Gloire à Léon Gay ! Les héros du peuple ne meurent jamais !6 min read


Histoire populaire / vendredi, août 16th, 2019

Il y a 75 ans, le 16 août 1944, tombait le résistant communiste Léon Gay dans une bataille contre une garnison du IIIe Reich refugiée dans la résidence Chautemps à Valleiry.

Le 14 août 1944, l’état-major des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I) ordonne l’attaque des garnisons allemandes pour libérer la Haute-Savoie. Le 16 août 1944, c’est l’assaut dans les communes de Valleiry, Viry, Bossey et Saint-Julien-en-Genevois.

Dans cet assaut coordonnés par l’Armée Secrète (gaulliste) et les F.T.P (communiste), il y avait également un groupe de partisans évoluant dans le sillage des F.T.P, la très autonome Brigade Rouge Internationale (B.R.I).

Pont carnot

Cette Brigade était chargée d’attaquer le poste de douane de Valleiry, puis de contrôler l’axe stratégique amenant au pont Carnot, seule liaison entre la Haute-Savoie et l’Ain entre Collonges et Chevrier.

Si Saint-Julien est la première ville de Haute-Savoie libérée par la Résistance le 16 août 1944 à 17h, la situation reste critique dans le canton. Ainsi l’Armée Secrète, chargée de venir relever la B.R.I, ne pu effectuer sa mission.

Résistans à Saint-Julien-en-Genevois avec le drapeau nazi comme trophé victorieux

La B.R.I du assumer seule la bataille contre une compagnie allemande retranchée dans la résidence Chautemps à Valleiry. La Brigade eu huit blessés et alors que les allemands brandissaient un drapeau blanc, Léon Gay s’approcha et reçut une balle en plein cœur. Hugo Brocchio, jeune FTP de Scionzier, trouva également la mort.

Un article détaillé sera publié sur ce que fut la Brigade Rouge Internationale, mais voici le portrait de Léon Gay, tiré du (précieux) livre « La B.R.I du commandant Amiot » de Robert Amoudruz.


Né en 1906 à Contamines-sur-Arve au-dessus du Bonneville, Léon Gay était un paysan exploitant une ferme au hameau du Perraz. Il faisait partie d’une famille nombreuse de petits paysans pauvres et très soudés.

Célibataire, Léon Gay s’était en réalité marié avec le Parti Communiste et apparaissait comme un véritable moine révolutionnaire.

Secrétaire administratif du groupe communiste d’Annecy, ce paysan qui, en dehors de l’école primaire, n’avait reçu aucune instruction de base s’était élevé intellectuellement grâce au marxisme.

Plaque commémorative posée le 13 août 1972 sur la résidence Chautemps à Valleiry

Son penchant pour la lecture l’avait amené à étudier avcec un enthousiasme débordant d’optimisme les classiques de Marx, Engels, Lénine et les oeuvres révolutionnaires.

C’était lui, le petit paysan, qui accueillait certains réfractaires au Service du travail Obligatoire (S.T.O) dans la région pour leur donner une leçon politique.

Ainsi, le colonel Pélisson, venu de Grenoble et arrivé à Annemasse, déclare :

Léon Gay

« Dans l’arrière boutique de mon commandant de compagnie, je rencontre un homme très pittoresque, avec une casquette enfoncée et une barbichette « à la Lénine ». Il m’emmène dans un recoin du café où je reçois mon premier cours d’éducation politique. Pour la première fois, on vient m’éclairer sur le prolétariat, le capitalisme et la lutte des classes.

Cet homme, originaire d’une commune voisine, n’est autre que Léon Gay, révolutionnaire intrépide qui, comme un pèlerin, parcourt les chemins pour expliquer, convaincre et entraîner »

Au village, ce paysan cultivé et érudit de littératures révolutionnaires en faisait une personne extraordinaire, à la fois admirée et à la fois perçue comme étrange. Sa personnalité était toutefois marquée par le fer révolutionnaire.

André Famel, voisin de Léon Gay et dont la famille aida de nombreux réfractaires au S.T.O, raconte à Robert Amoudruz :

« Il était la générosité même. Il croyait à l’avènement de la fraternité universelle. Il partageait tout et ne gardait rien pour lui. Il méprisait la fortune. Sa bonté foncière avait quelque chose de naïf. C’était un idéaliste perdu dans ses bouquins et ses rêves de justice sociale »

La famille Famel

Sa morale révolutionnaire étonnait plus d’un camarade comme lors de prélèvements pour le maquis dans les fruitières autour d’Annemasse.

Léon Gay prenaient des aliments et faisait des bons aux paysans tout en les menaçant d’exécution s’ils continuaient à fournir le marché noir. Il ne pouvait accepter que la Résistance se nourrisse de trafiquants opportunistes, lorsque d’autres détournaient le regard à propos du trafic afin de ne pas s’attirer d’ennuis encombrants.

Placé sous l’autorité politique de Jean Vittoz, préparateur en pharmacie à Annemasse originaire de Lyon 8e et cadre chargé de la vie du Parti Communiste dans la vallée de l’Arve, Léon Gay avait constitué un petit groupe de partisans dans la région de Contamines-sur-Arve et de Peillonnex.

Maurice Boissy « Cowboy »

Avec son jeune protégé Maurice Boissy dit « Cowboy », un ouvrier de Villeurbanne arrivé dans la région en mars 1943 après son refus du S.T.O, il pratiquait le sabotage régulier de lignes de communication.

En juin 1944, ils rejoignèrent tous les deux la Brigade Rouge Internationale dirigée par l’artisan de Bonneville, Léopold Martin dit « Commandant Amiot ». C’est « Cowboy » qui d’ailleurs rampa dans la résidence Chautemps à Valleiry pour récupérer le corps de son tuteur et camarade, ce qui le bouleversa profondémment.

A Contamines-sur-Arve, son enterrement donna lieu au rassemblement d’une foule considérable, avec salves de fusils et drapeaux rouges mêlés au drapeau tricolore.

Au cimetière de Contamines, on peut voir sa tombe entretenu par le Souvenir Français – bien qu’à côté des autres tombes de résistants son entretien est plus que dérisoire. On peut y lire :

« Léon Gay,

Franc-Tireur des Brigades Internationales

Tombé à Valleiry en combattant les hordes hitlériennes le 16 août 1944 à l’âge de 38 ans.

Enfant du peuple, il tomba pour une société meilleure avec le courage et l’abnégation qu’il mettait à soutenir sa vieille maman. Sa devise : piété filiale, modestie, sacrifice, restera un exemple.

Par souscription »

Tombe de Léon Gay (le drapeau communiste a été rajouté par nos soins en son honneur)

La mention des « Brigades Internationales », ces antifascistes partis se battre contre Franco aux côtés des républicains espagnoles, est une erreur puisque Léon Gay n’en a jamais fait partie.

Cela témoigne du fait que la plaque n’a pas été posé par des anciens membres de la B.R.I, ni même par le Parti Communiste, signe du malaise et du refus scandaleux de porter la mémoire de la B.R.I après la guerre.

L’honneur, la bravoure et la bataille pour l’émancipation humaine fait pourtant de Léon Gay une très grande figure de la résistance et en général de la Gauche dans la vallée de l’Arve.

Sa mémoire se doit d’être entretenue et honorée par toutes les personnes qui se sentent reconnaissantes et affiliées à son engagement communiste.

Les héros du peuple ne meurent jamais !

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