Que propose Extinction Rébellion ?


Ecologie / jeudi, mai 23rd, 2019

Ce mercredi 22 mai, Extinction Rébellion a organisé une action de blocage dans le haut de la vallée de l’Arve pour protester contre la pollution de l’air. Une quarantaine de personnes se sont « liées » par le biais de tubes en PVC afin de bloquer l’incinérateur de Chedde.

Extinction Rébellion est une organisation anglaise issue du réseau « Rising Up ! » opposé à l’origine à  l’extension de l’aéroport de Londres.

Lors de du blocage de l’incinérateur, il fut rappelé très justement le caractère dramatique de notre situation, sur le plan du réchauffement climatique, de la fonte des glaciers et de la disparition accélérée de millions d’espèces vivantes. Le militant a énoncé un constat limpide :

Ce n’est pas une entreprise en particulier, mais c’est tout un système qui exploite le vivant.

Il ajoute :

aucune institution ne prend en compte le problème […] C’est pour cela que nous nous déclarons en rébellion ouverte contre les gouvernements

Cela va dans le bon sens. La Cause est défendue avec un point de vue scientifique et une démarche volontaire !

Mais il est impossible d’évaluer la proposition d’Extinction Rébellion sans revenir sur  les luttes écologistes des années 1970-1990 dans le  monde anglo-saxon.

En effet, l’Angleterre est le pays qui a vu naître la mouvance A.L.F pour « Animal Libération Front » (Front de Libération des Animaux) avec sa branche écologiste « E.L.F » (Earth Liberation Front) qui fut, dès leurs origines, liées au mouvement ouvrier.

Véritable mouvement de masse aux USA et en Grande-Bretagne à la fin des années 1990, il a posé les bases essentielles à la bataille contre l’écocide. Il a en effet aidé à la  diffusion de la « deep ecology » (biocentrisme contre l’anthropocentrisme) et à la pratique de l’ « écotage » (sabotage écologique).

Alors, avec un tel héritage national derrière lui, on se dit qu’ Extinction Rébellion va proposer quelque chose de puissant, avec en plus un projet de transformation de la société.

Mais ce que l’on constate c’est que, malheureusement, il n’y a pas cette référence historique. Or, sans héritage il est difficile d’élaborer une vision du monde capable de tout changer.

Au point de vue du style comme de l’idéologie, on est bien plus proche d’une organisation de type ONG par le bas. Or, comme toute ONG, ce qu’elle vise en priorité c’est le « coup de com’ » médiatique.

Or, peut-on sauver la planète avec une démarche, certes volontaire et sympathique, mais réduite à une stratégie de blocage et d’interpellation ? Bloquer n’est pas un programme de transformation politique.

Voilà finalement un des nœuds du problème qu’il va bien falloir dénouer.

Le capitalisme, peut-il être réformé ou doit-il être renversé ? Doit-on interpeller les autorités tout en développant un mode de vie alternatif ou faut-il assumer la lutte des classes et aller vers le socialisme ?

Devons-nous être des témoins endeuillés  de l’extinction du vivant ou assumer la rupture vegan ? Devons-nous nous concentrer sur notre propre disparition ou révolutionner les mentalités en diffusant une vision biocentrée ?

Même si cela semble aujourd’hui bien difficile tant la léthargie est énorme, la rébellion contre le système destructeur ne peut passer que par une lutte de classe portée par les ouvriers. Car au fond, du fait de sa place dans la production, qui d’autre que la classe ouvrière peut bâtir une nouvelle société ?

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