Pollution de l’air : où en sommes-nous ?


Ecologie, Politique / mardi, juin 4th, 2019

Le lundi 29 avril 2019 a été signé par le préfet le second Plan de protection de l’Atmosphère (2019-2023) qualifié d’ « ambitieux, mais réaliste ». Ce second PPA prévoit ainsi un financement à près de 20 millions d’euros des fonds air bois, air industrie, air gaz, et une aide à la reconversion des véhicules.

Emboîtant le pas aux propos du préfet Pierre Lambert, le député Les Républicains de Bonneville Martial Saddier a affirmé que « cette signature ferme le livre du PPA 1 comme elle ouvre l’horizon du dernier PPA de la vallée de l’Arve, car je suis persuadé qu’il n’y aura pas besoin d’autre PPA ».

Avec une trentaine de mesures, les autorités semblent bien confiantes dans la baisse d’une pollution de l’air mesurée à coup de statistiques éparpillées les unes des autres… Et cette confiance est loin d’être partagée par tout le monde.

Il faut dire qu’il y a toujours urgence. Entre la fin du mois de novembre 2018 et début mars 2019, il y a eu vingt-cinq alertes aux P.M 10, dont trois de niveau élevé (vigilance rouge).

Sur ces vingt-cinq alertes, on en compte onze lors du mois de février qui fut marqué par des records de chaleur et des taux très élevés d’ensoleillement, et l’on sait combien soleil et inversion des températures ont un rôle capital dans la stagnation des particules dans l’air.

A cela s’ajoute une nouvelle analyse scientifique initiée par le Coll’Air Pur qui a révélé la présence élevée de dioxine dans des œufs, obligeant une partie des familles à ne plus acheter local.

Dans ce contexte, la seconde version du P.P.A a donc été un des moments forts de cet hiver, avec une consultation publique effectué entre le 10 décembre et le 14 janvier 2019. Sur une vallée de 150 000 habitants, seulement 500 personnes ont participé à cette consultation. Le caractère démocratique de cette consultation  n’est donc clairement pas assuré.

Mais dans tout cela, qu’on dit les principaux collectifs de lutte contre la pollution de l’air ?

Finalement bien peu de choses ou du moins pas assez… Il n’y a eu que peu de déclarations publiques facilement accessibles, car même si cela a pu être fait en comités réduits lors de réunions, cela ne permet pas de mobiliser largement la population.

de gauche àd roite : Simon Metral (ARSMB), Pierre Lambert -préfet), Anne Lassman-Trappier (Inspire)

L’association Inspire a sorti un document de décryptage qui permette de se faire une idée de ses prises de positions. La prise de position n’est pas ferme mais plutôt sous le signe de la collaboration avec les instances du PPA2.

Quant à l’ARSMB, on ne trouve rien de clairement officiel, si ce n’est quelques bribes d’analyses, éparpillées sur facebook.

Seules deux initiatives ont réellement cherché à informer la population, celle du Coll’Air Pur et celle du CAP-Cluses (Comite Anti-Pollution de Cluses).

En effet, le Coll’Air Pur a organisé plusieurs réunions de discussions autour du PPA 2 et CAP-Cluses a produit un document public « Tout changer pour ne rien changer » avec un appel à soutien collectif pour déposer l’avis dans l’enquête publique.

Ainsi, qu’elles soient à l’extérieur (Coll’Air Pur, CAP-Cluses) ou à l’intérieur des institutions (ARSMB, Inspire), associations et collectifs ont tous cherché à intervenir  dans l’enquête publique en vue de peser sur la rédaction définitive du PPA 2.

Cependant, citant le document du PPA 2, le CAP-Cluses reconnait lui-même :

 » Les recommandations de l’OMS semblent, dans le délai de 5 ans, difficilement atteignable sans une profonde modification du bassin de vie de la vallée de l’Arve. En revanche, le scénario de l’EQIS, quoi qu’ambitieux, semble crédible  » (PPA 2)

Alors que la vallée de l’Arve est dans une situation d’ « urgence sanitaire et écologique prioritaire » (p.3), que la pollution de l’air est considérée comme cancérigène par l’OMS (p.97), le préfet présente un plan au rabais qui comprend toujours 40 décès prématurés et 40 000 personnes exposées au-dessus des seuils réglementaires de PM 2,5.

Comment espérer que de réelles avancées sortent de ce nouveau Plan lorsque celui-ci reconnaît la nécessité de changer la vie mais s’y refuse d’emblée ?

A quoi bon servir de caution démocratique à des autorités qui voient déjà au rabais leurs actions sur un enjeu sanitaire qui tue prématurément 85 personnes dans la vallée ?

Car en attendant l’application du PPA 2, que se passe t-il ? On valide un centre commercial inutile bâti sur une zone humide et accentuant la dépendance à la voiture, on classe « sans suites » les 540 plaintes du Coll’Air Pur contre l’inaction de l’État.

Cela semble un peu innocent de vouloir faire condamner l’État. Mais ce « classement sans suites » est lourd de sens quant à la nature des institutions et devrait appeler au franchissement d’une nouvelle étape dans la lutte.

A ce titre, quel dommage que le blocage du viaduc des egratz par les Gilets jaunes ne se soit pas orienté vers une critique écologique approfondie !

Car en l’absence d’une mobilisation populaire et autonome des institutions, tout semble bien dérisoire.

 En effet, alors que le Plan prévoit l’ « interdiction de tout brûlage à l’air libre », le préfet autorise un brûlage des vignes pour protéger les exploitations du gel, en plein mois de mai. Qualité de l’air ou profits ? La préfecture a déjà tranché.

Alors, où en sommes-nous dans la lutte contre la pollution de l’air si ce n’est dans une situation où les collectifs recherchent des interventions dans une population léthargique  ? Dans une situation où le PPA 2, au rabais, se révèle déjà mis entre paranthèse au profit d’intérêts privés ?

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