La grève se renferme t-elle sur elle-même ?


Politique / mercredi, décembre 18th, 2019

Depuis jeudi 5 décembre, plusieurs manifestations se sont déroulées à Sallanches pour protester contre la réforme des retraites. Le mouvement de contestation peine toutefois à vraiment s’élargir…

Discours d’Édouard Philippe annonçant le maintien de l’âge pivot, entrée de la CFDT dans la contestation sociale, scandale de la transparence et démission de Jean-Paul Delevoye, le moins qu’on puisse dire c’est que des choses se sont passées depuis jeudi 5 décembre !

Ce mardi 17 décembre, entre 3 000 et 6 000 personnes ont défilé dans les rues d’Annecy et environ 400 personnes à 17h à Sallanches. En France, entre 621 000 et 1,8 million de manifestants sont descendus dans les rues. Grosso modo, la mobilisation est similaire à la première journée du jeudi 5 décembre (entre 806 000 et 1,5 million en France, 350 personnes à Sallanches et entre 4 000 et 7 000 à Annecy)

Si le niveau de mobilisation reste important et que la lutte est justifiée, force est de constater qu’il n’y a pas d’élargissement conséquent.

Rappelons qu’au moment de l’opposition à la précédente réforme des retraites en 2010, ce fut 3 millions de manifestants dans le pays sur plusieurs journées d’octobre. Le samedi 2 octobre, ce fut environ 1 000 personnes dans les rues de Bonneville.

Or, si l’on écoute les manifestants, la mobilisation serait historique, le gouvernement d’Édouard Philippe serait totalement discrédité, la grève s’élargirait. Alors bon, soyons sérieux, où est donc cet élan, toute cette énergie ? En dehors de l’intensification de la grève dans le secteur du transport et de l’enseignement, la vie quotidienne suit son cours.

Quand on voit le taux de soutien à la grève, cela signifie t-il que la population se ment à elle-même et qu’au fond elle est d’accord avec la réforme ? Ou cela signifie t-il que les chiffres sont truqués ? Ni l’un, ni l’autre, bien évidemment.

Ce qu’on doit saisir, c’est que la réforme des retraites n’est pas directement motivée par une nécessité budgétaire mais par la volonté de transposer la situation réelle du salariat dans le système des retraites. Cette situation c’est l’individualisation des salariés dans des carrières, des statuts et des entreprises changeantes.

Cela signifie qu’il y a une base sociale pour accepter passivement le noyau général de cette réforme. Une des bases c’est justement la jeunesse (18-30 ans) qui vit pleinement cette réalité salariale et pense naïvement s’en sortir comme cela.

Or, pour la jeunesse, si déjà la retraite est quelque chose de lointain, la perspective d’une lutte syndicale motivée par une référence mythique aux grèves de 1995 (inconnue pour la plupart) n’est pas quelque chose de très motivant.

Certains y verront du fatalisme. Cela est toutefois réducteur car une partie de la jeunesse a une conscience tournée vers une utopie plus grande que la culture gestionnaire des syndicats. Ils ressentent que la décennie à venir est le prélude à un chamboulement du train-train quotidien, entre les menaces de guerre et l’écocide généralisé.

Alors si l’on manque de quelque chose, c’est d’une Gauche politique qui porte une vision du monde visant un changement complet de la vie. Sans cela, on a nivellement vers le bas de la conscience politique ouvrant la voie à toutes les illusions.

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