La mort de Jake Burton et le snowboard


Culture, Vie quotidienne / dimanche, novembre 24th, 2019

Quiconque apprécie les sports de glisse connaît une de ses principales marques, Burton. Proposant une gamme très spécialisée de vêtements et d’accessoires pour la glisse sur neige, la marque vient de perdre ce mercredi 20 novembre son fondateur Jake Burton. C’est une grande perte pour une pratique qui influence toujours une partie de la jeunesse des montagnes.

Né en 1977,dans le sillage du skateboard, lui-même issu du surf, Burton a développé le snowboard dans la contre-culture underground.

En 1965 est créée le premier « snurfer ». Très vite, Jake Burton va se passionner pour cette glisse et perfectionner cette planche. Subrmergé par cette passion, il quitte un emploi ennuyeux à New-York pour devenir gardien de nuit à Londonderry.

Il développe à la fin des années 1970, le premier snowboard moderne et fonde officiellement en 1985 « Burton Snowboard ».

Plus qu’un simple « sport », le snowboard va alors devenir au cours des années 1990 un véritable « life style » à l’instar du surf et du skateboard. C’est un style vestimentaire « skateur », de la musique (du punk à l’électro) mais aussi un mode vie, allant du saisonnier aux petits boulot d’été pour se garantir la saison d’hiver. A elle seule, la bande-son du jeu vidéo « Cool boarders » sur la PlayStation One est un monument de cette culture.

C’est toute une partie de la jeunesse qui, adepte du skateboard et vivant non loin des montagnes, va s’emparer du snowboard.

Par exemple, à Chamonix, Jimmy Peresson est un des pionniers locaux du snowboard, lui-même un skater et un ayant adopté dans sa jeunesse un mode de vie de débrouille (snow bum, « clochard des neiges »). En fait, la continuité culturelle entre le skateboard, la contre-culture punk était une évidence pour le snowboard, comme une manière de se démarquer du ski et d’adopter un ride agressif.

Longtemps perçue comme une pratique de « marginaux », voir de « loubards », le snowboard est devenue une identité décalée par rapport aux codes du ski alpin et de sa vie « pépère ».

Le ski était d’ailleurs une approche régulière, pour ne pas dire guindée, de la glisse. Le snowboard a su s’imposer comme quelque chose d’alternatif et branché, une manière de rester soi-même, d’être fun, tout en cultivant une rébellion contre l’école et la carrière professionnelle.

Comme le rappelle Alex Dymond, auteur de l’album photo « Snow Beach: Snowboarding Style 86-96 » :

À la fin des années 1980, quand les skateurs ont commencé à s’intéresser à la pratique du snow, le style est devenu plus trash, plus punk aussi. Les montagnes se sont petit à petit peuplées d’éléments non fonctionnels, clairement esthétiques : la flanelle, les sweatshirts, le jean. Plus qu’être à l’aise ou bien équipé, il fallait s’exprimer à travers les sapes et rester soi-même en montagne. Et ça, c’est une philosophie issue de la culture skate : le fait de porter ce que tu veux, de révéler ta personnalité sur la planche. C’était un acte de démarcation très fort, l’envie de sortir du lot.

En bref, le snowboard, c’est la culture skate-punk importée sur la neige. Cela a marqué toute une génération qui a trouvé un souffle existentiel dans des villages marqués par l’ennui et les vieilles traditions.

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