Sur le « dépassement de soi » dans des activités extrêmes


Vie quotidienne / mardi, août 27th, 2019

Le fait d’habiter à la montagne donne accès à de nombreuses activités sportives comme l’escalade, le ski, le VTT…

Mais, il y a aussi des activités qui, qualifiées de « sport extrême », sont en réalité des activités dénaturées avec un rapport frénétique et addictif à soi-même.

Toute activité physique intensive stimule la sécrétion d’endorphine, de dopamine et d’adrénaline, des hormones organiques qui provoquent une sensation de bien-être et d’éveil. Ce sont d’ailleurs les mêmes hormones impliquées dans la consommation de certaines drogues.

Mettre en mouvement son corps est donc un pourvoyeur « naturel » d’un état de jouissance sans avoir à passer par l’artifice des drogues qui sont évidemment une auto-destruction.

Seulement voilà, dans une société capitaliste qui promeut l’individu-roi avec une indifférence aux autres, la recherche d’une satisfaction physique peut très vite sortir d’un encadrement collectif.

Évoluer avec les autres paraît dérisoire par rapport à l’effet de battre son propre organisme, en le menant à sécréter tellement de substances que cela provoque un état second. Tout semble aller mieux, être secondaire lorsqu’on à l’impression d’avoir risqué sa vie.

Voilà le sens de la multiplication des expériences extrêmes en montagne, avec l’essor d’activités comme le wing suit, le mountain bike, le ski de « pente raide ». C’est la quête radicale de l’adrénaline, le flirt le plus poussé avec le danger, avec la mort, avec une quête existentialiste et romantique d’une liberté au mépris de la nature et de sa propre nature.

Le wing suit au départ de l’Aiguille du midi

Ces attitudes se rapprochent du nihilisme. Nous ne disons pas que la recherche de l’effort, de la concentration et du progrès physique ne sont pas de bonnes choses.

Le sport est important dans la connaissance de son corps et de ses capacités : le « dépassement de soi » est une dynamique de progrès personnel s’il se fait de manière respectueuse avec son corps et dans un échange coopératif avec les autres sportifs. C’est le sens de l’encadrement sportif.

Le problème c’est qu’avec la montagne appropriée par une société violente et dénaturée, l’environnement devient un prétexte à des activités ultra-individualistes où il faudrait chercher à valoriser sa propre vie en la mettant au devant de ses limites, comme peut le promouvoir le coureur Kylian Jornett…

>>> Voir aussi : L’UTMB, la course des excès.

« Valoriser » la vie, voilà une mentalité de capitaliste. La vie se suffit à elle-même, nulle besoin de quête existentielle pour la valoriser.

Cela se rapproche d’un comportement addictif, de la consommation mortifère de drogues. C’est une fuite en avant sans aucune prise avec le réel.

A l’inverse, on peut utiliser le sport, la culture physique dans une quête d’harmonie avec soi-même, les autres et l’ensemble de la nature.

C’est d’ailleurs même le but essentiel du sport que de faire correspondre l’ensemble du mouvement de son corps : faire correspondre le mouvement des muscles, des nerfs et du cerveau, bref faire évoluer la matière vivante de manière respectueuse.

N’est-ce pas là le sens du conseil que l’on donne à un sportif débutant, celui de bien « connaître son corps » avant de commencer une activité sportive ?

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