La contre-révolution en Savoie (1793-1797)


Histoire populaire / vendredi, juillet 26th, 2019

L’offensive de la bourgeoisie tout au long du XVIIIe siècle dans tous les espaces du pouvoir a renfermé la noblesse sur elle-même. Signe de ce rapport de classe, on comptabilise 54 anoblissements au cours du siècle contre 187 au XVIIe précédent.

Cette lutte de classe va s’aiguiser avec le rattachement de la Savoie à la Première République française en octobre 1792.

Les réformes entreprises par les révolutionnaires détruisèrent les sources de pouvoir de l’aristocratie. Mais l’épuisement des sources de puissance ne signifie pas disparation du prestige culturel d’une classe sociale.

Dans les communautés rurales, l’Église est concurrencée par la mise en place de municipalités. Élue par un mode électoral basé sur l’âge et la fortune, la bourgeoisie lettrée (avocats, médecins) devient incontournable dans la gestion publique.

Entre temps, Annecy était devenue une ville refuge pour les nobles et les personnes d’Église en exil face à l’avancée révolutionnaire à l’été 1789.

De plus, lors de l’offensive de la Première République en septembre-novembre 1792, les soldats piémontais n’avaient pas été pourchassés et ils étaient simplement réfugiés dans les villages de haute montagne.

Un cocktail explosif se prépare. C’est la paysannerie, alors majoritaire dans le tissu social et économique, qui va être le nœud central de la séquence.

Cette question fut mal saisie par des révolutionnaires français, cultivés et issus des milieux urbains. Cette erreur d’analyse témoigne de de l’émergence des contradictions centrales de la modernité, celle entre la ville et la campagne et entre intellectuels et manuels.

En effet, ne tenant pas compte des réserves sur la religion catholique et l’Église, les révolutionnaires avaient entrepris des réformes anti-cléricales volontaristes. C’est le cas de la nationalisation des biens du Clergé avec quatre commissaires chargés d’appliquer la nouvelle législation.

Sur ces quatre commissaires, seul Philippe Simond, prêtre du bas-Rhin, était originaire de Savoie (Rumilly) et élu député à la l’Assemblée Nationale.

Avant cela, le premier point de tension concernait la mise en place locale des assignats, une monnaie fiduciaire (pièces et papiers) utilisée en France à partir de 1791.

Cela suscita une forte opposition locale car elle entraînait une forte inflation du fait du paiement de la guerre et du déséquilibre budgétaire en France. Personne ne voulait commercer avec les assignats français et, Hérault de Séchelles, commissaire parisien fraîchement débarqué dit :

« Vous refusez les assignats ! Il fallait donc refuser notre armée, nos énormes dépenses, nos mains, le sang de nos frères, lorsqu’ils venaient vous défendre, vous délivrer du Piémont ! Parlez ! Êtes-vous Français ou Piémontais ? »

Mais l’enjeu des plus importants fut bien la constitution civile du Clergé (proclamé en France en juin 1790). Cette politique signifiait que les prêtres et les évêques devenaient des salariés de l’État, élus par des citoyens (fortunés).

Le 8 février 1793 fut décrété le rattachement du Clergé au département du Mont-Blanc, avec un seul diocèse à Annecy.

Mais le serment obligatoire de fidélité « à la Liberté et à l’Égalité ou de mourir en les défendant » ne fut accepté que par 11,5 % des prêtres de Haute-Savoie !

Un clergé réfractaire se constitue et part en exil dans le Val d’Aoste, le Piémont, et le Valais. Ce clergé réfractaire pouvait compter sur les soldats royalistes réfugiés eux aussi dans ces vallées.

Les autres prêtres réfractaires trouvèrent refuge dans des villages qui leur apportaient un soutien du fait qu’ils étaient une figure majeure dans la vie quotidienne de l’ancien régime (baptême, mariage…).

En avril 1793, François-Thérèse Panisset, le nouvel évêque constitutionnel élu et fervent patriote jacobin, ne pouvait compter que sur une centaine de prêtres pour alimenter tout le diocèse du Mont-Blanc.

Au printemps 1793, le climat devenait pré-insurrectionnel et il suffisait d’une étincelle pour mettre le feu à toute la montagne.

Cette étincelle fut la levée militaire de masse face aux déclarations de guerre des monarchies européennes ; levée d’abord volontaire en février puis obligatoire en août 1793.

Le 4 et 10 mai 1793, Marguerite Frichelet dirige une insurrection paysanne dans la vallée de Thônes, réunissant plus de 3 000 paysans sous la bannière du drapeau royaliste.

