Le Front Populaire en Haute-Savoie


Histoire populaire / vendredi, septembre 13th, 2019

Avec l’établissement du royaume  d’Horthy en Hongrie en 1920, la marche sur Rome en 1922 de Benito Mussolini et la prise de pouvoir d’Adolf Hitler en janvier 1933 en Allemagne, les régimes fascistes gagnent l’Europe.

En France, de nombreuses Ligues fascistes s’agitent. Elles tentent même un assaut général contre le régime le 6 février 1934.

Aidées par les ripostes ouvrières immédiates, les forces élargies de la Gauche répondent à ce coup de force en s’unissant dans le Front populaire.

A Annemasse, la grève générale du 12 février 1934 regroupe plus de 800 ouvriers du livre, du BTP, des cheminots, des instituteurs, des postiers et des chômeurs.

Une minute de silence est effectuée pour les morts du 9 février, journée de riposte immédiate des communistes, ayant entraîné quatre morts, cent blessés et un millier d’arrestations.

Quelques temps avant la manifestation non-déclarée, une réunion unitaire réunissait plus de 300 personnes venus écouter, entre autres, Albert Boccagny du Parti Communiste, J. Bay des Jeunesses Socialistes ou encore Edgard Milhaud (ex SFIO) pour la Ligue des Droits de l’Homme.

>> Voir aussi : les origines du socialisme en Haute-Savoie

A Annecy, on compte surtout des grévistes chez les PTT, les cheminots et les institueurs, avec une réunion à la Bourse du Travail rassemblant plus de 300 personnes, tout comme un Saint-Gervais a lieu une manifestation organisée par le Parti Socialiste (SFIO). A la fin mars 1934, on compte quelques Comités de lutte contre le fascisme et la Guerre, notamment à Annemasse et  Annecy.

Fait étonnant, aucune action n’est à signaler du côté de l’usine de Chedde qui rassemble pourtant plus de 500 ouvriers. La menace d’une répression a joué son rôle : « les ouvriers ont été prévenus par le directeur que toute défaillance au travail entraînera le renvoie de l’usine » écrit le préfet  au ministre de l’intérieur le 12 février 1934.

Toutefois, chaque manifestation permet l’unité de la Gauche sur la base du serment de défendre les institutions démocratiques.

L’élan démocratique et populaire à la base est lancé et va se renforcer jusqu’aux élections législatives de mai 1936 avec la victoire du Front populaire, composé de socialistes, communistes, et des radicaux-socialistes.

Le fascisme, c’est la guerre ! : Une de l’Humanité, 1936

Il faut dire que le Front Populaire était une nécessité face à une droite ultra-conservatrice et complaisante avec les groupes fascistes.

A Thonon, le commissaire de police écrit que le candidat de droite pour les législatives de 1936, le docteur Bernex, « s’il n’est plus Croix de Feu, actuellement, pour les besoins de sa propagande électorale, n’en est pas moins un de ses défenseurs ».

A Bonneville, c’est René Richard qui est parachuté en tant que représentant de la droite. René Richard était le secrétaire du Parti républicain national et social, ancêtre des jeunesses Patriotes dirigées par le grand bourgeois Pierre Taittinger (propriétaire des Champagnes du même nom).

La vision autoritaire et fasciste de ce Parti était claire, comme l’exprime les propos de René Richard en juillet 1936 :

« Je ne crois pas que la solution viendra un jour d’un homme politique. D’un homme qui soit de gauche ou d’extrême gauche, de droite ou d’extrême droite. Je crois qu’elle viendra d’un homme devant lequel pourront s’incliner avec respect et je ne dirai rien de plus, la police et l’armée ».

Affiche des Jeunesses Patriotes (1936)

Mais les deux principales menaces fascistes en France et en Haute-Savoie étaient le Parti Social Français (P.S.F) du colonel De la Rocque, issu de l’ancienne ligue des Croix de Feu, et le Parti Populaire Français (P.P.F) de l’ancien communiste Jacques Doriot.

En 1937, un grand meeting du P.S.F a lieu à Annecy contre lequel est organisé un contre-manifestation antifasciste.

A Thonon, malgré la victoire de Jean Bernex (droite) avec 41,5 % des inscrits, Albert Boccagny, maire communiste de Cervens soutenu par les socialistes, récolte 17,9 % des suffrages exprimés.

Avec l’élan du Front populaire, le Parti communiste gagna en membres, atteignant plus de 2 100 adhérents dans les pays de Savoie. Un député socialiste dans la personne d’Amédée Guy fut même élu à Bonneville.

A la suite de la victoire électorale, c’est l’élan ouvrier. En juin, des grèves autonomes éclatent à Annemasse. Le 17 Juin, on compte 150 ouvriers de l’usine Sheer en grève (avec occupation). Dans la foulée, une grève éclate à l’usine électrochimique du Giffre.

Le 24 juin, après l’interdiction d’un meeting syndical à Genève, ce sont 15 000 personnes qui se rassemblent en plein air à Annemasse, avec des prises de parole des socialistes et des communistes.

En juillet 1936, un grand meeting du Front Populaire a lieu au petit village de Lully, à côté de Thonon. 1 000 personnes sont réunis, avec Amédée Guy, Albert Boccagny, et Marc Jacquier (radical-socialiste) comme orateurs. En septembre, un groupe d’ouvriers de l’usine de Chedde envoie même un don de 120 francs aux Républicains espagnols.

>> Voir aussi :  Amédée Guy, une figure de gauche à honorer

Drapeau des républicains antifascistes espagnols.

Alors que le Parti socialiste s’organise autour des « classes moyennes » et des sections municipales, le Parti communiste puise sa force dans la cellule d’entreprise et sa composition ouvrière et paysanne.

Mais à la faveur des renoncements socialistes à soutenir les républicains antifascistes dans la guerre civile espagnole, le reflux populaire se fait sentir dès 1937.

Mais si la fédération communiste de Haute-Savoie perd la moitié de ses adhérents de 1920, les principaux dirigeants sont dorénavant des prolétaires grâce à l’élan populaire ayant eu lieu à la base.

Parmi les militants actifs surveillés par la police, il y a 20 cultivateurs, 1 fermier, 17 ouvriers cheminots, 1 ouvrier-décolleteur, 3 ouvriers-horlogers, 3 ouvriers du BTP, et 5 menuisiers.

C’est là l’aspect principal de la séquence : avec une identité ouvrière renforcée, les communistes vont pouvoir être à la tête d’une force résistante de gauche entre 1940 et 1944.

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