Musique du moment : The Proletariat, du post-punk mélodieux et agressif


Culture, Vie quotidienne / dimanche, décembre 1st, 2019

[Une sélection musicale avec les paroles originales et notre traduction est disponible après l’article]

« The Proletariat » est un groupe de punk, principalement post-punk, originaire du sud du Massachusetts aux États-Unis. Véritablement actif entre 1980 et 1985, cette musique est un  reflet authentique du flottement de l’existence prolétaire dans une grande métropole américaine des années 1980.

Le nom même du groupe est en soi tout un symbole, un ancrage dans l’histoire du mouvement ouvrier. En effet, Richard Brown, le chanteur du groupe, affirme dans une interview récente qu’il fut très impressioné par le concept de « prolétariat » lors de ses études sur l’histoire de l’Union Soviétique.

En 1980, Richard Brown, Franck Michaels et Peter Bevilacqua, tous d’anciens camarades du lycée d’une petite ville du sud, Lakeville, fondent The Proletariat. Alors étudiants à l’Université du Massachussets à Boston, ils se passionnent pour la musique et fréquentent des cercles étudiants de gauche qui leur fournissent au marxisme.

Il faut dire que Boston a un profond héritage lié à la gauche ouvrière. En 1919, la grève de 4,6 millions de travailleurs dans le pays (pour des meilleurs salaires et une baisse du temps de travail) débouche sur des affrontements violents dans la ville. Dans ce contexte social tendu et en présence d’une importante communauté immigrée italienne, l’anarchisme s’est développé. Malheureusement, le mouvement bascula dans des attentats terroristes anti-populaires.

Cette agitation culmine avec l’application le 23 août 1927 de la peine de mort aux anarchistes Sacco et Vanzetti. Cela eu un écho international et  l’Humanité en France en fit son gros titre. De la même sorte que la ville a développé une forte contestation anti-guerre, que cela soit à l’époque de la Guerre du Vietnam ou en 2003 contre l’intervention en Irak.

Une de l’Humanité le 23 août 1927 sur la mort les anarchistes italiens de Boston, Sacco et Vanzetti,

AVec un tel héritage qui perdure dans les cercles étudiants, les membres de The Proletariat sont soucieux d’être fidèles à la classe ouvrière. Ils abandonnent alors leurs études supérieures.

Richard Brown devient chauffeur-livreur, Peter Bevilacquas employé de supermarché et Frank Mchaels gère le groupe. En septembre 1980, Tom MacKignht, employé d’une station service, les rejoint en tant que batteur.

Au début, ils jouent essentiellement des reprises du groupe de punk « Sex Pistols ». Ils sont également très influencés par la scène anglaise, comme les « Clash », les « Buzzcock » ou encore « Gang of Four ». Ce dernier étant fondé en 1976 en référence à la « bande des quatre » une fraction communiste chinoise réprimée après la mort de Mao Zedong. L’époque était alors à la contestation d’extrême gauche.

Richard Brown est alors influencé par ces idées, autant celles de Mao Zedong que celles d’Allen Gingsberg, un poète américain fondateur de la Beat Generation, un mouvement hippie, pacifiste et militant pour la reconnaissance des droits homosexuels.

Le groupe chante alors la vie quotidienne prolétaire avec une approche résolument réaliste, un style mélodieux et agressif. La posture post-punk est à la fois marquée par le rythme militaire de la batterie et à la fois par des accords aiguës et saturés de guitare. Le ton mélancolique et radical de Richard Brown se fait l’écho d’une très grande sensibilité humaine.

En 1982, le label « Modern Method Records » sort la compilation « This is Boston, Not L.A » qui propulse la reconnaissance de The Proletariat, et en général le punk hardcore de la ville, comme Negative FX, SS Decontrol, Gang Green.

La scène participera d’ailleurs à la diffusion de la contre-culture « straight edge » appelant à la fin de l’auto-destruction dans le punk.

The Proletariat ne fut pas emporté par cette lame de fond alternative, préférant une orientation résolument post-punk, torturée, plutôt que celle dure et lourde du punk hardcore.

Le groupe se disloque en 1984. Depuis quelques années, le groupe se reforme pour des concerts. Mais, signe de notre époque d’amnésie historique et de nivellement par le bas, il déclare s’être éloigné des idéaux de gauche d’origine alors même que la situation des USA appelle à un sursaut revenant aux sources.


Sélection musicale


Une chanson sur l’abrutissement du travail

« Piecework » / Travail à la pièce

At the core of industry is it drive or is it greed

Au cœur de l’industrie, est-ce le dynamisme ou la cupidité ?

