L’extension de la zone économique d’Ayze ou le façonnement de la vie par le capitalisme


Vie quotidienne / vendredi, mai 3rd, 2019

Dans la vallée, les profits se portent plutôt bien. La nouvelle zone industrielle à Ayse (23 000m2), en cours de construction, illustre la vitalité de l’accumulation du capital boostée par le décolletage qui répond aux demandes de grandes entreprises (médical, automobile, aéronautique et, aussi, armement…).

La présentation officielle de la nouvelle zone industrielle se présente sous ses meilleurs jours. Elle serait légitimée par le fait qu’elle permet de « travailler près de chez soi » avec à la clef six avancées positives :

  • L’économie de temps
  • Forte réduction du stress,

  • La vie privée et vie sociale préservées

  • Économies de voiture

  • Préservation de l’environnement

  • Amélioration de la productivité »

On a là un condensé de comment le capitalisme façonne l’ensemble du mode de vie. La zone industrielle ce ne sont pas simplement des nouvelles offres d’emploi, c’est tout un style de vie.

Ce mode est vie, c’est l’optimisation de la vitesse d’exécution des travailleurs pour le profit des entreprises. On a là une caractéristique essentielle de l’identité ouvrière, soumise à une intense compression psychologique.

On est en effet loin de « Germinal » ou de l’O.S des années 1970. Pourtant l’exploitation est d’autant plus intense que le cerveau des ouvriers est enchaîné à l’ensemble du capitalisme. Inséré dans un travail flexibilisé, l’ouvrier est dominé par l’oppressante productivité, alors que c’est tout sa vie sociale qui est rythmée par la vitesse permanente, à l’usine, sur la route, au supermarché…

De plus, derrière l’image de « préservation de l’environnement », on a en réalité l’extension de la zone périurbaine, cet espace de vie coincé entre une voie rapide, une zone industrielle et un espace résidentiel pavillonnaire. Cela se fait dans le grignotage d’espaces naturels, remplacés par une végétation artificialisée par des sociétés de paysagistes…

C’est le triomphe complet d’un capitalisme qui rive les vies à l’individualisme, l’isolement et l’artificialisation de l’environnement. Le décolletage fournit d’ailleurs les pièces essentielles à certaines choses qui nous enfonce dans la catastrophe écologique : automobile, avions, armement…

Dans cette ambiance aseptisée, la zone industrielle se compose de grands hangars gris rectangulaires, que les travailleurs eux-mêmes nomment des « boites ». C’est d’ailleurs cette combinaison boites-voiture-pavillon qui a piégé la conscience de la classe ouvrière dans le mythe de l’appartenance à la « classe moyenne ».

Mais dans la vie de tous les jours, une lente et implacable érosion de ce mythe se produit. Le vieux slogan de mai 68 refait surface : « est prolétaire celui qui n’a aucun pouvoir sur l’emploi de sa vie quotidienne et qui le sait ».

Alors certains diront « il faut bien travailler » ou « il faut bien maintenir une croissance économique ». Certes… Nous ne sommes pas contre les usines, ni même contre le travail mais pour une vie riche et collective.

Or, tout ce travail accumulé sert-il justement au développement d’une vie riche et collective ? Non. Il ne profite qu’aux propriétaires des entreprises qui, alliés des collectivités locales, étendent encore et encore leurs empires industriels pendant que les mairies peaufinent leurs recettes fiscales.

Quelle vie la bourgeoisie nous façonne t-elle, si ce n’est un monde fait de boites grises, d’emplois ennuyeux, d’artifices de nature, d’entassement dans des voitures ? A quoi servent tous les bénéfices produits par les travailleurs si ce n’est à renforcer leur propre oppression et leur isolement social ?

Mais la richesse est là. Elle s’étale dans notre région sans que la grande masse des gens n’en voit jamais un retour positif en termes d’amélioration du travail, de sociabilités, de culture, de mobilité…  Reste alors aux prolétaires de s’approprier le monde et de le refaçonner !

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