Projet d’ascenseur valléen à Saint-Gervais : une « gentrification » alpine


Ecologie, Vie quotidienne / mardi, janvier 21st, 2020

C’est à travers le journal « Les Echos » que l’on apprend que le conseil départemental va aider à hauteur de 80 % l’étude de faisabilité du projet d’ascenseur valléen pour Saint-Gervais.

Depuis le lancement officiel du Funiflaine reliant Malgand et Flaine en 19 minutes, la concurrence économique accentue la fuite en avant de l’industrie touristique.

Le projet d’ascenseur valléen à Saint-Gervais relierait la gare SNCF du Fayet à l’une des gares de la station de ski, celle du Mont d’Arbois. Pour Jean-Marc Peillex, cet équipement va permettre d’alléger le transport routier et d’éviter la congestion automobile dans le bourg de Saint-Gervais. Mais c’est aussi l’argument de la lutte contre la pollution de l’air qui est avancé.

Or, avec un tel projet, la circulation automobile va être redirigée dans la vallée, avec des parkings démesurés pour pouvoir accueillir de nouveaux touristes attirés par l’attractivité de ces nouveaux équipements. Ce sont les travailleurs locaux qui vont encaisser le regain de pollution et de stress liés aux bouchons…

En moyenne, le coût d’un kilomètre de liaison téléphérique est de 20 millions d’euros, soit un total de 100 millions d’euros minimum pour ce projet, auxquels s’ajouteront ensuite les frais de fonctionnement. Autant dire qu’une telle somme d’argent est dépensé au profit d’une industrie qui ne répond pas aux besoins populaires.

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Une telle somme aurait pu contribuer à la création d’un syndicat intercommunal de transport en commun reliant le bas de la vallée au village. Un réseau de transport qui pourrait d’ailleurs également bénéficier aux lycéens que l’on retrouve à faire de l’auto-stop pour remonter sur Saint-Gervais ou Chamonix, dès lors que leurs cours se terminent avant le bus scolaire.

Au-delà de ces aspects, il faut bien voir que ce projet accentue la course à la rentabilité des grandes stations de ski. Alors que le réchauffement climatique élimine les petites stations de basse altitude, les moyennes et les grosses tentent de sortir leur épingle du jeu par une meilleure attractivité.

Mais cela a comme terrible conséquence une sorte de « gentrification » alpine. La « gentrification » est le processus par lequel la modernisation sociale et culturelle des grandes villes augmente le prix du foncier, et donc les loyers. Les ménages les plus modestes sont alors évincés vers la périphérie.

On a ici un processus similaire puisque l’industrie touristique attire une clientèle huppée, le plus souvent issue des grandes métropoles comme Genève, Lyon, Paris. La conséquence est la flambée du prix du foncier avec une éviction des ménages modestes vers la vallée.

Entre 2000 et 2016, le nombre de résidences secondaires a augmenté trois fois plus vite les résidences principales. Saint-Gervais est passé de 2130 à 2640 résidences principales tandis que le nombre de résidences secondaires a bondi de 4500 à près de 6000.

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Saint-Gervais se transforme progressivement en un « village musée », un arrondissement des grandes métropoles qui vit sur une rente hivernale et estivale où ce qui compte est la consommation de paysage (ski, VTT…).

La Gauche doit se positionner à la hauteur de la nouvelle décennie qui s’ouvre. Elle doit amener un nouveau projet de vie collective dans cette vallée, moins soumise à la dépendance touristique et tournée vers la satisfaction démocratique et des besoins populaires.

10 réponses à « Projet d’ascenseur valléen à Saint-Gervais : une « gentrification » alpine »

  1. Une fois de plus, je pense que les « écolos » et la gauche font fausses route… Estimant moi-même être de gauche et écolo (dans le sens soucieux de réduire drastiquement les émissions de CO2), je pense que vous devriez vous réjouir que de tels projets sortent. Pouvez-vous me citer un autre moyen de transport plus propre que celui par câbles ? (Certes, si on conserve un moyen de production d’électrique bas carbone, comme le nucléaire, mais c’est un autre débat…)
    Dans un tel projet, qui est poussé par la région, au lieu de souhaiter son abandon pur et dur en justifiant qu’il ne sert qu’au tourisme des « bobos » parisiens, ne devriez-vous pas vous poser LA bonne question : « Comment profiter de ce projet pour qu’il serve autant au tourisme qu’à la population ? »
    En effet, je pense qu’un collectif tel que le vôtre devrais imaginer, s’organiser et pousser pour proposer un autre tracé de la télécabine qui pourrait mieux desservir les populations locales qui permettrait de réduire sensiblement le trafic routier de la vallée. D’autant que ce type de transport fonctionne toute la journée, donc pas de problème pour les quelques lycéens finissant leurs cours plus tôt ;).
    Mais au lieu de cela, vous préférez mettre en place des bus fonctionnant au gazoil (et non, le « gaz naturel » n’est pas « naturel » et propre).

