Les origines du socialisme en Haute-Savoie5 min read


Histoire populaire / vendredi, août 30th, 2019

Le socialisme en Haute-Savoie ne sort pas de nulle part. Il est essentiellement né dans le sillage du Parti Ouvrier Français de Jules Guesde fondé en 1879 à Marseille.

En 1888, le parti appelait à former des groupes d’études sociales

« dont les membres établissent en commun leur budget, prennent les mesures propres à propager les doctrines du Parti dans leur domaine d’action, abordent et étudient tous les problèmes que les événements se chargent de venir journellement leur poser. Ils sont autonomes ».

Jules Guesde

Aux alentours de 1880, Élisée Promel, adhérent du Parti ouvrier, fonde à Thonon une chambre syndicale des travailleurs. Mais, concrètement, cela ne déboucha sur rien.

Le véritable lancement du socialisme en Savoie intervient avec le congrès international des étudiants socialistes tenu à la brasserie Theuss à Genève à la fin décembre 1893. La présence d’Alexandre Zévaès, militant guesdiste qui deviendra député du Parti Ouvrier Français de l’Isère en 1898, marqua durablement l’assemblée.

En 1898, un « Groupe français d’Étude Sociales de Genève » est lancé et forme un pôle visible du mouvement socialiste en Savoie.

Mais la structure du Parti Ouvrier Français était bien loin de la discipline de la social-démocratie allemande. Ainsi, le groupe d’étude de Thonon était affilié au Parti alors que celui d’Annemasse était autonome.

Ce pôle socialiste parvint à présenter deux candidats socialistes aux élections législatives de 1898 à Thonon et à Saint-Julien, ne receuillant que quelques centaines de voix.

En 1902, la tendance à l’unification se renforce avec la création à Annemasse de la « Fédération socialiste des deux Savoie ».

Il n’est guère étonnant que cette fédération émerge en cet endroit, à la fois proche de Genève et de son fourmillement d’idées révolutionnaires et composé d’un important centre cheminot.

D’abord autonome, la fédération se rattache rapidement au Parti Socialiste Français de Jean Jaurès, avec des noyaux à Annecy, Seyssel, Chamonix, Cranves-Sales, mais ne rassemblant que 466 adhérents.

Cette construction se fait grâce à la participation de deux figures historiques locales, Edgard Milhaud, professeur d’économie politique à l’université de Genève, et Emile Argence, artisan tailleur à Genève originaire de Rive-de-Gier dans la Loire.

Entre 1901 et 1906, le socialisme va connaître une poussée à la faveur de l’organisation des travailleurs en syndicat, comme à Scionzier (1903), à Cluses (1904), à Passy (1906).

L’unification des tendances socialistes en avril 1905 dans la S.F.I.O (Section française de l’Internationale Ouvrière) va également favoriser une meilleure structuration locale.

>> Voir aussi : le mouvement ouvrier dans la vallée de l’Arve

Edgard Milhaud

Cette structuration est d’autant plus favorisée qu’elle puise localement sa force dans une partie de l’immigration italienne alors qu’ont eu lieu en 1893 les tristes massacres racistes d’Aigues-Mortes dans le sud de la France.

En effet, aidés par Emile Argence, Cipriano Cibrario et d’Egidio Carletti, deux maçons socialistes sur le chantier de la voie ferrée entre Chamonix et la Suisse, et Francesco Margiotti, cantinier pour les ouvriers, fondent en avril 1906 le « Syndicat international des ouvriers du bâtiment et similaires de Chamonix ».

>> Voir aussi : le mouvement ouvrier à Chedde

C’est grâce à l’influence de ce syndicat que fut ensuite fondé celui à l’usine de Chedde, où Cipriano Cibrario organisa la minorité italienne dans laquelle l’anarchisme était connu.

Entre 1903 et 1906 éclatent de nombreuses grèves à Scionzier, Cluses et Chedde, que cela soit pour des motifs politiques ou économiques (journées des huit heures).  L’Internationale est régulièrement chantée et le drapeau rouge ouvre les cortèges de manifestants.

Dans ce contexte d’ascension des luttes ouvrières et d’unification du socialisme français, le congrès d’Annecy le 25 juin 1905 acte une fédération unique pour les deux Savoie.

Edgard Milhaud marque durablement le congrès, avec la publication en 1903 du livre « La démocratie socialiste allemande » ; la social-démocratie allemande étant à l’époque à l’avant-garde du mouvement ouvrier international.

Emile Argence qui se présente aux élections législatives de 1906 obtient des scores élevés dans les zones ouvrières marquées par les conflits sociaux.

Il échoue cependant à générer une vision du monde et un projet de société capable d’unir les autres couches sociales à la classe ouvrière.

Dans les années d’avant la première guerre mondiale, Emile Argence quitta le secrétariat fédéral de la fédération au profit de Mothé, originaire de Chambéry et proche des positions d’ultra-gauche de Gustave Hervé. Emile Argence se rapprochera ensuite des positions « centristes » des néo-socialistes.

Quant à Edgard Milhaud, il basculait toujours plus dans le réformisme, assimilant le socialisme aux services publics gérées conjointement par la mairie, les syndicats et les travailleurs.

>> Voir aussi : deux documents socialistes à propos de la grève de Cluses en 1904

L’industrie horlogère se restructure et la politique paternaliste dans les foyers électrochimiques freine l’élan socialiste. Finalement, il se brise dans la Première Guerre mondiale.

Il n’empêche qu’un marqueur historique a été posé :

  • Une organisation en un parti politique discipliné sur une base communale et fédérale.
  • Un journal quotidien,« L’éclaireur savoyard » puis le « Travailleur savoyard » à partir de 1906
  • Des bases sociales, comme dans le bassin de Cluses, à Annemasse, à Chedde, à Cran-Gevrier…

Le socialisme s’est ancré comme proposition politique et il est dès lors impossible de revenir en arrière.

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