That’s the motivating force in the bellies of the beasts…

C’est la force motrice dans le ventre des bêtes….

on production lines

Sur les lignes de production

is it pride or is it fear

Est-ce de la fierté ou de la peur

that produce the best results….

Qui produisent les meilleurs résultats ?

I tried for the proper promotions

J’ai essayé d’obtenir les bonnes promotions

Sharpened every pencil in sight

Aiguisé chaque crayon en vue

Forgot what i was thinking

Oublié ce à quoi je pensais

I tried, I tried

J’ai essayé, j’ai essayé

After months of unemployment took whatever i could find

Après des mois de chômage, j’ai pris ce qui passait

Shook off my dignity i threw myself in….

Je me suis débarrassé de ma dignité, je me suis jeté dans….

The job i thought lent security

Un travail que je pensais gage de sureté,

Turned into a noose around my neck

Transformé en nœud coulant autour de mon cou.


Une chanson sur l’aliénation de la religion

« Religion Is The Opium Of The Masses » / La religion est l’opium des masses

Bring us up to your standards

Tire-nous vers ta doctrine,

Bring us down to our knees

Plie-nous à genoux.

We can worship an altar

Nous pouvons nous prosterner devant un autel

But will it answer our pleas

Mais cela répondra-t-il à nos prières ?

What good’s life everlasting

Quel est l’intérêt de la vie éternelle,

If you’ve first got to die

S’il faut commencer par mourir ?

Lead us not to temptation

Ne nous soumet pas à la tentation,

Deliver us if you can it’s just another creation….religion

Délivre-nous si tu peux. C’est juste encore une création… La religion.

Dictated by scripture is this simply a task

Dicté par l’Ecriture, est-ce simplement une tâche ?

How can you know the future when you pray to the past

Comment peux-tu connaître l’avenir quand tu pries le passé ?

What good’s life everlasting

Quel est l’intérêt de la vie éternelle,

If you’ve first got to die

S’il faut commencer par mourir ?

Lead us not to temptation

Ne nous soumet pas à la tentation,

Deliver us if you can it’s just another creation….religion

Délivre-nous si tu peux. c’est juste encore une création… La religion.

God is good, god is great let us thank him for our food

« Dieu est bon, Dieu est grand remercions-le pour notre nourriture. »

Priests are men, men are mortal no better than you or i

Les prêtres sont des hommes, les hommes sont mortels comme toi et moi.

Religion is the opium of the masses the blind will follow like sheep

La religion est l’opium des masses, les aveugles suivront comme des moutons

Religion is the opium of the masses

La religion est l’opium des masses


Une chanson sur la violence

« The Guns Are Winning » – Les armes ont gagné

Amdi the newsfilm the distant voices scream as all the images pass

Amdi, le journal télévisé, les voix lointaines crient pendant que les images innombrables défilent.

before our glazed eyes desensitized to sorrow’s reign a grill of terrible scars

Devant nos yeux vitreux, insensibles au chagrin, règne un carnage de cicatrices terribles.

An eternity in chains

Une éternité enchaînée

And the guns are winning again while the bureaucrats are chiming in

Et les armes gagnent à nouveau tandis que les bureaucrates sonnent l’alarme

A forgotten man is an angry man

Un homme oublié est un homme en colère

When will it ever end the guns are winning again and again

Quand cela finira-t-il? Les armes gagnent encore et encore

While the dinner bell is ringing 6:10 and we sit and take it all in

Alors que la cloche du dîner sonne à 18h10, qu’on s’assoit et qu’on emporte tout ça.

And the guns are winning… again

Et les armes sont en train de gagner… encore une fois.


Une chanson sur l’indifférence à la misère

« Indifference » / Indifférence

I saw a man

J’ai vu un homme

Begging for food

Mendiant pour manger

You say ignore him

Tu te dis : ignore-le

He gets his share

Il a sa part

Are you so jaded hardened by headlines indifference

Es-tu si blasé et endurci par l’indifférence des gros titres ?

Then a deathlike pall falls over us all strangling conversation

Alors une pâleur mortelle nous assaille, étranglant la conversation

Everyone says what should have been said left forever second guessing

Tout le monde dit que ce qui aurait dû être dit, laissé à jamais comme une seconde hypothèse.

What kind of god could sanction this i recoil in horror

Quel genre de dieu pourrait sanctionner cela ? J’avance dans l’horreur

to torment a soul to seek escape from a pain too great to suffer alone

Du tourment d’une âme pour échapper à une douleur trop grande à assumer seul

indifference

Passivité


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