    1. Bonjour,

      Nous comprenons votre point de vue. En effet, ce mode de transport est positif à la fois parce qu’il est collectif, et à la fois parce qu’il est, a priori, peu émetteur de gaz à effet de serre. Mais il faut penser ce projet de manière générale, en lien avec la dynamique de développement global de la vallée.

      Comme dit dans l’article, nous pensons que l’enjeu prioritaire se situe au niveau de la concurrence que se livre les stations de ski pour conserver leurs parts de marché. Quel que soit l’accès démocratique à ce transport, cela risque d’augmenter le trafic routier dans la vallée car la station devient plus attractive. A terme, cela sera surement plus de voitures, plus de nuisances sonores et d’émissions de particules fines, sans parler de l’étalement urbain qui peut s’en trouver renforcer à moyen terme (hôtellerie, magasins de location, etc.).

      Cordialement,

      AAG

  2. Bonjour,

    Merci pour votre réponse.

    Plusieurs sujets peuvent être développés par rapport à vos remarques :
    – Avant de parler de lutte dans la concurrence entre les stations, ont pourraient en premier lieu penser à la conservation de la clientèle déjà présente et pérenniser ainsi les activités qui découlent des stations (Sauf erreur de ma part, un certains nombres d’entreprises présentent dans la vallée travaille pour les stations de ski). A contrario, il est plutôt constaté depuis une dizaine d’année une baisse régulière de la fréquentation des stations de skis (au niveau de la France)
    – L’augmentation du trafic routier est bien évidemment un enjeu pour la vallée qui est déjà très pollué. Cependant, le projet parle d’un départ depuis la gare SNCF du Fayet, desservi par des trains arrivant directement depuis Paris. Ne pourrait-on pas penser que le trafic pourrait diminuer avec un transport des personnes utilisant Train+Télécabine ?
    – Enfin, pour voir un peu plus large, ne serait-il pas aussi intéressant de développer des destinations facilement accessible au habitants de grandes métropoles (sans citer Paris) leurs permettant de sortir des villes rapidement au lieu qu’il n’est à prendre l’avion pour traverser la moitié du globe ?

    Cordialement

    1. Là est notre point de désaccord.

      Nous ne pensons pas que l’économie fondée sur le tourisme hivernal, mais aussi estival, soit soutenable, notamment par rapport au fait que le massif du Mont-Blanc devrait devenir un sanctuaire naturel tourné vers la seule observation scientifique. Cela va de notre responsabilité envers la faune et la flore que nous malmenons : il nous faut réparer les erreurs, tel est l’enjeu des années futures.

      La fuite en avant touristique est donc, à nos yeux, une impasse, sans parler du fait que la baisse de l’enneigement depuis plusieurs années semble remettre en cause la pratique du ski en moyenne altitude. Faudra t-il construire des infrastructures toujours plus haute en altitude, toujours plus bourrées d’armatures métalliques pour tenir le choc des affaissements de terrains à la suite des dégradations écologiques, tout cela pour maintenir un développement économique ?

      En ce qui concerne la proximité de l’ascenseur avec la gare sncf, c’est effectivement un argument séduisant, qui est également avancé en ce qui concerne le funiflaine à Magland.

      Mais nous ne pensons pas que la clientèle des stations de ski « s’embêtera » à prendre le train pour aller au ski. Pensez-vous qu’une famille de skieurs d’Annemasse, de Genève, ou même de Cluses va prendre le train pour aller au ski ? Et ce n’est pas les porte-ski des trains qui faciliteront la gestion de l’encombrement de matériel. Le ski ce n’est pas de la randonnée ou aller se baigner à la plage, de fait il est fort à parier que les gens préférons toujours le confort individuel de la voiture pour se rendre en à l’ascenseur valléen.

      Cordialement,

      AAG

  3. Si je peux me permettre, mais votre argumentation est principalement axé sur l’aspect station de ski et ses apports néfastes.

