes qui, autour d’un scooter ou d’une voiture, partagent une substance hallucinogène pour mieux mettre à distance un avenir fait d’odeurs désagréables et de poussières toxiques.

Image sinistre de l’abandon social, les « zonards » s’éternisent quelques samedis soir dans l’amusement de freins à main le long de l’avenue ou dans le frisson  d’un tag sur le transformateur électrique. La zone industrielle devient zone de jeu, appropriée le temps d’une nuit, loin de l’aliénation et de l’exploitation salariée.

Tôles, hangars, blocs de ferraille, la zone industrielle est aussi l’endroit lugubre fondé sur la destruction de la nature.

Sur le terrain vague, gît une caravane abandonnée, quelques chaises et des déchets, photographie instantanée d’une pause-repas pris à la va-vite. La nature, emprisonnée entre la zone industrielle et la zone pavillonnaire, se voit privatiser en vue de futures extensions.

Morosité, grisaille, isolement social, la zone industrielle n’est finalement que le révélateur d’une société capitaliste incapable de résoudre l’opposition entre la ville et la campagne. Ainsi ne demande t-elle pas d’être transformée afin de satisfaire une meilleure exigence sociale et culturelle ?

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