Le Léman express, un projet non démocratique


Vie quotidienne / dimanche, décembre 15th, 2019

Ce dimanche 15 décembre est inauguré la ligne du Léman express ou CEVA (pour désigner la ligne ferrée reliant la gare de Genève-Cornavin à Eaux Vives à Annemasse). Présenté comme une avancée en matière de lutte contre la pollution de l’air, ce réseau ferroviaire ne répond pas directement aux besoin de la population locale.

Annemasse est un centre économique très dynamique en Haute-Savoie. La ville profite du voisinage de Genève et concentre de nombreuses activités, avec 51 % tourné vers le commerce et les services.

Avec une telle attractivité économique, la population ne fait que progresser dans l’agglomération avec environ une augmentation de 1,4 % d’habitants par an en moyenne. Au vue des emplois disponibles, cette nouvelle population se compose essentiellement de jeunes actifs diplômés et d’actifs suisses.

La zone subit ainsi une forte pression démographique et foncière : le « Léman Express » répond à la nécessité de fluidifier les flux de ces salariés, dont 50 000 sont des frontaliers (25 000 en 2001).

Cependant, à Chamonix et Passy-Sallanches, 80 % des actifs vivent et travaillent à l’intérieur de leur communauté de communes et dans le bassin de Cluses, ce sont 63 % des actifs.

Ainsi, les travailleurs frontaliers ne représentent que 6 % des actifs dans le bassin de Cluses (1 250 pour 20 350 actifs), moins de 2 % dans le haut de la vallée. Il est par contre de 25 % dans l’agglomération d’Annemasse (3 250 frontaliers pour 12 900 actifs).

Le « Ceva » vise donc à satisfaire les besoins de cette clientèle et en cela il n’est pas un projet démocratique. A ce titre, soulignons l’absurde mise en place de bus pour assurer l’arrivée à l’heure d’une centaine de lycéens entre Sallanches et le lycée du Mont-Blanc (le nouveau train ayant modifié les heures d’arrivée et de départ).

Part (en violet) des frontaliers dans les actifs de la vallée de l’Arve. 2017

Un projet démocratique serait d’abord de constituer des réels transports en commun pour la majorité des habitants. Évidemment, ces réseaux devraient ensuite être reliés au Léman express qui a le mérite de connecter les populations au-delà des carcans nationaux.

>> Voir aussi : Le problème des transports en commun

Avec l’arrivée du « CEVA » et de nouvelles couches moyennes sur-diplômées, c’est Annemasse qui se refaçonne. Le nouveau quartier de l’Étoile autour de la gare en est une illustration avec de nouveaux bâtiments administratifs et des centres de formation pour les grandes écoles.

Le quartier de l’étoile à Annemasse

Alors comme chacun peut s’en douter, tout le monde ne peut continuer à vivre dans l’agglomération d’Annemasse. Car si 18 % de ses habitants ont de très hauts revenus, le revenu médian est inférieur à celui de la Haute-Savoie, avec 20 % de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

Avec le « Ceva » ce sont les inégalités de classe qui vont s’accentuer, avec pour effet négatif l’étalement urbain.

Les personnes les plus précaires vont finir par vivre en dehors de l’agglomération et les couches aisées, attirées par le modèle du travailleur frontalier, iront construire leur pavillon, fuyant tout à la fois la ville-dortoir et la densité d’habitants. La poussée de zones pavillonnaires, c’est déjà ce qu’on constate dans le secteur dans le bas de la vallée.

>> Voir aussi : Combattre la mentalité pavillonnaire

Le CEVA est donc la promotion non-démocratique du travailleur frontalier comme figure de la réussite sociale. Le résultat ne peut être que le renforcement du mode de vie délétère qui nous enchaîne à une gigantesque métropole avec la vallée de l’Arve comme simple périphérie dortoir.

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