Témoignage d’un jeune ouvrier-décolleteur


Vie quotidienne / mardi, décembre 10th, 2019

Salut ! Alors, tout d’abord, est-ce que tu peux présenter ?

Salut ! Oui, alors j’ai 27ans. J’ai passé mon BEP M.P.M.I (Métier de la productique mécanique informatisé) et un Bac Pro T.U (Technicien d’usinage) en alternances, donc 2 semaines au travail et 2 semaines à l’école. Ce qui fait que j’ai suis considéré comme salarié depuis l’âge de 14 ans.

Peux-tu décrire un peu concrètement ton travail ? En quoi ça consiste précisément ? Est-ce que tu sais à qui appartient la boite ? etc

Mon métier est de créer des pièces à partir de barre brut ou « lopin » brut, pour finir avec une pièce finie usinée. J’ai travaillé pour plusieurs types de pièces de l’automobile, l’aviation, le médical, l’armement, le nucléaire, des sociétés pétrolières et beaucoup d’autres. Nos horizons sont infinis.

Nous travaillons tous les types de matière : aluminium, acier, inox, laiton, titane, inconel ou même bronze, argent et or pour certaines pièces. Le plus souvent lubrifié par huile, ou soluble, un mélange d’eau et d’un lubrifiant.

Aujourd’hui, je suis dans une petite société pour notre vallée mais il y en a beaucoup d’autres… De manière générale, je n’ai travaillé que dans des petites structure allant de 5 à 30 personnes. Ma boite actuelle est composée d’une quinzaine de personnes, dirigée par des personnes de la vallée.

L’usinage ou décolletage sont des milieux bruyants de manière générale où la production est le maître mot. Pour ma part, en tant que « régleur », la fatigue mentale est imposante. Nous nous imposons de grosse réflexions pour des contraintes infimes sur les pièces, la programmation de pièces est relativement prise de tête, surtout quand à la fois vous devez gérer une production sur les autres machines ou même gérer des opérateurs.    

>> Voir aussi : les accidents du travail sont-ils des faits divers ?

Quelle est l’ambiance au travail ? Les relations entre collègues ? Les relations avec le patron ? Les relations avec le ou les chefs ? L’ambiance « décolletage » c’est quoi ?

L’ambiance « décolletage » est propre à chaque entreprise. Tout dépend de la taille je pense : plus la boite est petite plus tu as des contacts avec les autres collègues, plus la boite est grande moins tu as de contacts avec certains collègues ou seulement avec les plus proches et dans tes horaires. Dans les plus grandes usines, c’est bien souvent du chacun pour soi ou bien de petits groupes sont formés via les différents secteurs, bureaux, ouvriers, ateliers de reprise ou expéditions.

Dans les petites entreprises comme j’ai connu, les patrons et les chefs sont souvent plus à votre écoute, plus « proches ». En fait, tout dépend des mentalités, mais ça reste des relations professionnelles.

J’ai connu aussi des entreprises « familiales » ou là les relations sont plus amicales, par exemple les pauses sont prises avec l’ensemble du personnel, du patron aux ouvriers et là les relations sont plus « amicales » et on parle pas seulement du travail. Les discutions sont plus ouvertes et personnelles, ce qui impact directement l’ambiance générale, qui est bien plus agréable.

L’autre fois, tu me parlais de heures supplémentaires non payées et des journées interminables. Est-ce que tu peux m’en redire un peu plus ?

Oui, aujourd’hui à ma grande surprise je suis dans une entreprise qui ne paye pas les heures supplémentaires. La boite se justifie en parlant de la « chance » que j’ai d’avoir un treizième mois et une prime de fin d’année. la prime est en rapport aux bénéfices de l’entreprise et elle diffère selon votre ancienneté dans l’entreprise.

Chose qui me déplaît mais que j’ai accepté… Mais ce qui dérange le plus c’est que l’on me reproche de partir à l’heure. Or je fais 42 h par semaine ! C’est déjà énorme à mes yeux. Je ne vais quand même pas faire des heures supplémentaires « gratuites » !

>> Voir aussi : Sylviane Rosière, une parole ouvrière du décolletage

Et dans l’entreprise, j’ai l’impression d’être le seul à m’en plaindre, non pas des heures par semaines, mais du fait qu’on ait pas d’heures sup’ payées. Alors que je pense que si l’on était plusieurs a en parler il y aurait peut-être des négociations ouvertes.

Mais pour certains, ça ne les dérange pas et en font régulièrement, le tout gratuit… Donc forcément quand toi, tu trouves ça anormal, on te précise que certains le font sans dire un mot et que t’es un fainéant, en gros…

En ce moment y a des grèves, des manifestations pour défendre le droit à la retraite. Vous en parler un peu ensemble au taff ou pas ?

Silence zéro…

Une fois tu me parlais des pièces pour l’armement, ça te fait quel sentiment ? Vous avez déjà discuté de ça entre collègues ou pas trop ?

Personnellement, je n’étais pas trop fier. Forcement que cela a ouvert ma réflexion. Fabriquer des pièces pour des choses que vous ne cautionnez pas, ça fait réfléchir mais ça n’en discutait pas trop entre collègues.

Mais ça n’a pas duré pour moi c’était une simple série et pas la spécialité de l’entreprise.

8./ Pareil quand on parle de la planète, de l’écologie, etc., vous en parlez un peu au taff ?

Tout comme l’armement c’est des choses qui me déplaisent mais cela reste personnel. Certain n’en ont rien a cirer et sont là pour un salaire. D’autres non, mais ça reste un faible pourcentage.

Mais travailler pour le nucléaire ou des sociétés pétrolières, ce n’est pas le plus agréable, étant touché par la cause écologique. Beaucoup ferment les yeux je suppose. Alors qu’aujourd’hui tout le monde est au courant et ne peut le nier, surtout dans notre vallée qui est une des plus touchée de France par la pollution de l’air  

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