    Dans mon premier commentaire, je vous proposais justement d’essayer de tirer profit de ce projet et de pousser à ce qu’il ne desserve pas qu’uniquement le ski, mais aussi les populations locales entre la vallée et Saint-Gervais/Megève

    Encore une fois, dans votre paragraphe il n’est cité que le ski. Cependant, je pense (peut-être à tort), qu’une formule « venez à la montagne l’été » en train + télécabine pourrait être porteur. Et, dans ce cas là, la clientèle serait bien des randonneurs ou des contemplatifs.

    Enfin, pour le cadre de ce projet, nous ne parlons pas d’un appareil implanté en haute montagne mais dans un cadre déjà urbanisé.

    Cordialement

  4. Bravo TG pour vos commentaires et arguments. Il est en effet frappant de voir à quel point le déni de réalité (le tourisme contribue à faire vivre de nombreux habitants de la vallée) mène à des logiques d’opposition systématiques de la part de la gauche et ce même pour des projets dont pourraient en effet bénéficier locaux et visiteurs. Les logiques gagnants /gagnants existent. Elles ne sont certes pas parfaites mais ont le méritent de pouvoir être mises en œuvres et ne pas rester que de beaux discours démagogiques.

  5. N’étant pourtant pas de gauche loin de là, mais quand même un écologiste pragmatique, aussi résident secondaire régulier à saint Gervais, je pense cependant que le projet d’ascenseur valléen (et même les 2 projets avec celui des thermes) ne sera que peu utilisé par les voyageurs qui viennent à Saint Gervais ou même les résidents, car il est toujours plus pratique de venir en voiture avec son coffre plein et les skis ou les VTTs sur le toit, que de mettre un tiers des choses dans un train puis une « grosse » cabine d’ascenseur. L’investissement est énorme et il serait sans doute mieux utilisé dans d’autres domaines.
    Il ne modifiera pas l’aspect touristique de Saint Gervais et je suis aussi malheureusement d’accord, bien que pratiquant très assidu, qu’à échéance de 15 à 30 ans, le ski aura sans doute assez largement disparu de la moyenne montagne, dont fait partie Saint Gervais. Donc un investissement de plusieurs millions, aussi peu utilisé et portant principalement sur cette activité hivernale n’est pas nécessaire.

  6. bonjour, de gauche et écolo… non résidente ni de la vallée ni de saint gervais, mais ayant grandi à megève et ayant fait mon lycée au fayet, mon amie d’enfance habite saint gervais. je suis partie de la région en 1983, sans regrets, pour une terre de gauche! bref je cherchais à savoir pourquoi ce projet était dénoncé, car comme écolo et comme ancienne autostoppeuse fayet/saint ger, je me suis dit que ce pouvait être une bonne alternative à la circulation thermique (je vous rejoins sur le problème de l’approvisionnement en électricité…) ce qui me surprend arvegauche dans votre raisonnement c’est qu’en fait pour l’étayer vous reprenez l’argument qui semblerait être celui « d’en face » sur la possibilité de continuer à développer l’attractivité de la station de ski grâce à cette infrastructure avec comme corollaire le risque d’une augmentation de circulation dans la vallée. en fait pour moi, urbaine, je ne crois pas à la durabilité de l’activité sports de neige, je ne crois pas à ce qui est pour moi de la pensée magique: « on met un téléphérique on aura plus de monde ». donc je dirais qu’au pire c’est peut-être un investissement surdimensionné pour les besoins à venir…sauf si un jour on aura du mal à circuler en thermique, et qu’il n’y aura pas assez de terres rares pour les batteries de voitures électrique, sauf si éventuellement on se penchait en même temps réellement sur la question multi modale! partie étudiante à toulouse, j’avais un train direct de nuit qui venait de irun, longeait les pyrénées, la vallée du Rhône, et rentrait dans les alpes à valence. et à cette époque oui on trouvait dans le train des gens avec leurs skis. oui mais le train était pas forcément rapide mais super pratique! au fil des révolution techno, pour le citer le TGV, la sncf a eu une politique tout TGV, résultat actuellement ma mère vient en blabla car, sinon elle doit prendre 4 trains, faire un détour par bellegarde, un détour par lyon et pourtant elle n’a pas forcément un direct lyon toulouse… bref c’est plus lent que le train de nuit qui n’était-pas-rapide-mais-tellement-pratique! moi également j’ai abandonné entre le prix et le temps, les ruptures de charge, finalement avec mon fils dans la voiture au moins c’est direct! donc juste si on travaille aussi sur le maillon train, une fois que l’on est à saint gervais, avec un sytème collectif de navettes il n’y a pas besoin de voiture! bref moi ça pourrait me faire revenir par le train. bonne continuation.

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