L’enjeu politique de la grève des pompiers


Politique / vendredi, octobre 25th, 2019

Vous avez peut-être remarqué cette semaine des messages revendicatifs sur des camions de pompiers. Mardi 15 octobre, ce furent 10 000 pompiers (dont 200 venus des pays de Savoie) sur 40 500 professionnels en France qui ont manifesté à Paris.

En effet, les services de secours subissent une profonde crise qui, au-delà des demandes de revalorisation professionnelle, témoignent d’une profession placée en première ligne d’une société en pourrissement intérieure.

La semaine dernière, nous disions à propos de la dégradation du bureau de poste à Cluses que les « métiers au service du peuple se retrouvent écrasés par une société en complète déliquescence ».

La situation des Services Départementaux d’Incendie et de Secours (SDIS) dont dépendent les sapeurs-pompiers est un nouveau symptôme de ce constat. Pour les pompiers, c’est la Loi de Transformation de la Fonction Publique qui a mis le feu aux poudres.

>> Voir aussi : le centre postal de Cluses au bord de l’implosion

Cette loi entraîne, entre autres choses, l’élargissement de recrutements de contractuels au détriment de titulaires de la fonction publique. Les pompiers ont raison de se révolter contre ce nivellement par le bas car tout comme l’on ne peut pas  devenir policier n’importe comment, être pompier ne s’improvise pas, aussi minime soit la mission confiée.

Pour les pompiers, la question principale réside dans la gestion des accidents de la vie quotidienne : feux d’habitations, noyades, accidents. Ils sont au service du peuple et c’est pour cela que la majorité des pompiers sont des bénévoles.

Or c’est la nature même de ce service au peuple qui est menacé. Alors que les interventions ont augmenté de 5 % en Haute-Savoie ces cinq dernières années, et de 20 % en France dans la dernière décennie (70 000 interventions supplémentaires), les effectifs n’ont quant à eux pas évolué. A Chamonix alors que la caserne nécessite 9 soldats de garde, ils ne sont que quatre.

Comme le dit David Sevestre, Secrétaire départemental CFDT du SDIS 74 : « On pallie le manque de policiers et de gendarmes ».

En effet, l’augmentation des interventions ne se traduit pas toujours pas des missions nécessitant les pompiers (état d’ivresse par exemple). De la même manière qu’en parallèle les agressions envers ce corps augmentent (1 274 agressions physiques ou verbales, soit en moyenne cinq agressions par jour, pour 10 000 interventions).

>> Voir aussi : pourquoi si peu de médecins dans la vallée ?

Pompiers, policiers, professeurs, travailleurs sociaux : ces couches populaires doivent refuser d’être un réceptacle des contradictions d’une société qui implose.

Ces professions sont chargées d’encadrer une société qui est rongée par l’individualisme, le libéralisme, les incivilités, l’esprit de consommation. Comment gérer, par exemple, sereinement tous ces comportements irresponsables sur les routes ou ces incivilités liées à la banalisation croissante des drogues ?

La pression du capitalisme est toujours plus forte sur une collectivité littéralement rongée de l’intérieur. Ce sont l’ensemble des relations sociales de base qui pourrissent sur pied.

Or, les pompiers ne peuvent pas gérer seuls une société qui est au bord de l’implosion sociale, ni même les policiers, les professeurs, les travailleurs sociaux.

Le seul espoir de ces métiers à vocation, c’est le sursaut de la classe ouvrière, seule classe à même de reposer les bases d’un nouvel ordre social, d’une nouvelle morale, d’une nouvelle discipline pour toute la société.

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