Coup d’oeil sur les classes sociales dans la vallée de l’Arve


Politique / vendredi, novembre 22nd, 2019

La Gauche se fonde sur la classe ouvrière et les couches sociales qui lui sont liées. Elle ne peut que se développer grâce à son appui dans la classe ouvrière car elle est la classe qui transforme la société. Or, ce b-a-ba, c’est ce que justement la Gauche a perdu de vue.

Or, voici l’évolution des classes sociales dans la population de 25-54 ans entre 1968 et 2015 (en additionnant les résultats de Passy, Sallanches, Magland et Cluses).

Premièrement, on constate que la paysannerie est un des groupes les plus réduits, ayant même complètement disparu de Cluses et fortement déclinée dans les villages aux alentours.

Or, deuxièmement et dans le même temps, il apparait clairement que la classe ouvrière forme le groupe social majoritaire, malgré une fonte à Passy (de 1 116 en 1968 à 836 personnes en 2015) du fait du rétrécicement de l’usine électrochimique, de l’élévation du prix des loyers et de la dégradation de la qualité de l’air (en 1999, il y avait encore 1 120 ouvriers dans la commune).

Cette évolution entre paysannerie et classe ouvrière confirme l’analyse du capitalisme par Karl Marx comme quoi plus l’accumulation du capital s’élargit plus la paysannerie est « prolétarisée ».

Dépossédée de son moyen de travail car ne pouvant supporter la concurrence acérée des grands monopoles, elle se trouve contrainte d’aller vendre sa force de travail dans les entreprises.

>> Voir aussi : Sylviane Rosière,une parole ouvrière du décolletage

Troisièmement, la lecture de ce tableau amène la Gauche à éviter le piège de placer la classe ouvrière au second plan du fait de l’essor des employés et des professions intermédiaires.

Les ouvriers, les « petites gens » sont d’ailleurs les premiers à tomber dans ce piège en se pensant appartenir à la « classe moyenne » alors que cela est bien évidemment faux.

Le refus de la lutte des classes et du collectivisme par les Gilets jaunes est d’ailleurs une des expressions typiques de ce piège.

Car, finalement, quelle est la frontière entre ouvriers, employés et professions intermédiaires ?

Pour l’Insee, sont par exemple « employés », les caissières, les facteurs, les ambulanciers, les standardistes ou encore les auxiliaires de puériculture. Un professeur de français, un animateur jeunesse, un technico-commercial ou encore une assistante sociale seront quant à eux des « professions intermédiaires ».

Si un professeur de lycée, un agent de maîtrise ou une assistante sociale appartiennent facilement aux « classes moyennes », ou plutôt disons la petite-bourgeoisie, le chauffeur d’ambulance à Passy, le secrétaire du pôle emploi à Sallanches, la postière à Cluses ou la caissière du Super U à Magland sont culturellement et socialement liés aux ouvriers.

C’est pourquoi les penseurs socialistes ont toujours parlé du prolétariat comme classe sociale dont les ouvriers sont la colonne vertébrale du fait qu’ils produisent la société.

De la même manière que ce que l’on entend par masses populaires ou « peuple » est l’alliance des différentes couches sociales pour élaborer une politique libérée de l’emprise de la bourgeoisie.

Or, la vallée de l’Arve se compose essentiellement du prolétariat opposé à la bourgeoisie.

N’ayant ni la propriété de leur moyen de travail, ni de diplômes pour accéder aux professions intermédiaires et supérieures, cette classe est contrainte d’occuper un emploi manuel et d’exécuter des ordres venus d’en  haut.

Majoritaire et essentiel à la vie de la société, le « prolétariat » ne peut être que le coeur d’une Gauche se voulant démocratique et populaire.

2 réponses à « Coup d’oeil sur les classes sociales dans la vallée de l’Arve »

  1. Tres bon article comme toujours. Ayant vecu 28 ans a Taninges et travaille comme decolleteur dans la vallee de l’Arve J’ai pu observer une non homogenite sociale des classes ouvrieres ou intermediaires. Je pense qu’il existe une fracture au sein de la classe ouvriere haute savoyarde qui s’explique par le patrimoine. En effet les ouvrier-es ou cadres moyens de haute savoie ne vivent pas dans les memes conditions s’ils ont herite. Terrain, logement sont tellement cher que la vie et les interets d’ un ouvrier qualifie a 2000€ net par exemple, s’il est proprietaire du a un heritage ou achete il y a 30 ans n’a plus rien a voire avec d’autres.

    1. Bonjour,

      Merci pour votre commentaire. Vous soulignez là un fait capital pour la compréhension des classes sociales dans notre vallée. L’inégalité de patrimoine, donc le fait d’être propriétaire ou non d’un terrain, joue en effet sur la conscience de classe, et notamment la capacité des ouvriers à s’unir et à lutter. Cela est complexe, mais on peut remarquer que cela est dû à la fois à l’héritage d’une paysannerie très forte (notamment le caractère du double travail ouvrier-paysan jusqu’aux années 1980. A ce titre vous pouvez jeter un œil au dossier « Histoire populaire de la Savoie »). Il y a aussi la pression foncière exercée par la haute bourgeoisie avec les résidences secondaires qui fait qu’avoir acheté une maison dans les années 1980-1990 a considérablement fait monter sa valeur dans les années 2000. Enfin, on pourrait y rajouter la proximité avec les salaires élevés de Genève, et donc la facilité d’assumer des crédits pour être propriétaire.

      Au plaisir de continuer cette discussion enrichissante,

      Amicalement,

      Arve à gauche.

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