Amazon Locker à Cluses


Vie quotidienne / mardi, juillet 16th, 2019

Bien visible dans la station essence Esso, un mur de consignes « Amazon Locker » a fait son arrivée à Cluses. Que cela révèle t-il de l’évolution du rapport à la marchandise et à la société ? 

Amazon a lancé ce service en 2017 avec la reprise du principe de la consigne appliquée à la livraison des marchandises.

Ces casiers permettront à Amazon de généraliser la livraison en un jour (le fameux J+1) et de limiter les intermédiaires.

Ce que cela permet à un autre niveau, c’est de doper l’achat pulsionnel, renforcer l’individualisme ainsi que détacher toujours plus la production et l’acheminement de nos marchandises de la fonction qu’elles incarnent dans nos quotidien. C’est ce que Karl Marx décrivait comme «le fétichisme de la marchandise» dans Le Capital.

Pour fonctionner, la société capitaliste a besoin de produire toujours plus de marchandises. Les hypermarchés, puis internet sont autant de fenêtres sur la profusion d’objets qu’il est possible d’acquérir.

On devrait être capable d’attendre plusieurs semaines pour planifier ses achats, organiser sa vie pour se permettre d’aller acheter quelque chose de nécessaire. Ce temps est aussi celui qui permet la réflexion sur le besoin, le budget, les alternatives.

Avec les achats en ligne, sur des plateformes comme Amazon ou Wish, tout est pensé en fonction de la pulsion. Surtout ne pas réfléchir et être servi le plus rapidement possible pour que « la magie » opère.

On rentre dans la peau de la fée qui agite sa baguette et fait apparaître des choses en un clin d’œil. C’est fascinant, pourtant pour arriver à ce résultat il aura fallu exiger une chaîne de production à la cadence infernale, faire rouler des milliers de camions, rarement pleins, aux quatre coins de l’Europe.

Les gens se transforment alors en enfants capricieux et, avec les consignes, Amazon s’arrange pour que l’exploitation de tout cela ne soit pas vue, pas comprise par ses clients.

Chaine de montage Foxconn (Apple)

De la préparation de nos commandes « en un clic », on ne voit ni l’échine courbée des ouvriers des pays dominés, ni le regard fatigué des employés-robots des plateformes logistiques. On ne voit que le facteur qui court ou qui n’est pas passé, qui casse les colis et qui ne dit plus bonjour.

Avant même Amazon Locker, la société libérale nous amène à déconsidérer les travailleurs de la livraison au lieu de comprendre un travail chaotique. Autrefois au coeur de la vie sociale, ils sont désormais écrasés par les exigences de la vente en ligne.

Atelier emballage Amazon

Amazon Locker arrive pour effacer ce dernier maillon visible, ce dernier indice qui renseigne d’une chaîne infernale dont les exigences ne peuvent que broyer les individus.

On a un éclatement ultime des gens qui n’ont plus de rapports, ni entre eux, ni avec la production. C’est la passivité de tous qui valide l’ensemble et laisse faire, peu importe les conséquences.

Amazon comme tout groupe capitaliste a pour plan de rendre la société dépendante de ses services, cela se fait aux frais de la planète et du prolétariat qui rend ce service possible par son exploitation.

2 réponses à « Amazon Locker à Cluses »

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