Né en 1756 à Thônes, Marguerite Firchelet était confectionneuse de dentelle. Elle partit sur Paris en
1788 et elle s’employa quelques temps chez le marquis de Preaux à Angers.

En 1791, le marquis émigre face à l’avancée des révolutionnaires. Marguerite Firchelet revient à Chambéry et se met au service du baron Foncet avant que lui aussi soit contraint à émigrer. Ne pouvant plus se mettre au service de la noblesse, Marguerite Frichelet revient à Thônes en 1793.

Elle était ainsi devenue une farouche militante anti-
républicaine, favorable à la royauté Sarde. Certains allèrent même se demander si elle n’avait pas maintenu des liens avec l’Anjou vendéen au moment de l’insurrection de mai 1793.

Les 21 et 22 août 1793, il y eut également des manifestations anti-républicaines à Annecy, où le poids des exilés aristocrates était important. Le drapeau tricolore fut attaqué, de même que la loge franc-maçonne et l’arbre de la Liberté. Le comte d’Alex reprend le contrôle de l’Hôtel de ville.

Dans une tel climat, les soldats Sardes reviennent dans la vallée de l’Arve jusqu’à Cluses, ramenant avec eux prêtres réfractaires et nobles émigrés.

Claude-François Thiollaz

Claude-François  de Thiollaz, chanoine de Genève en fonction à Annecy et réprimé par les révolutionnaires, fut un des dirigeants de la Contre-révolution.

Dès août 1793, il se rend à Lausanne pour se lier à François-Marie Bigex, vicaire général d’Annecy et à Joseph de Maistre, philosophe et magistrat savoyard. Ensemble, ils organisent la contre-offensive politique et culturelle, avec un certain succès dans la vallée de l’Arve.

Remarquons d’ailleurs que Joseph de Maistre, source intellectuelle de la Contre-révolution en Savoie, est devenue un des principaux penseurs du conservatisme catholique opposé à la philosophie des Lumières.

⇒ lire aussi : Joseph de Maistre, l'anti-lumière savoyard

Ce n’est que début octobre 1793 que les troupes républicaines françaises reprennent le contrôle de tout le département avec dès le mois de juin et jusqu’à juillet 1794 la mise en place de la « Terreur ».

Clochers, croix et oratoires, ces « vestiges du charlatanisme qui offensent l’œil républicain » selon les mots du commissaire républicain Antoine-Louis Albitte, sont détruits. Une campagne de déprêtrisation est lancée, demandant aux prêtres de signer un acte de reconnaissance de leurs « faussetés, illusions ou impostures ».

Ce n’est qu’avec la fin de Robespierre le 9 Thermidot an II (27 juillet 1794) que l’accalmie revient. Dans cette fin de tempête révolutionnaire, les réfractaires et les nobles émigrés reviennent en Savoie.

La nouvelle constitution du « Directoire » (1795-1797) offre une détente, avec un nouvel équilibre laissant les forces réactionnaires se rétablir dans le pays, avec par exemple la ré-ouverture des Églises à la fin 1796.

Cet épisode contre-révolutionnaire du printemps et de l’été 1793 est à la base du chauvinisme réactionnaire d’une partie de la mouvance « Savoie Libre ».

Dans la vallée de Thônes, ces traces réactionnaires peuvent se vérifier jusque dans les années 1940 où la vallée a abrité une résistance d’obédiance nationaliste profondémment anti-communiste.

La commémoration de l’émeute contre-révolutionnaire de Thônes par la mouvance chauvine et réactionnaire « Savoie Libre ».

L’année 1793 a ainsi fait émerger des contradictions politiques et culturelles qui vont structurer l’opposition politique entre démocrates-libéraux et conservateurs-catholiques en Savoie jusqu’à 1871-1875.

Jusqu’au traité de Turin (1860) rattachant définitivement la Savoie à la France, les deux camps vont osciller entre soutien à la France ou à l’Italie selon le rapport que ces pays avec l’Église et le catholicisme

4 réponses à « La contre-révolution en Savoie (1793-1797) »

  1. Bonne tranche d’histoire, mais attention aux fautes (disparèrent, élues), aux mots doublés (de de), aux lettres (con-révolution) et aux mots manquants (plus 3000). Une relecture apporterait un plus grand confort de lecture.

    1. Bonjour,

      Merci à vous pour cette relecture, nous essayons de faire le plus attention possible mais nous sommes surement « trompés » par une lecture du fond plutôt que de la forme. C’est une erreur que nous allons tâcher de rectifier à l’avenir.

      Cordialement

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